Dans la perspective de vous faire découvrir l’un des lieux du Festival d’Avignon déjà traité dans l’article de Jean Chollet, je vous propose de traiter la partie sonore de ce spectacle exubérant qu’est Richard III de Thomas Ostermeier, metteur en scène déjà présent dans la Cour d’Honneur en 2008 avec un Hamlet jubilatoire qui devait déjà beaucoup à la présence charismatique de Lars Eidinger. Ce dernier interprète cette fois-ci un Richard III très vrai et aussi fascinant qu’une star internationale. Pour ce qui est du son, Ostermeier a travaillé avec bonheur avec Nils Ostendorf, jeune trompettiste expérimental qui s’inspire beaucoup de la nature et de la musique électro. Formé au Folfwang Conservatoire de Essen et au Banff de New York, Nils Ostendorf a régulièrement travaillé pour des créations musicales destinées au théâtre.

Le sonore de ce spectacle s’appuie complètement sur ses compositions électro-rock-punk, en collaboration avec Thomas Witt, le batteur, seul musicien présent en direct, à cour de la scène, le reste de l’instrumentation jouant en playback sur Live de Ableton.

Notre guide dans ce show théâtral est Sven Poser, régisseur son de la Schaubhüne de Berlin sur ce spectacle.

1- Le roi Richard (Lars Eidinger), un show très rock’n’rol - Photo © Arno Declair

1- Le roi Richard (Lars Eidinger), un show très rock’n’rol – Photo © Arno Declair

Sven Poser :J’ai participé à la création sur les cinq dernières semaines de répétition avec le metteur en scène. Comme pour beaucoup de nos réalisations, il y a un musicien compositeur qui créé tout le son et prépare tous les playbacks. Il prend les décisions, en collaboration avec les musiciens, mais également avec le batteur en ce qui concerne cette production. Je suis permanent à la Schaubhüne depuis quatorze ans. Mon rôle est de concevoir une sonorisation, un mix qui convienne à l’esthétique recherchée par le metteur en scène et le compositeur.”

Un show très rock’n’roll (photo 1)

Sven Poser :L’idée de base d’Ostermeier était d’avoir un batteur sur scène, mais il ne savait pas quelle musique devait être jouée. Nils et Thomas Witt ont développé ensemble la composition de tous les morceaux. L

2- La scène en préparation avec le cluster central et le micro suspendu - Photo © François Vatin

2- La scène en préparation avec le cluster central et le micro suspendu – Photo © François Vatin

a relation entre nous trois était très harmonieuse et constructive. Surtout parce que j’avais déjà travaillé avec Nils et qu’on se fait confiance. On se comprend vite.”

Dès le début du spectacle, le ton est donné. Dans cet espace typiquement élisabéthain, avec cette façade au milieu de la scène dont les balcons vont être un espace de circulation vertical permanent et où se nouent les intrigues, se mettent en places des hiérarchies, où l’on s’interpelle entre le haut et l’avant-scène, semblable à une piste de cirque. On perçoit les basses puissantes d’une musique électro-indus qui s’approche, grossie puis éclate dans tout le théâtre avec la fête complètement délurée qui a lieu à la cour. Dans tout ce beau monde, au milieu des feux d’artifices, apparaît un bossu qui attrape un micro suspendu en plein milieu de la scène et se met à nous parler tandis que la musique revient dans les graves, comme si on passait dans une pièce à côté. C’est le futur roi Richard qui s’adresse à nous d’une voix douce et déterminée, registre confidentiel rendu possible par l’utilisation du micro. Je trouve que c’est toujours une matière intéressante à travailler au théâtre car on n’est plus dans la déclamation, on peut amplifier un parler “normal” pour amener une forte présence au texte et certaines nuances dans la voix.

Les dialogues s’enchaînent sans micro cette fois-ci. Les scènes alternent entre monologues sonorisés, inter-scènes musiques et vidéos projetés sur tout le mur, images allégoriques de ciels plein de nuages menaçants, ou de méandres de fleuves pour figurer le voyage, et de vrais moments de concert où Richard fait son show.

La diffusion est donc principalement axée sur une façade très présente, en combinaison avec un plan lointain et diffu, et un autre dans la coupole.

La diffusion (photo 2)

Le cluster central est composé, pour ce lieu, de deux enceintes d&b Q10 avec une directivité horizontale très précise de 110° : celle du jardin est dirigée vers le parterre et celle de la cour vers les balcons.

6- La console Yamaha CL5 - Photo © François Vatin

6- La console Yamaha CL5 – Photo © François Vatin

Sven Poser : “D’habitude elles sont collées mais là on a dû les espacer de 2,50 m environ car sinon elles gênaient le mouvement de la chaîne à laquelle est suspendue le micro.

On a une répartition en façade LCR, avec de chaque côté 3 d&b Q10 et 2 Qsub surmontés d’une MDT112 pour rattraper les côtés du parterre, sous les balcons. Pour chaque musique, on fait des mixs et des répartitions différentes dans l’espace.

À l’arrière de la scène, allongées sous les escaliers de dégagement jardin et cour, légèrement orientées vers la face, on a mis deux MPB600 Amadeus qui me permettent de travailler un plan très lointain pour certaines musiques (photo 3).

On a deux enceintes d&b Max posées sur le dernier balcon et orientées vers la coupole. La musique et le batteur, sur des niveaux forts, sont mixés sur le LCR, mais les sons plus doux, plus lointains, sont diffusés soit dans la coupole soit à l’arrière-scène, mais très peu dans la façade. Le retour du batteur est un d&b Max.

Sur scène on a 2 enceintes Amadeus MPB200 cachées sous des tissus sous les passerelles du rez-de-chaussée (tiers de scène) qui servent à la fois de diffusion pour les musiques et de retour pour le comédien-chanteur lui-même. Ainsi les musiques et les voix ne viennent pas que d’en haut, elles sont ‘tirées’ vers le bas. De même, on a deux équivalents au premier étage, mais plus resserrés, escamotés dans le mur du décor, qui ont la même fonction mais plus pour les balcons du haut. Toutefois, ils sont moins efficaces ici qu’à la Schaubhüne puisque là-bas, les balcons sont plus proches et la jauge plus petite.”

On voit ici les limites de l’adaptation de ce spectacle conçu pour un espace typiquement élisabéthain, avec une grande proximité des balcons.

 

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