Le Théâtre du Châtelet : révolution en trois actes

En ces temps déroutants, chacun peut expérimenter une nouvelle manière de travailler ; un peu de répit dans un rythme forcé, pas toujours axé sur une vision à long terme… 
Exceptionnellement, les Éditions AS vous offrent la possibilité de consulter une sélection d’articles dans leur intégralité. Cela provoquera, nous l’espérons, réflexion et inspiration.
Un retour, peut-être, à la lecture… Et une utilisation de la bande passante du réseau qui ne sera pas, pour une fois, dédiée aux plates-formes de streaming !
Nous vous proposons donc cet article à la consultation, paru dans la Revue AS – Actualité de la Scénographie N°228 en novembre 2019.
Bonne lecture !

 

Toutes les photos sont de © Patrice Morel

Les choses les plus importantes sont souvent les plus difficiles à percevoir. L’aboutissement et la réussite d’un tel projet tiennent à la singularité et à la complicité sans faille entre une direction technique et son scénographe. Certains services se sont mobilisés sans compter, à la recherche de meilleures solutions techniques. Ils ont reçu le soutien indéfectible des constructeurs qui pour certains d’entre eux n’étaient pas sûrs d’être retenus dans le cadre du marché. La réfection des réseaux, les investissements colossaux au niveau des lots scéniques dont le passage au tout numérique, la remise à niveau du dispositif de machinerie, … sont les marqueurs d’une expertise unique en son genre.

Passerelle de face, guide de translation des palans

Passerelle de face, guide de translation des palans

Préambule

Machinerie, réseaux et équipements audiovisuels représentent la part la plus importante des dépenses engagées à savoir : 2,9 M€ pour la remise à niveau de la machinerie scénique, 1,850 M€ pour l’ensemble des réseaux. La MŒ a réussi à mobiliser au titre des investissements 0,750 M€ pour le secteur son et réseaux audiovisuels, 0,435 M€ pour les systèmes d’intercommunication et retour loges et plus de 1 M€ dédié au secteur lumière (hors lot gradateurs). Quelques investissements restent à réaliser mais le niveau d’équipement actuel dans sa globalité est parfaitement dimensionné.

La cage de scène

Travaux au niveau de l’arrière-scène

L’espace alterne entre différentes fonctions : zone de séchage, espace de stockage des projecteurs, prolongement de l’aire de jeu principale. Le vide au niveau des combles a permis la dissociation du gril existant en deux grils indépendants. La nouvelle trame installée en partie supérieure autorise la mise en œuvre de cinq guides de coulissement dans le sens face lointain. Ils sont destinés à recevoir des chariots porte-palans à poussée manuelle. Un prochain volet d’investissement devrait permettre la mise en œuvre d’équipes canadiennes complémentaires pouvant être manœuvrées en charge durant les différentes phases de jeu. Cette perspective a bien été prise en compte dans la note de calcul du gril de charge.

Accroissement des critères de performance

Le nombre d’axes est restitué à l’identique. La capacité des 64 équipes de scène a pu être portée d’une valeur initiale en charge de 500 daN à une valeur de 750 daN. Dans le même temps, le déplacement des porteuses atteint dorénavant la vitesse maximale de 1,60 m/s avec une réduction progressive à 1,20 m/s entre 500 daN et 750 daN. Notons la mise en place d’un système au freinage actif à récupération d’énergie, la force contrélectromotrice obtenue étant directement restituée au réseau.

Les motoréducteurs existants n’étaient pas en capacité d’atteindre les préconisations. Benjamin Puget de la société bc Caire a piloté la phase des tests d’épreuves avec, dans le viseur, l’ensemble des critères imposés par la norme EN62061 SIL3. Cette perspective a contraint l’installateur à revoir l’ensemble des capteurs de sécurité, des codeurs et les sur-courses qui leur étaient associés.

Lors des essais, cinq motoréducteurs sélectionnés au cours des tests se sont vus appliquer une série de contrôles acoustiques. Après concordance des éléments fonctionnels et atteinte globale des performances d’exploitation, un groupe d’équipement a retenu l’attention des équipes de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’usage.

