Il faudrait plusieurs articles pour parler de cet endroit exceptionnel qu’est la Philharmonie de Paris, cette salle magnifique et novatrice ouverte depuis plus d’un an dans le prolongement de la Cité de la Musique et du CNSMDP (Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris). Nous avons déjà consacré un article dans l’AS n°202 à propos de son acoustique unique au monde qui a suscité une admiration internationale. Car en plus d’être beau, cet auditorium, conçu par Jean Nouvel, avec l’acousticien Sir Harold Marshall, possède une acoustique très généreuse (3.2 s de reverb) tout en restant précise et respectueuse des timbres instrumentaux. Mais l’idée de ce lieu consacré à l’amour de la musique était aussi de pouvoir proposer des concerts en tout genre, du baroque au rock, nécessitant une adaptabilité de son acoustique, du matériel, qui en font un vrai challenge pour toutes les équipes qui travaillent à rendre possible ce projet exceptionnel.

Le gradin de l'orchestre, la canopée et l'orgue avec ses volets ouverts - Photo © François Vatin

Le gradin de l’orchestre, la canopée et l’orgue avec ses volets ouverts – Photo © François Vatin

Nous nous intéresserons donc, avec son directeur technique Jean-Rémi Baudonne, Cédric Morel pour la machinerie et Sébastien Moreau pour le son, à toutes les solutions techniques développées dans cet outil de pointe qui, un an après, continue de s’inventer alors que les résultats montrent que c’est un lieu déjà mythique et très apprécié les artistes et le public.

Quelques jours après le concert rock de John Cale (ex-Velvet), je retrouve Jean-Rémi Baudonne pour faire un bilan après une année très intense où les équipes découvrent en permanence les nouvelles possibilités de ce vaisseau spatial.

Jean-Rémi Baudonne : Nous avions testé cette configuration, parterre debout, mais c’est la première fois que nous le pratiquions en condition réelle pour John Cale. Cela transforme totalement la salle, c’est même très impressionnant. Ce qui reste identique, c’est la grande proximité que nous avons à l’avant, au parterre, et l’impression, au contraire, d’être dans une cathédrale dès le premier balcon ! Le résultat était très satisfaisant. Pour reprendre au début, l’ouverture de la salle ne s’est pas faite dans des conditions idéales car toutes les installations n’étaient pas prêtes. La scène était brute, non poncée et sans les alaises. AMG Féchoz a travaillé jusqu’au mois de septembre 2015 pour finir la scène et la machinerie. IAPI (pour AMG Féchoz), qui s’occupe de la partie commande informatisée, nous a accompagnés pendant huit mois sur les bascules d’une configuration à l’autre pour être certain que tout se passera bien. Ce qui n’était pas évident vu qu’il fallait aussi réorganiser les équipes qui venaient de la Cité de la Musique et de la salle Pleyel. Nous sommes passés de trente-deux à cinquante personnes en technique, et il a fallu former au fur et à mesure tout le monde sur ce nouvel outil !

La machinerie au service de la polyvalence

Cédric Morel : Au niveau des cintres, il y a neuf porteuses canadiennes derrière la canopée ainsi que les palans. Le tout est caché au besoin derrière quatre trappes. Le plafond est en effet une dalle béton qui accueille toute la machinerie haute qui peut être masquée complètement. Un système mobile sur rail permet de déplacer les porteuses vers la face pour accrocher des projecteurs ou du son de façon très pratique.

Jean-Rémi Baudonne : Le IAPI est un système que l’on connaît bien puisque nous l’avions depuis 2006 à la salle Pleyel. Il s’est avéré très efficace pour les retournements de sièges avec le système Gala, puisqu’il nous faut moins d’une heure pour passer du mode gradin à la fosse. Au niveau de la scène centrale, nous avons trente-deux podiums (dix de plus qu’à la salle Pleyel) montés sur Spiralift, qui nous permettent d’étager l’orchestre pour avoir une image sonore équilibrée. Chaque chef fait sa balance, sachant que certains orchestres préfèrent jouer à plat. Le Los Angeles et le Chicago aiment faire leurs balances eux-mêmes, les autres préfèrent étager plus ou moins. À la salle Pleyel, on avait un fer à cheval évasé qui ne permettait pas d’étager les pupitres des cordes sur le front, simplement l’harmonie. Ici, nous sommes entrés dans un standard international avec un fer à cheval très resserré où l’on peut commencer à “monter” à partir du deuxième et troisième pupitres des cordes, et l’harmonie suit.

 

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