La Fura dels Baus et son langage à l’ère du smartphone, dixit Jürgen Müller

La Fura dels Baus, cette compagnie légendaire de Barcelone créée en 1979, revisite aujourd’hui son célèbre “Fura language”, transposant à l’ère du numérique ces éléments qui ont secoué le paysage théâtral et fait leur réputation : l’espace partagé entre les comédiens et le public, la mobilité et l’intranquillité, le contact physique, une dose de terreur et de violence. M.U.R.S., leur dernière création, transpose cette théâtralité très physique, où le public fait partie intégrante de la scénographie, vers l’ère des smartphones. Chaque spectateur charge une application et suit les indications transmises. Un espace virtuel s’ajoute donc à l’espace scénique, mais la nécessité à créer une sphère dans laquelle on peut diriger, voire manipuler le public, reste la même.

M.U.R.S., Furia dels Baus - Photo © Josep-Aznar

M.U.R.S., Furia dels Baus – Photo © Josep-Aznar

Après ses études de théâtre en Allemagne, Jürgen Müller a rejoint La Fura dels Baus en 1982, trois ans après la création de la troupe. Il en est aujourd’hui l’un des directeurs artistiques, aux côtés de Miki Espuma, Pep Gatell, Àlex Ollé, Carlus Padrissa et Pera Tantiñà. Müller vit en Catalogne depuis trente-six ans et se sent plus Catalan qu’Allemand, mais surtout comme un membre autonome d’un collectif dynamique.

La compagnie La Fura dels Baus s’est mise à orchestrer des événements spectaculaires et a créé aussi pour la salle, notamment en mettant en scène des opéras. Mais M.U.R.S. renoue avec certains éléments du “Fura language” des années 80’. De quoi parle M.U.R.S. ?

Jürgen Müller : Dans le “Fura language” originel, l’espace est partagé entre les acteurs et le public. Il s’agit d’un grand espace unique où nous introduisons des éléments scéniques mobiles avec lesquels nous allons au devant des spectateurs. Pour M.U.R.S., nous étions vite d’accord sur la nécessité de diviser cet espace. Quand nous nous sommes réunis pour discuter de ce projet, nous avons beaucoup parlé des murs. Murs physiques, mais aussi murs invisibles, murs dans les têtes. Par ailleurs, le titre n’est pas une évocation en français. Nous le prononçons “mourss” et il n’a pas de signification fixe.

 

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