La victoire ouvrière de Carmaux donnera un élan nouveau à la démocratie.”

Jean Jaurès

Entrée principale boulevard Vincent Scotto - Photo © Patrice Morel

Entrée principale boulevard Vincent Scotto – Photo © Patrice Morel

Défense de déposer os et suif… Une plaque dans son jus restée sur le mur d’entrée annonce la couleur. Il a veillé à ce qu’elle ne disparaisse pas. Le timide (et néanmoins bavard) José Molina tourne en rond dans la cour et fait mine de ne pas nous attendre. Chapeau vissé sur le crâne, barbiche grisonnante, veste anthracite, lunettes se balançant au bout d’un cordon sur un gilet molleton gris clair, chemise gris foncé, tee-shirt bleu marine, accent du sud bien trempé. Comme tous les timides, il sait accueillir, paraît décontracté mais est diablement sérieux. Les abattoirs ferment en 1997. Il arrive dans la place en 1999. Et l’affaire n’est pas simple. Une dalle béton partage l’espace ample et haut en deux, laissant un étage fantôme quasi inutilisable. Cela aurait pu mal commencer si le directeur ne s’était révélé être l’homme de la situation. On a souvent dit que les lieux n’étaient que le reflet des âmes qui les habitent. Cela n’a jamais été si vrai. Visite et rencontre avec José Molina.

L’abri et l’édifice

Dans l’abri, disait Antoine Vitez, on peut s’inventer des espaces loisibles, tandis que l’édifice impose d’emblée une mise en scène. Pas d’édifice en l’Abattoir. La naissance de l’abri remonte au printemps 1999. La ville de Bourgoin-Jallieu, motivée par une demande locale, veut métamorphoser ses abattoirs (récemment) désaffectés en scène pour les musiques actuelles. La réhabilitation s’écrit en quatre temps : le recrutement de José Molina, la construction de studios de répétition, celle d’un centre de ressources et de bureaux, et celle, enfin, d’une salle de 593 places. La salle est intelligemment construite sur trois niveaux pour une visibilité optimale. Un gradin planté sur les hauteurs, une première plate-forme au pied des gradins, une seconde, un peu plus basse, accueille un espace régie, et une petite fosse se dessine à l’avant-scène. De haut en bas, la salle permet à tous les regards de profiter au mieux des concerts et l’équipement son est de premier niveau, dans la salle comme dans les studios. On reconnaît le soin apporté par un homme au service de l’art qu’il aime. Molina n’a pas lésiné sur la qualité du matériel. S’il n’a pas pu lutter contre la construction d’une dalle béton (il est arrivé après la bataille), il se bat aujourd’hui pour

Salle de spectacle (nouvelle extension) - Patrice Morel

Salle de spectacle (nouvelle extension) – Patrice Morel

qu’un des bâtiments extérieurs soit rénové et puisse accueillir l’ensemble des bureaux. “J’aurai voulu que les bureaux soient à l’étage et que nous aménagions un grand studio de plus de 100 m2 pour les résidences longues. Mais cela n’a pas été possible.” Les locaux sont exigus et certains de ses collaborateurs travaillent dans des pièces étroites sans ouvertures. Si le lieu est optimisé sur le plan technique grâce à un équipement de pointe, il n’est pas extrêmement confortable pour les équipes. Ce qui est troublant dans cette visite, ce n’est pas tant le lieu lui-même que l’homme qui l’habite. On pourrait dire des Abattoirs que le site et le projet sont conformes aux habitudes : une SMAC bâtie à partir de studios de répétition, une salle à la jauge correcte, des résidences, de l’accompagnement, … On pourrait dire que tout cela est assez classique et qu’au fond ce n’est qu’une SMAC de plus. On ne le dira pas. Parce que José Molina mérite qu’on lui tire le portrait et qu’on loue sa vision noble des politiques publiques pour la culture dans le domaine des musiques actuelles.

 

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