Dans leur état initial, les tambours des treuils ne pouvaient pas supporter le couple exigé. Ces éléments ont dû être déposés puis réexpédiés à l’usinage. La capacité en charge des treuils ponctuels reste inchangée à une valeur initiale de 350 daN. Les motoréducteurs ont pu être conservés. Avec le remplacement des variateurs, des codeurs et des systèmes de fin de course débrayables, la vitesse maximale a pu être portée à 1,60 m/s. Un petit système de rouleau presseur a été installé afin de venir plaquer le câble contre le tambour et éviter que ce dernier ne se détende sur l’enrouleur lors du pouliage.

Nouvelles porteuses

Les anciennes porteuses ont été remplacées par des porteuses doubles anti-déversements avec, en partie basse, un tube de 48 mm (tube de section carrée en partie supérieure). Les anciens tubes de diamètre 60 mm étaient totalement incompatibles avec les colliers des équipements de tournée. Cette situation imposait aux machinistes de sous-percher presque systématiquement.

ETC

Les tendeurs à lanterne couchés à l’horizontale ont été préférés aux enrouleurs.

En effet, l’équipe dépose régulièrement des porteuses afin de venir reprendre la charge directement à partir des fils d’équipes. Lors de l’emploi de fixations par enrouleur, les câbles acier ressortent marqués par le tambour au moment de la dépose et sont en l’état inexploitables.

Postes de régie lumière, pupitres ETC EOS TI et Ion Xe

Postes de régie lumière, pupitres ETC EOS TI et Ion Xe

À l’avant du cadre

Un ensemble d’équipes canadiennes bc Caire PCT1 a été installé sous le plancher des armoires de commande situé juste au-dessus du proscenium. Une première ligne de cinq équipes canadiennes courtes indépendantes supporte les clusters de la diffusion sonore d&b audiotechnik. Plus en avant, on peut entrevoir une équipe canadienne classique, puis la ligne de palans motorisés installés sur un guide transversal situé au niveau de la passerelle de face. La structure de l’amphithéâtre a été déposée au profit d’une lisse cintrée pour projecteurs.

Transfert de compétences et pilotage

L’équipe de machinerie partageait une véritable philosophie pour les systèmes de commande informatisée. Le transfert de technologie fut d’autant plus facile à réaliser avec une équipe dotée d’une telle expertise.

Le Théâtre du Châtelet a bénéficié, à l’aune des années 2000, du système de pilotage ByteCraft State Automate. Cette technologie, qui n’était plus développée depuis plusieurs années, atteignait les limites d’usage. L’équipe se heurtait à des problèmes de maintenance récurrents. Les cartes d’axes et les pupitres en défaut devaient être réexpédiés en Australie puis en Indonésie avec un délai de retour moyen de trois à six mois.

Nouveau système de pilotage CAT V5

Le nouveau dispositif ancré dans la certification de sécurité fonctionnelle SIL3 (Safety Integrity Level 3), référencé sous la norme EN62061 des dispositifs de sécurité, permet de centraliser le contrôle de tous les axes et l’ensemble des effets  sur un même support logiciel, développé par la société Waagner Biro dans sa nouvelle version CAT V5.

Restitution des commandes informatisées

Le pupitre principal CAT 562 équipé de deux écrans tactiles affiche une coupe longitudinale en 2D complétée par une visualisation 3D. En mode prévisualisation, le réalisme des rendus et la convivialité des commandes facilitent le travail de prédiction. Les opérateurs peuvent détecter en amont les conflits dimensionnels et les risques potentiels de collisions. Plus particulièrement destinés au travail en périphérie et élévation au niveau de la cage de scène, les 7 pupitres mobiles CAT 530 complètent le dispositif. Les pupitres sont raccordés au réseau par l’intermédiaire de 4 bornes CAT Outlet 500 réparties au plateau et en passerelle.

Des points de raccordement spécifiques permettent d’activer le mode secours en cas de défaillance. Une commande permet de basculer le menu du pupitre mobile CAT 530 dans un mode spécifique. Pour des raisons évidentes de sécurité, le mode dégradé n’autorise le contrôle que d’un seul axe à la fois.

