De tous les ingrédients d’un ballet, le costume intervient à un endroit

délicat dans le processus de création. Il est rare qu’il soit inaugural de

la genèse d’un projet, mais il finit toujours par nous livrer une grille de lecture particulière et transversale de l’œuvre.”

Angelin Preljocaj

 

Costume d’Igor Chapurin, rôle d’une prêtresse dans Suivront mille ans de calme, Ballet Preljocaj - Photo © Pascal François

Costume d’Igor Chapurin, rôle d’une prêtresse dans Suivront mille ans de calme, Ballet Preljocaj – Photo © Pascal François

 

Costume de Jean-Paul Gaultier, rôle de Blanche Neige au bal dans Blanche Neige, Ballet Preljocaj, 2008 - Photo © Pascal François

Costume de Jean-Paul Gaultier, rôle de Blanche Neige au bal dans Blanche Neige, Ballet Preljocaj, 2008 – Photo © Pascal François

 

Costume d’Olivier Bériot, rôle du Roi dans Siddharta, Opéra national de Paris, 2010 - Photo © Pascal François

Costume d’Olivier Bériot, rôle du Roi dans Siddharta, Opéra national de Paris, 2010 – Photo © Pascal François

 

 

 

 

 

 

 

 

La danse est un art de combat” dit Angelin Preljocaj. La carte blanche offerte par le CNCS (Centre national du costume de scène) au chorégraphe, qui compte parmi les plus doués de sa génération, est à l’image de ses mots. Un combat pour la vie, un combat pour le mouvement, un combat pour les formes, un combat pour le sens. Avec Constance Guisset (scénographe) et Delphine Pinasa (directrice du CNCS), ils ont nourri une exposition à faire trembler les murs de la caserne du Quartier Villars. Trente ans que la compagnie d’Angelin Preljocaj enchante le monde de la danse avec des chorégraphies mêlées aux arts. Qui à la littérature (Hermann Hesse, Éric Reinhardt), qui à la peinture (Enki Bilal), qui à la couture (Jean-Paul Gaultier, Azzédine Alaïa), qui à l’art contemporain (Fabrice Hyber), … En huit ballets ponctués de costumes et de vidéos, les histoires (celle de l’homme et celle de la compagnie) sont racontées par le sensible. Guisset a su transfigurer les vitrines et faire apparaître les fantômes des corps habillés. Après l’acquisition du fond Noureev, qui habite désormais un espace dans l’enceinte, la danse pénètre à nouveau avec fracas à tous les étages.

Le corps à l’ouvrage

Nous n’avons jamais assez répété combien parler de costume revient à parler du corps. Les costumes de théâtre, arrimés au récit, ne crient pas cette vérité simple et puissante. Les costumes pour la danse ne sont que soutien au corps en mouvement. Nous avons déjà dit comme il est parfois âpre d’enchaîner les vitrines même avec de très belles pièces exposées parce que les corps manquent aux matières. Parce que quiconque a un jour conçu des costumes sait combien l’habit crée le personnage. Il suffit de penser à Charlot pour que chacun ait en tête son chapeau, sa canne, sa démarche, son corps en mouvement. Impossible de l’oublier. Réanimer le mouvement, respirer la sueur, c’est ce que réussit cette remarquable exposition où chacune des vitrines ouvre une fenêtre sur la création à travers l’étoffe et le mouvement. Les costumes apparaissent éclairés un à un et un extrait vidéo du spectacle sur grand écran vient appuyer le mouvement. La richesse des fonds nous laisse sans voix. On entre par Le Pavillon Noir, la maison d’Angelin Preljocaj (entendez le Centre chorégraphique qu’il dirige à Aix-en-Provence, dessinée par Rudy Ricciotti). Puis la profusion des collaborations artistiques avec le monde de l’art devient le fil conducteur de l’exposition.

 

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