Le Channel, Scène nationale de Calais, est installé depuis le début des années 90’ dans d’anciens abattoirs municipaux. Cet ensemble industriel a été réhabilité de 2005 à 2007 par Patrick Bouchain (agence Construire) et François Delarozière (La Machine), avec beaucoup d’économie de moyens, de sobriété et de poésie.

Vue du chapiteau et de l'accueil principal - Photo © Le Channel

Vue du chapiteau et de l’accueil principal – Photo © Le Channel

Calais est une ville relativement plate d’où émergent le beffroi de la mairie et les clochers des églises. Mais aussi un château d’eau corseté par un escalier en colimaçon, un chapiteau de cirque coloré, et des balises qui indiquent l’emplacement des anciens abattoirs de la Ville, aujourd’hui converti en Scène nationale. Cette dernière a pour nom le Channel, en référence à la Manche et à la Grande-Bretagne toutes proches. La transformation de cet ancien lieu de mort en lieu de vie débute en 1993. “Nous sommes arrivés ici alors que nous préparions la cérémonie d’inauguration du Tunnel sous la Manche avec François Delarozière et la compagnie Royal de Luxe”, raconte Francis Peduzzi, directeur artistique du Channel. Il n’en est plus jamais reparti. Dans ces 14 000 m2 de liberté, la Scène nationale aménage d’abord, avec François Delarozière, une salle de spectacle baptisée Le Passager dans l’aile droite des bâtiments. À la fin des années 90’, Jacky Hennin, maire PCF de Calais, est conquis par l’idée de poursuivre la conversion des abattoirs, alors propriété de la Ville, en vaste espace de culture et de rencontres.

Un spectacle dans le chapiteau - Photo © Le Channel

Un spectacle dans le chapiteau – Photo © Le Channel

Un outil de travail

En 2000, les hostilités sont lancées. La Ville est maître d’ouvrage et Francis Peduzzi devient responsable de la conception. L’agence Construire de Patrick Bouchain est désignée maître d’œuvre à l’issue d’un marché de définition. Francis Peduzzi est spontanément attiré par le travail de l’architecte. “J’aimais ce qu’il avait fait pour le Lieu Unique à Nantes. J’aimais sa justesse et sa sobriété, le fait qu’il ne mette pas du marbre et des dorures partout. Il fallait que l’ensemble soit un outil de travail transformable au fur et à mesure. Nous voulions un lieu plus adapté aux perceuses du Royal de Luxe qu’aux alexandrins de la Comédie-Française”, commente-t-il malicieusement. Les matériaux laissés bruts seront l’un des marqueurs de la réalisation. Les volutes et les formes organiques inspirées de l’Art Nouveau en seront un autre. Un aspect dû aux interventions de François Delarozière qui doit collaborer d’égal à égal avec Construire. L’objectif est alors de créer un endroit ouvert sur la Ville et la population, pouvant aussi bien accueillir des résidences d’artistes, des ateliers en direction des enfants qu’une diffusion régulière de spectacles en tous genres. Une attention particulière est portée aux arts du cirque et de la rue ainsi qu’aux marionnettes. Le parti-pris architectural de Patrick Bouchain et de son équipe est de miser sur une grande économie de moyens, de réhabiliter autant que faire se peut les bâtiments en fonction des activités qu’ils accueillent mais sans pour autant complètement les transformer. Cette volonté de recyclage et de réutilisation inscrit le travail de Construire dans une démarche d’architecture durable : “Se resservir de ce qui existe déjà est le premier acte durable qui soit”, défend Loïc Julienne.

 

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