Régie son façade, nodal secondaire audiovisuel

Régie son façade, nodal secondaire audiovisuel

Investissements audiovisuels

Nouvelle diffusion sonore

Le constructeur d&b audiotechnik était déjà présent avec la série d&b audiotechnik Q1 et Q-SUB complétée, comme de nombreux théâtres historiques français, par des reprises en points sources L&R sur l’ensemble des balcons. Le service son passait son temps et son énergie à tenter d’installer du complément sans jamais obtenir satisfaction, un non-sens qui a su trouver selon eux “un appui coriace avec cette idée reçue qui tendrait à faire croire qu’à l’opéra aucune enceinte ne devait être visible”. Cette récurrence fut l’occasion inespérée de mettre en œuvre à peu près tous les types de modèles d’enceintes du marché. Fort de cette expertise et après analyse minutieuse des fiches techniques imposées par les productions de comédies musicales, l’équipe a fini par accepter l’évidence : seuls deux constructeurs permettraient de remporter l’adhésion du plus grand nombre : Meyer Sound et d&b audiotechnik.

Le constructeur Meyer Sound, qui intègre directement les systèmes d’amplification dans ses enceintes, a été exclu pour des problèmes de capacité en charge au niveau des ancrages. Après plusieurs essais comparatifs réalisés en conditions réelles, dans la durée et non lors de crash tests, le choix s’est porté naturellement vers les modèles des séries d&b audiotechnik Y12, Y8 (diffusion haute et basse) et T10 (front fill).

En revanche, aucune forme d’empilage n’avait réussi à donner satisfaction dans le cadre de la reproduction des fréquences basses. L’équipe avait pratiquement tout essayé hormis une disposition spécifique de type ArcSub. Cette configuration, conçue à partir de produits d&b audiotechnik V-SUB, produisait, malgré son emprise esthétique controversée, un rendu parfaitement homogène.

Pour parfaire le tout, les rappels et la couronne surround existants ont été repris en partie puis complétés à partir des produits de tailles réduites d&b audiotechnik Série E.

Réseaux audiovisuels

Stéphane Oskéritzian et Cyril Auclair sont responsables du service audiovisuel. Leur première réaction quand on les interroge s’est traduite par “ce n’était pas notre cœur de métier”. Ils ont fait preuve d’une grande abnégation et ont su établir adroitement une relation de confiance avec les constructeurs et les distributeurs qui se sont eux-mêmes pris au jeu. Un des marqueurs principaux tenait au fait qu’ils avaient bien pris conscience qu’à l’avenir, pratiquement aucun théâtre ne ferait appel aux compétences d’un administrateur réseaux. Et pourtant, le personnel programmé en production doit être en capacité d’intervenir sans aide extérieure et réussir à paramétrer le réseau a minima sans d’inextricables modalités de configurations.

La colonne vertébrale du réseau audionumérique s’appuie sur la série d’interfaces Optocore dont le nouveau commutateur Route 66 est capable de commuter les liens manquants afin de rétablir automatiquement la redondance et éviter ainsi toute perte de signal. Ce principe sécurisé dit ready to run propose un paramétrage regroupé sous la forme d’outils graphiques particulièrement didactiques. Les utilisateurs réalisent les liaisons entre périphériques à l’aide d’une simple souris ou d’un doigt glissé sur un écran. Le choix s’explique aussi par la présence de pupitres de mixage opérant sous protocole DiGiCo MADI optique, couplés à leurs interfaces DiGiCo Orange Box DMI.

D’autre part, les produits Luminex et Agora Ghost répondaient parfaitement aux exigences du réseau principal audiovisuel. Les interfaces Agora Ghost retenues dans la cadre du marché sont les seuls produits capables de supporter tous les types de protocoles (Dante, AES67 Ravena, …) avec des échantillonnages à des fréquences d’horloges différentes.

Investissements lumière

L’investissement dans un ensemble de 8 baies ETC Sensor3, regroupant 582 cartes ETR15AFR et ETR25AFR couplées aux unités de contrôle CEM3, s’explique ici pour plusieurs raisons :

– La perspective d’investissement pour des pupitres et des projecteurs de la gamme ETC ;

– La possibilité de piloter le relais switch on/off depuis la régie, système permettant de faire basculer indifféremment une ligne en mode direct permanent.

Les deux modèles de pupitres Ma Lighting grandMA et ETC EOS encore en lice ont fait débat. Le choix s’explique, selon Christophe Leuba, adjoint au service lumière, “par le fait que les équipes se sentaient globalement plus à l’aise sur les pupitres ETC EOS. Ce constructeur propose une ligne plus directrice, plus didactique que le mode ‘à chacun son pupitre’ très ouvert proposé par MA Lighting. Cet aspect rassurant est particulièrement appréciable lorsque des équipes sont amenées à enchaîner les services du matin au soir. Et enfin, l’approche très ludique de la palette chromatique proposée sur les pupitres ETC EOS a séduit définitivement l’ensemble des utilisateurs”.

