Les synthétiseurs à l’honneur. Fred Pallem, Arnaud Rebotini et Christian Zanési à la Gaîté Lyrique

Le Festival d’Île-de-France fêtait cette année ses quarante ans ! Quarante ans d’interdisciplinarité, de spectacles pointus aussi bien que populaires. Avec un taux de remplissage de plus de 80 %, c’est une réussite en termes de programmation et de fréquentation. Aussi, difficile de comprendre pourquoi son existence est plus que menacée par la diminution drastique de la subvention du Conseil régional (représentant 80 % de son budget).

Nous revenons sur une superbe soirée qui s’est tenue dans le cadre de ce Festival, en octobre dernier, à la Gaîté Lyrique.

Ce soir-là était programmé Le Sacre du Tympan qui interprétait des œuvres du compositeur François de Roubaix, et le duo Rebotini/Zanési dans un projet intitulé Frontières. Une programmation éclectique qui semblait se réunir autour du plaisir de l’écoute d’instruments électroniques analogiques (quarante ans, c’est aussi plus ou moins l’âge des premiers synthétiseurs), ainsi que de la présence très forte de l’image par le biais de compositions lumineuses et vidéo très réussies.

Le Sacre du Tympan, répétition - Photo © Jean-François Thomelin

Le Sacre du Tympan, répétition – Photo © Jean-François Thomelin

GL, révolutions numériques !

La Gaîté Lyrique, Centre culturel de la Ville de Paris consacré aux arts numériques et aux musiques actuelles, a ouvert ses portes en 2011. Ce bâtiment de 11 000 m2 sur cinq niveaux a été réhabilité en mélangeant l’esprit du théâtre original construit au milieu du XIXe siècle et la contemporanéité de ses nouveaux espaces. Il faut monter au deuxième étage pour trouver, au cœur du bâtiment, la grande salle de concert de 760 places debout ou 304 assises.

Jean-Marc Harel, responsable du département son de la Gaîté Lyrique, nous a présenté le système de sonorisation : le lieu est équipé d’un système Amadeus DIVA X, un line array de petite taille, donc discret, de grande qualité audio. Chaque grappe d’enceintes est constituée de huit XS (medium-aigu) et de deux XS15 (renfort de grave). L’extrême grave est diffusé par quatre Amadeus XL18 et deux ML18ES, situés sous la scène. Les premiers rangs sont “débouchés” par une PMX15ES de chaque côté.

Le filtrage est assuré par un processeur Yamaha EtherSound DME80 et un processeur XILICA. Le signal est distribué au format numérique EtherSound à l’aide d’une baie de brassage AuviTran AVM500.

La console est une Innovason Eclypse, associée à un rack de scène Diocore 48 in/8 out.

La particularité de cette salle réside aussi en ses possibilités de projection vidéo. Il est possible de projeter tout autour du public, sur 360°, grâce à un équipement pléthorique de deux vidéoprojecteurs 10 000 lumens et six autres de 6 000 lumens. Un écran frontal sur polichinelle de 10 m x 6 m peut se dérouler en fond de scène, et quarante-huit écrans motorisés sont disposés en périphérie de salle. Le public se retrouve totalement entouré d’images.

Des concerts transmédias

Nous avons pu expérimenter deux configurations vidéo différentes lors des deux concerts : uniquement sur le grand écran frontal pour Le Sacre du Tympan, et en 360° pour le duo Rebotini/Zanési. Deux utilisations de la vidéo bien différentes où ce média prenait plus ou moins de place. L’utilisation en 360° était parfaitement justifiée sur le mélange de musique électronique et électroacoustique du duo, l’aspect immersif s’accordant très bien à leur musique parfois hypnotique. L’attention du spectateur est attirée partout à la fois. On se concentre évidemment moins sur l’action au plateau, mais cela renforce finalement la perception de la musique jouée, favorise donc ce qu’on appelle “l’écoute réduite” en musique électroacoustique, en détachant le son de ce qui l’a produit.

Zita Cochet est l’artiste qui a composé la proposition vidéo et le troisième membre du groupe. Décomposition de mouvements, éléments répétitifs, images d’archives évoquant la création des synthétiseurs… Le rythme est partout, dans la musique autant que dans la vidéo. La performance est très live, Zita “jouant” en direct ses images, provenant d’archives ou directement de mini caméras disposées sur le plateau. Le spectacle s’appelle Frontières : c’est plutôt leur abolition qu’on observe, le spectacle étant réellement transmédia.

La proposition vidéo de Guillaume Marmin pour Le Sacre du Tympan est plus sobre mais tout aussi intéressante. La vidéo est projetée sur le grand écran au lointain de la scène. Le rapport frontal va de soi : le spectateur regarde et écoute un groupe de musiciens jouer, on se concentre sur ce qui se passe au plateau. C’est une attitude d’écoute de la musique plus traditionnelle. Guillaume évoque l’univers de François de Roubaix à travers des extraits de films dont le musicien a composé la bande originale. Là encore, la vidéo trouve très justement sa place : la musique de celui-ci est une œuvre associée à l’image, à une narration. Là, les rôles s’inversent : ce sont les images qui accompagnent la musique. Les teintes un peu passées de ces films des années 70’ s’accordent avec poésie aux sonorités des instruments “vintage” de l’orchestre de Fred Pallem. La forme, quant à elle, est beaucoup plus contemporaine : split screen, techniques de vj-ing et programmation via le logiciel Isadora, synchronismes son/image… Tout cela renforce le rythme déjà soutenu par d’incroyables musiciens !

C’est aussi un vrai duo avec la lumière auquel nous assistons. L’éclairagiste est Nicolas Bats, concepteur du logiciel D:Light. Il a profité de ce concert pour tester la dernière version du soft, plus orienté live, et contrôle des projecteurs asservis. Un ensemble de tubes fluos de différentes hauteurs, disposés verticalement, constitue une véritable scénographie lumineuse. Ces fluos sont commandés manuellement par Nicolas ou bien peuvent être déclenchés par une analyse de l’enveloppe et/ou des fréquences de la musique jouée. La lumière, comme la vidéo, apporte ici rythme et évocation de l’époque par les teintes choisies. “Le choix des couleurs vient surtout de mon parcours théâtral, mais effectivement certaines teintes se veulent années 70’, des teintes lavées, passées”, nous confie Nicolas.

 

Du même auteur

Dans la même catégorie