L'accès public et son esplanade - Photo © Antonio Martinelli

L’accès public et son esplanade – Photo © Antonio Martinelli

Soissons en Picardie, 105 km au Nord-Ouest de Paris, à deux pas de Villers-Cotterêts et de Laon, classée ville d’Art et d’Histoire. Deux cantons et près de 45 000 âmes dans son agglomération. En miroir à la remarquable façade de l’Abbaye de Saint-Jean-des-Vignes qui découpe à la finesse de ses arêtes un éblouissant ciel couleur de lait, l’architecte Henri Gaudin, avec l’aide de son fils Bruno, a tracé sa Cité de la musique et de la danse. Elles se font face, immobiles, élégantes, et les variations de lumière font résonner leur éclat. Comme si, quoiqu’il en coûte, à travers les siècles, les âmes inspirées déposaient leurs signatures au milieu du chaos. Comme si la beauté s’était faite constellation. La Cité de la musique et de la danse à Soissons accueille avec panache. Il est tôt, la lumière est belle, l’humain est là, partout. Et l’idée nouvelle de rassembler un conservatoire et une salle de spectacle prend ses aises. Tout comme à Romans mais avec une couleur symphonique.

Visite avec Hélène Vintraud, directrice adjointe.

Cité lumière(s)

Coupes longitudinale et transversale - Documents © Henri Gaudin

Coupes longitudinale et transversale – Documents © Henri Gaudin

Rythme, courbes, droites, puits de lumière, mystères des circulations, passerelles suspendues, l’œil vif et cultivé de Gaudin habille la parcelle AP 130 de l’ancien site militaire de la caserne Jeanne d’Arc, aujourd’hui Parc Gouraud. C’était le terrain de sport de la caserne. En espaces et en silences, il s’inspire et s’accorde avec l’édifice gothique qui le regarde. Lignes élancées, voûtes marquées, le nouveau Conservatoire est traversé par une nef dont les parties hautes sont faites d’arcs. Une immense verrière s’étire selon le même axe, recouvrant l’interstice médian entre les arcs et inondant de clarté la galerie au travers de laquelle s’articule la salle de diffusion et le Conservatoire de musique et de danse. Une bâtisse aérienne fait écho aux deux tours de la basilique. Pour faire le lien, le parvis minéral, flanqué de deux bassins, est traité dans la continuité de l’espace public. “Si l’architecture appartient tant au musical, c’est que le vide en joue la part silencieuse. Dans l’évidence, rien ne déclame son rôle. Le mur n’est pas mur, l’appui n’est pas l’appui, l’air est une gaze fine qui soutient le volume dans une excessivité du rien comme le dit ‘less is more’, le fameux adage du héros de la modernité Mies van der Rohe. Belle proposition qui nous tient dans l’ascétisme et nous fait invoquer la beauté des mathématiques, notre plus sur appui qui ne soustrait en rien notre part sensible.” À l’occasion de l’inauguration de son ultime travail, Henri Gaudin se souvient de ce qu’il nomme l’orage de la guerre. Amiens, il a sept ans et “naît à la conscience du monde dans le fracas des bombes qui dessinait un rideau d’acier devant la fenêtre avant de prendre la fuite à pied jusqu’à Paris”. De cette époque, dit-il, il tire l’enseignement que souvent, “une œuvre authentique s’ancre dans la détresse pour lui tordre le cou. Il en appelle à Goya, à Picasso, revient sur Guernica. Ancré dans la détresse pour lui tordre le cou… “Et voilà qu’aujourd’hui le Conservatoire ouvre ses portes un siècle après la Grande Guerre”, écrit-il. Sa Cité n’oublie pas l’urgence à exalter la beauté. Elle est là, rassurante, impériale, comme un pied de nez aux mochetés passées et à venir.

 

 

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