À l’issue d’une démonstration au showroom d’ETC, le projecteur Robe T1 a fait l’unanimité. Légèreté, efficacité, silence et vélocité sont des critères qui ont permis au produit d’aller se glisser à peu près partout, y compris en installations fixes sur les lisses d’éclairage de face limitées au niveau du 2e balcon à 100 daN/ ml. Les anciens projecteurs asservis ont été remplacés par 46 ETC High End Systems Solaframe 3000.

Robert Juliat

 

Générique

  • Espace scénique isolable
  • Réaction au feu des décors : M3 (D-s3-d0)
  • Monte-décor : 10,50 m x 2 m, hauteur : 3,50 m, charge : 5 000 daN
  • Hauteur du nez-de-scène : 1,10 m, capacité : 500 daN/m2, pente de scène : 1,1 %
  • Proscenium mobile en 2 sections et 3 configurations
  • Longueur de proscenium en 2 parties : 5,60 m
  • Hauteur au cadre de scène : 8,40 m
  • Ouverture au cadre : 13,85 m
  • Largeur de pilier à pilier : 23,80 m
  • Profondeur de cadre au lointain : 17,80 m, arrière-scène : 11 m
  • Largeur entre passerelles : 21,35 m
  • Les altimétries en scène :
  • Gril de marche : 22 m
  • Gril de charge : 24,70 m
  • 4 services : 9,80 m, 11,38 m, 14,52 m, 16,92 m
  • Passerelle de face : 17,70 m
  • 4 services, 8 loggias d’éclairage au cadre
  • Lisses d’éclairage cintrées : 2 au 2e balcon, 1 à l’amphithéâtre
  • Régie fixe au 2e balcon : avec ouvrant et ouverte sur la salle
  • Système de pilotage de machinerie Waagner Biro CAT V5
  • 1 pupitre principal CAT 562
  • 7 pupitres secondaires CAT 530
  • 59 équipes frontales de scène, charge : 750 daN*
  • 4 équipes latérale de scène, charge : 750 daN*
  • 5 équipes canadiennes de proscenium, charge : 350 daN à 0,20 m/s
  • 1 équipe canadienne frontale de proscenium, charge : 750 daN à 1,20 m/s
  • 24 treuils ponctuels fixes : 350 daN à 1,60 m/s à vitesses variables
  • 6 palans motorisés, charge : 500 daN, translation sur guide au cadre
  • 2 tables élévatrices de proscenium à vis sans fin
  • 1 équipe motorisée du surtitrage
  • 15 axes supplémentaires répartis
    * Équipes à vitesses variables 1,20 m /s à 1,60 m/s (500 daN), tube : 48 mm
  • Pupitres lumière : 2 x ETC EOS Ti et Ion Xe 20
  • Armoires de gradateurs : ETC Sensor3 ETR15AFR, ETR25AFR
  • Réseau et interfaces Luminex GigaCore 26i, Pathway Pathport Octo, Quattro et C-iSéries
  • Investissement éclairage : 40 Robe T1, 60 ETC Source 4 LED Series 2 List Array, 46 ETC High End Systems Solaframe 3000
  • Pupitres de mixage : DiGiCo SD7 live, SD-MiNi Rack
  • Réseau audio : DiGiCo SD-11, 2 Optocore DD32-MR-FX, DiGiCo Orange Box DMI-OPTO/DMI-DANTE, 3 DiGiCo SD-Rack
  • Diffusion sonore principale : d&b audiotechnik Y12, Y8, V-SUB
  • Front fill : d&b audiotechnik T10
  • Rappels et couronne : d&b audiotechnik E6, E5, E4, 48 E5S
  • Amplification : d&b audiotechnik D80, D20, D12, D6
  • Réseaux principal AV : 6 interfaces Agora Ghost X, Cisco Sg550x
  • Intercommunication : Matrice Riedel Artist-128, Panel RSP-1232HL, 2318HL, Party Line CW-2 et C3, HF Bolero

 

  • Directeur technique : Jacques Ayrault (remplacé depuis par Violaine Crespin)
  • Fauteuils : Quinette Gallay
  • Équipements scéniques : bc Caire
  • Pilotage et réseaux machinerie : Waagner Biro
  • Réseaux scéniques et audiovisuel : SNEF

Galerie photos

bc Caire