Le feu et la pyrotechnie connaissent de belles carrières scéniques. Les compagnies spécialisées ont développé une maîtrise étonnante, à la barbe des risques et dans la chaleur des sensations les plus ancestrales. Une technologie de pointe, employée à ciel ouvert, a permis de créer des esthétiques spécifiques, comme dans les spectacles de La Salamandre ou ceux de la compagnie Bilbobasso, où l’on danse le tango dans une mer de flammes.

Le Bal des Anges - Photo © André Hebrard

Le Bal des Anges – Photo © André Hebrard

En trois décennies, la France a conquis le leadership mondial en matière de spectacles pyrotechniques contemporains. Cette suprématie s’est constituée grâce à la conjonction de ses traditions, de la volonté d’innover du côté des artistes, d’une politique culturelle plus ouverte et plus ambitionnée qu’ailleurs en Europe et de la conquête de l’espace public par le spectacle vivant. L’éphémère ne fait pas peur et le spectacle est une fête populaire, autant qu’il sert l’image du pays dans le monde. Le champ des possibles était particulièrement vaste à l’époque où se sont créées les compagnies et les mouvances artistiques qui ont aujourd’hui vingt-cinq ou trente années au compteur, voire plus : le nouveau cirque, le hip-hop, les arts de la rue, … Mais si ces courants se sont développés de la Finlande au Portugal, la scénographie pyrotechnique est restée une spécialité française. On dénombre quatre compagnies phares spécialisées, dont Bilbobasso que nous présentons ici plus particulièrement. Mais la chronologie commence par Groupe F.

La compagnie, créée en 1990, est devenue l’une des références de l’art français dans le monde. Ses chorégraphies de couleurs et de poudre font autant rêver que la Tour Eiffel ou le Château de Versailles. Au Groupe F, ils savent par ailleurs très bien (se) servir (de) la Dame de Fer pour les cérémonies du 14 Juillet et se placent adroitement dans la tradition du baroque et de Versailles, où ils participent aux Grandes Eaux nocturnes. Quand il s’agit d’illuminer la Tour Eiffel ou d’inaugurer un gratte-ciel dans le monde, leurs bouquets partent surtout à l’horizontale. Mais dans leurs spectacles qui relèvent des arts de la rue et impliquent des personnages humains, les jeux d’orgues de flammes interprètent de véritables chorégraphies verticales, comme pour partir à la conquête du ciel.

Les flammes urbaines

À l’opposé de cette célébration de l’éphémère se situe la compagnie Carabosse avec ses illuminations qui durent toute une nuit et dessinent des parcours enflammés à travers les rues d’un quartier. Ni mortiers, ni fusées, ni bouquets. Pas de glamour mais du romantisme et de l’art plastique à l’ancienne avec des structures en fer aux formes d’arbres, de boules géantes ou de roues. Du low-tech, mais un esprit qui favorise la rencontre, la promenade en famille ou entre amis et le réenchantement de l’environnement quotidien. Avec les structures porteuses de pots de flammes par dizaines, déployées dans l’espace urbain, Carabosse, créée en 1996, conjugue l’aérien par l’installation, met le public en mouvement et transforme la ville en scénographie. La dimension verticale se met au service de l’horizontal.

À Besançon naît, en 1990 et donc la même année que Groupe F, la compagnie La Salamandre qui mêle, à partir de 1993, les arts du feu à la danse et au théâtre. Quand elles rassemblent le public en cercle et jouent sur terre battue, leurs chorégraphies évoquent le sacré, des rituels, des épopées ou des voyages initiatiques. Les flammes sont ici des prolongements des costumes. La Salamandre utilise l’attirail des artistes de feu et saltimbanques comme les éventails de feu ou les doigts de feu, mais ont développé leur propre écriture scénique. Le feu est ici une force originelle, utilisée en complicité avec les humains, et renvoyant à un univers mythologique. La Salamandre a également créé des spectacles frontaux avec scénographies d’équipement, mais c’est dans Rêve, où le feu est l’unique élément utilisé pour structurer l’espace, qu’elle trouve son expression la plus authentique. Avec le temps, La Salamandre mène des recherches et développe ses propres techniques.

 

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