Le Fourneau est un pionnier de la diffusion et de l’accompagnement à la création des arts de la rue en Bretagne. Depuis 1994, ce CNAR (Centre national des arts de la rue) semble solidement arrimé dans le port de Brest. Il devrait pourtant déménager d’ici quelques années dans les Nefs industrielles de l’imposant écoquartier des Capucins et ainsi continuer à accompagner “artistiquement” l’évolution urbaine de la métropole finistérienne.

Installé dans un ancien entrepôt, le CNAR fait partie intégrante du port de Brest - Photo © François Delotte

Installé dans un ancien entrepôt, le CNAR fait partie intégrante du port de Brest – Photo © François Delotte

Voilà plus de vingt ans que le Fourneau a posé ses valises dans un entrepôt du port de Brest. Avec vue sur la rade, le Centre national des arts de la rue se fond parfaitement dans un environnement peuplé de navires, de grues et de marins. N’y voyez pas une volonté de passer inaperçu, mais plutôt un désir de faire partie intégrante d’un paysage maritime qui incite à prendre le large. Cette invitation au voyage immobile est née au début des années 80’ au Relecq-Kerhuon, cité ouvrière de la métropole brestoise, sous l’impulsion de Michèle Bosseur et de Claude Morizur, actuels co-directeurs du Fourneau. En 1981, ces deux enseignants, fervents militants de l’éducation populaire, organisent la première édition de La Tête et les Mains, festival d’artisanat d’art. Progressivement, au fil des années, ils invitent des artistes à se produire dans les rues de la commune. Le succès est au rendez-vous et plusieurs dizaines de milliers de personnes assistent aux représentations. Michèle Bosseur et Claude Morizur exportent en Bretagne ce que l’on n’appelle pas encore les arts de la rue. “Nous découvrions, émerveillés, le travail de compagnies comme Oposito ou Royal de Luxe. C’était cela que nous voulions faire : des événements de proximité favorisant la rencontre dans l’espace public”, explique Claude Morizur. “Nous avons commencé à parcourir les premiers festivals dédiés aux interventions dans l’espace public, comme Aurillac ou Chalon-sur-Saône, pour découvrir des artistes et les faire connaître à notre tour dans la pointe bretonne”, complète Michèle Bosseur.

Des “grains de folie” dans l’espace public

Malgré le succès de La Tête et les Mains, l’équipe d’organisation met un terme à l’événement à la fin des années 80’. Une interruption qui vise en réalité à se concentrer sur le lancement d’un nouveau rendez-vous, plus ambitieux. Ainsi, en 1989, est inaugurée la première édition de Grains de Folie. La manifestation est décrite comme “une journée de rêve de 25 h” par Michèle

L'intérieur de la halle “jour” - Photo © François Delotte

L’intérieur de la halle “jour” – Photo © François Delotte

Bosseur. Les hostilités débutent à 4 h du matin pour se terminer 24 h + 1 h (le grain de folie en question) plus tard. Les représentations sont souvent spectaculaires et des compagnies comme Générik Vapeur, le SAMU, Ilotopie et bien sûr Oposito, sont invitées à se produire. Mais l’événement, payant, ne remporte pas autant de succès que La Tête et les Mains. “Au début des années 90’, nous nous sommes retrouvés avec vingt briques de dettes et l’injonction du maire du Relecq de partir”, se souvient Michèle Bosseur. En 1991, Plougastel-Daoulas, la commune voisine, convie les organisateurs à préparer l’inauguration de la place centrale de la Ville et accepte d’accueillir Grains de Folie. Cette manifestation devient une “véritable plate-forme de création” selon les mots de Claude Marizur ; des artistes étant invités à “métamorphoser” différents espaces pour l’occasion. La municipalité met alors à disposition de l’association organisatrice le bâtiment d’une coopérative de fraises récemment fermée. Puis l’équipe déménage à Brest en 1994. Elle investit un entrepôt de 2 000 m2 et de 14 m de haut pour accueillir des compagnies. Le lieu appartient à la Ville et est alors occupé avec la bienveillance de la municipalité. L’endroit est baptisé Le Fourneau, en référence au nom de la cantine ouvrière de la Pyrotechnie de Saint-Nicolas, usine d’armement du Relecq-Kerhuon. Avec le temps, la structure est devenue le référent de l’agglomération brestoise en matière de création dans l’espace public. Sur la demande de l’équipe municipale, Le Fourneau crée, en 1991, les Jeudis du Port, rituel estival où se mêlent musique et arts de la rue. En 1992, la Ville fait appel au Fourneau pour superviser le volet artistique des grandes fêtes maritimes qui ont lieu tous les quatre ans.

Parallèlement, au niveau national, les pouvoirs publics commencent à être attentifs aux revendications de ces associations et compagnies qui associent transversalité et interventions dans la rue ou dans des espaces naturels. “Nous avons été le premier lieu de fabrique désigné ainsi par le ministère de la Culture”, témoigne Claude Morizur. L’appellation, ancêtre du label CNAR, permet à l’établissement d’être identifié par l’État comme un lieu pilote pour la production et la diffusion des arts de la rue dans la région. Et, à ce titre, d’être subventionné. En 1998, Le Fourneau s’installe dans ses locaux actuels : le magasin C, ancien hangar à soja du port de Brest. Le bâtiment de 1 000 m2 est mis à disposition par la Ville via la signature d’une convention. La construction offre un espace confortable pour les compagnies venant y travailler. Il est aussi volontiers considéré par l’équipe comme étant sa “base arrière” car l’établissement rayonne depuis la fin des années 90’ sur l’ensemble du Finistère et de la région Bretagne. De 1998 à 2010, Le Fourneau s’occupe de la programmation du FAR (Festival des arts de la rue) de Morlaix.

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