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Source d’inspiration pour la scénographie de Richard III – Documentation © Jan Pappelbaum

Publiée pour la première fois en 1591 ou 1592, la tragédie du roi Richard III entre dans le cadre des chroniques historiques qui ont inspiré Shakespeare, avec en guise de titres des noms de rois. Elle constitue le dernier volet d’une tétralogie composée des trois parties de Henry VI, en évoquant librement la guerre des Deux-Roses mettant aux prises les dynasties York et Lancastre, pour la possession de la Couronne d’Angleterre. Dans cette œuvre de jeunesse du grand Will, Richard, estropié, bossu et boiteux, méprisé et exclu de l’environnement de ses pairs et de son frère Edouard devenu roi, qu’il a pourtant servi avec bravoure en éliminant ses adversaires, ne rêve que de vengeance et développe un appétit féroce de pouvoir tyrannique qui le conduit à éliminer tous ceux qui feraient obstacle à son accession au trône. Il y parviendra, avant de périr lors d’une dernière bataille où, souverain aux abois, l’approche de la mort lui offre une ultime prise de conscience.

Après le Songe d’une nuit d’été, Hamlet (voir AS 161), Othello et Mesure pour Mesure, le grand metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, par ailleurs directeur artistique de la Schaubühne de Berlin depuis 1999, retrouve Shakespeare avec le même désir de lui apporter une résonance contemporaine, considérant que “le théâtre constitue un moyen de comprendre le monde”. Pour cette nouvelle création, il a demandé une nouvelle traduction (élaguée) à son compatriote et dramaturge Marius Von Mayenburg. Le rôle-titre a été confié à Lars Edinger, monstrueux et machiavélique à souhait. Il a choisi d’associer des vidéos de Sébastien Dupouey et des musiques rock de Nils Ostendorf (accompagnées en live par un batteur) au cœur d’un espace réunissant acteurs et spectateurs dans une proximité fusionnelle. Présentée lors du Festival 2015 dans l’Opéra Grand Avignon, la scénographie, conçue par Jan Pappelbaum, fidèle et talentueux collaborateur de Thomas Ostermeier, répond à cette nécessité qui conditionne et éclaire les différents aspects de l’œuvre représentée. Il nous livre le processus, la composition et l’évolution de sa création scénique.

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Source d’inspiration pour la scénographie de Richard III – Documentation © Jan Pappelbaum

Une arène

Pour nous, il était essentiel de créer une unité spatiale et temporelle des événements qui se passent sur la scène, dans la relation engagée par le texte de Shakespeare. Richard adresse une partie de ses paroles directement au public, il y décrit ses situations, ses suppositions, présente ses actions, projette les évènements de ses prochaines étapes. Sous sa conduite, le public est soumis à une sorte de “workshop” en prenant conscience d’une réalité qui se confronte à la sienne. Cette conception dramaturgique est naturellement issue de l’architecture de l’écriture shakespearienne, témoignant d’un théâtre de son temps qui a rendu ce phénomène possible. Mais pour cela, les spectateurs doivent être placés dans une proximité et une continuité jusqu’au dénouement. Ainsi, nous avons souhaité abolir la séparation scène/salle et le rapport frontal qui conditionne et oriente le regard du spectateur pour le mettre au cœur de la tragédie.

 

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Revue AS – N°238 Août 2021

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