Grâce aux appuis de De Gaulle, de Malraux, de Boumédienne, de Mondadori, je commençais à exporter un peu mon architecture. L’immeuble du Parti communiste français à Paris, le siège de la Mondadori à Milan, les universités algériennes, … devinrent des points d’attraction architecturale, suscitant des surprises, faisant table rase des doutes et des incompréhensions de jadis. Me gagna alors le sentiment que j’avais accompli ma tâche et qu’il n’était plus nécessaire, désormais, d’expliquer ce que j’avais voulu faire. Mon architecture était là, dans le monde civilisé, qui un jour en témoignera selon le temps et la sensibilité des hommes.

Oscar Niemeyer (1978)

Le Havre Libre, mercredi 10 novembre 1982

 

La grande salle - Photo © Patrice Morel

La grande salle – Photo © Patrice Morel

Le Havre, retour. À l’automne 2013, pour servir le numéro AS 191, nous avions foulé le sol du fort de Tourneville dans la ville haute, à l’endroit même où se niche le Tétris, la SMAC. En plein cœur de la ville basse, à quelques pas de l’hôtel de ville, le génie d’Oscar Niemeyer a flanqué la place Gambetta d’une colombe de béton visible depuis le ciel. Un volcan ailé, mi-bunker, mi-oiseau. Parce qu’Oscar a enchanté les quatre coins du monde avec ses rêves de béton aux courbes impeccables. Parce qu’Oscar, poing levé, inventait un nouveau monde au bout de son crayon. Il aura fallu plus de vingt ans de combat pour que la colombe d’Oscar s’impose comme une épure parmi les cathédrales du XXe siècle telles que les avaient imaginées Malraux. Celui-là même qui avait inauguré, en terre havraise, la toute première maison de la Culture (abritée dans un musée) le 25 juin 1961 : “Ce qui est important, c’est que n’importe quel garçon de quinze ans, pauvre ou du fond de la province, puisse trouver dans l’ordre de l’esprit la même chose qu’un garçon très riche et parisien”. Le 7 janvier 2015, la maison de la Culture du Havre, devenue Espace culturel Oscar Niemeyer, puis Volcan, a fait peau neuve. Pas si simple d’emboîter le pas de Niemeyer, de le comprendre, de le suivre, d’épouser ses formes. Et même si cela n’a pas été aisé, l’architecte Dominique Deshoulières l’a compris, l’a suivi, a épousé ses formes.

Visite et entretien avec Dominique Deshoulières et Jean-François Driant, directeur du Volcan.

Parvis du grand Volcan remanié - Photo © Patrice Morel

Parvis du grand Volcan remanié – Photo © Patrice Morel

Les montagnes de Rio dans les yeux

Porte-cargo n°6, accès décor, niveau + 1 scène - Photo © Patrice Morel

Porte-cargo n°6, accès décor, niveau + 1 scène – Photo © Patrice Morel

Oscar, tu as les montagnes de Rio dans tes yeux”, lui dit un jour Le Corbusier. “Être d’abord en accord avec le climat, je crois. Le vent, le froid, la pluie. Il fallait imaginer une vraie promenade architecturale mais garder attention sur l’ensemble de la Ville. Auguste Perret a fait de son temps ce qu’il fallait faire. Très vite. Les espaces sont bons. Le béton, c’est la pierre de notre siècle. Quand on connaît la façon de l’utiliser, il offre des possibilités véritablement illimitées. Il est contestation et défi dans la forme. Pourquoi veut-on construire avec le béton et l’acier comme on construisait autrefois avec la pierre et le bois ? C’est tout le contresens de l’architecture fonctionnelle, rationnelle, internationale. C’est par les possibilités techniques nouvelles que l’on doit trouver les nouveaux chemins de la beauté et de la poésie. Je cherche la façon de faire neuf.” Tels sont les mots retranscrits d’Oscar Niemeyer dans le Havre Libre en novembre 1982, alors qu’il recevait les journalistes en compagnie de Charles Mourier, directeur technique et scénographe conseil pour la maîtrise d’ouvrage.

 

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