Saigon, mise en scène Caroline Guiela Nguyen, scénographie Alice Duchange - Photo © Christophe Raynaud de Lage

Saigon, mise en scène Caroline Guiela Nguyen, scénographie Alice Duchange – Photo © Christophe Raynaud de Lage

Deux dates, 1956 et 1996, deux villes, Paris et Saigon mais toujours un même lieu, le restaurant vietnamien. Quarante ans séparent ces deux dates, une génération. 1956, les Français ont dû quitter Saigon. 1996, les États-Unis ont levé l’embargo sur le Vietnam et de nombreux Vietnamiens y retournent pour la première fois depuis leur exil. Entre-temps, des vies ont été brisées, d’autres se sont métamorphosées. L’oubli ou la nostalgie permanente sont présents. Loin des débats historiques ou politiques, c’est la vie des individus et non des masses inconnues des livres d’Histoire que cette pièce de plus de trois heures a abordé au gymnase Aubanel en Avignon et qui a suscité un réel intérêt de la part des spectateurs.

Tous les exilés le disent, leur relation à l’exil ne ressemble jamais à l’autre. L’attitude face au nouveau pays qui vous accueille et la nostalgie d’un pays qu’on a laissé ne sont jamais ressenties de la même manière mais, ce qui reste constant, c’est ce vide émotionnel qui se niche à l’intérieur de chaque personne et refait surface devant un spectacle comme Saigon. Oublier sa langue pour s’intégrer ou au contraire s’y attacher parce qu’une langue c’est une racine et une culture, le débat est toujours passionné. Celui qui reste, celui qui part, celui qui s’invente des histoires et une famille, celui qui cherche, celui qui oublie… Saigon nous parle des déchirures des individus face à cette machine qui nous dépasse, celle de la politique et de la guerre. Les histoires sont simples et complexes à la fois, elles nous révèlent l’émotion et la fragilité des personnages face aux drames vécus, entendus ou ressentis.

Écriture au plateau, création collective

Caroline Guiela Nguyen, metteur en scène, a créé en 2009 avec Alice Duchange (scénographe), Benjamin Moreau (costumier), Jérémie Parpin (créateur lumière), Mariette Navarro (auteure et dramaturge), Antoine Richard (créateur sonore), Claire Calvi (collaboratrice artistique) et Juliette Kramer (directrice de production) —tous de la promotion 2008 du TNS—, la compagnie les Hommes Approximatifs. Saigon a été conçu à la Comédie de Valence en juin 2017 avec des comédiens français, des comédiens d’origine vietnamienne et des Vietnamiens. La pièce est en français et en vietnamien. Caroline Guiela Nguyen est aujourd’hui artiste associée au Théâtre de l’Odéon.

La pièce est une création collective qui s’est construite suite à des improvisations sur des bouts d’histoires, des fictions écrites après le voyage de toute la troupe à Hô-Chi-Minh-Ville pendant un mois. Durant deux ans, ils ont récolté les témoignages, à Saigon (Hô-Chi-Minh-Ville) et dans le XIIIe arrondissement de Paris, chez ceux qui sont restés et ceux qui sont partis. “Ces empreintes m’ont permis l’écriture d’un livre que j’ai remis aux comédiens le premier jour des répétitions”, explique Caroline Guiela Nguyen. Cette résidence a été déterminante : les bruits, les odeurs, le mélodrame omniprésent, le karaoké, les fleurs réelles et artificielles, les objets, tout ceci composait des fragments des vies que la compagnie a voulu comprendre avant de créer une fiction théâtrale. “Ce n’est pas l’Histoire. J’avais besoin de voir les gens, en les convoquant au plateau et découvrir les récits derrière ces visages.” L’immersion a aidé à comprendre la part du mélodrame inscrite dans la Ville. “Des hommes pleurent en chantant des chansons d’amour.” Un paysage est ainsi dessiné et des fragments ont constitué petit à petit une narration.

La pièce commence en 1996 à Paris dans un restaurant vietnamien du XIIe arrondissement lorsque la mère d’Antoine, une Viet kieu (Vietnamien de l’étranger) a un AVC et commence à parler vietnamien, ne se souvenant plus du français. Ainsi commence des histoires personnelles sur deux périodes, pas toujours achevées mais présentes. Des drames, histoires d’amour, mariage, exil, … On traverse le temps et la géographie. La pièce installe avant tout une atmosphère et le restaurant était le lieu propice pour être le contenant du drame et le témoin des histoires. Unité de lieu mais pas de temps, le restaurant vietnamien est le lieu constant.

 

 

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