Commencer par raconter l’Odet et son hectare de rives (entre la rue Neuve et la rue du Pont Firmin) léguées pour accueillir les vieillards. Nous sommes en 1893. Urbain Couchouren, anéanti par la mort de sa mère, lègue à la ville de Quimper un terrain avec pour condition ultime son affectation : la construction d’un hospice. L’emplacement est si parfait et idéal que la municipalité, après quelques années d’interprétations et de négociations, déplace l’hospice, rachète le terrain pour financer sa construction et décide d’y construire un théâtre. De cette histoire ébouriffante, Max Jacob puise la sève de son roman Le Terrain Bouchaballe. Querelle des anciens et des modernes, un siècle plus tard.

Vue générale - Photo © Patrice Morel

Vue générale – Photo © Patrice Morel

Chamaillerie(s) fertile(s)

Le théâtre voit le jour en 1904 dans un sublime parc où chênes, sapins, saules pleureurs, charmilles, palmiers cohabitent avec un toreya, un ginko biloba, un tulipier de Virginie, un séquoia géant et des rhododendrons rappelant l’implantation en terre bretonne. Cent ans plus tard, le Pôle Max Jacob ouvre ses portes dans ce même jardin façonné à l’esprit XIXe. Le théâtre est toujours là. Il a pour compagnon une SMAC nommée Novomax, fenêtres ouvertes sur le parc, squelette béton et écorce extérieure en bois de châtaignier. C’est vers elle que se portera notre attention, guidée par le regard de Christophe Dagorne, directeur rencontré à Quimper pour l’occasion. Le regard sur le siècle écoulé et les chamailleries fertiles lues et entendues quant à la destination de ce fameux terrain font diablement écho aux préoccupations actuelles. Au fond, tout se passe comme s’il fallait suer la légitimité de ce lieu de culture. Hier, que fallait-il bâtir ? Aujourd’hui, comment administrer ? Les débats bretons, quant à la création du Pôle Max Jacob, témoignent d’une vivacité rare et d’un sens politique hors du commun car la naissance du lieu est le fruit d’une somme de conversations menées entre une poignée de directeurs (onze représentants d’associations). Dagorne y fait figure de médiateur : “En 2008, la Ville de Quimper organise les États généraux de la Culture. La nouvelle équipe souhaite participer à une réflexion globale sur les besoins en matière culturelle. Très rapidement, on réalise que les musiques actuelles sont les parents pauvres des politiques

Entrée principale - Photo © Patrice Morel

Entrée principale – Photo © Patrice Morel

culturelles : il n’y a pas de lieu, Polarité[s] (association active dans ce domaine) porte un projet mais pratique une forme de nomadisme, le festival Les Hivernautes se déploie dans tous les lieux de la Ville… On est face à une densité de groupes donc une grande pratique, un public qui apprécie les esthétiques mais pas de lieu pour diffuser, pas de lieu pour travailler. Le projet est lancé en 2009 avec, en son cœur, la question des musiques actuelles. La municipalité nous invite à créer un espace de concertation et de dialogue permanent et durable. Nous nous réunissons à raison d’une fois par semaine et travaillons à la rédaction d’un document nous permettant de réunir un socle de valeurs communes”. C’est ainsi qu’un collectif, propulsé par la municipalité et soutenu par le cabinet de consultant ABCD, rédige, en neuf principes et douze engagements, un protocole d’accord éthique et s’interroge sur le meilleur mode de gouvernance.

 

 

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