La Ufa Fabrik est restée fidèle à ses principes. La célèbre friche berlinoise créée en 1979 demeure un lieu de vie autonome où la culture, l’action sociale, l’éducation et l’écologie s’entremêlent avec bonheur.

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Vue de la scène de la salle de cinéma, désormais appelée le « Variété Salon » – Photo © François Delotte

Un village en plein Berlin. Voilà à quoi ressemble aujourd’hui la Ufa-Fabrik, fameuse friche culturelle (bien que le terme soit ici très réducteur) installée dans d’anciens bâtiments de la Universum Film AG, jadis fleuron de la production cinématographique allemande. L’ensemble occupe un îlot au cœur du quartier de Tempelhof. On y trouve une boulangerie (qui vend du pain, bio, s’il vous plaît), un tranquille café-restaurant et même une ferme-école près de laquelle gambadent des enfants et des animaux domestiques. Le tout est desservi par des circulations extérieures qui composent un véritable petit réseau de rues paisibles. “Depuis trente-cinq ans, des gens habitent et travaillent ici” précise Sigrid Niemer, “pionnière” de la Ufa Fabrik et actuelle responsable de la communication de la friche. Car le site est avant tout un endroit où l’on habite et travaille, et dans lequel la culture tient une place fondamentale mais non exclusive.

Une communauté autonome

Tout commence à la fin des années 70’. “Nous étions un groupe de jeunes Berlinois qui voulaient prendre en main leurs propres existences. Nous souhaitions vivre et travailler ensemble” indique Sigrid. “Nous voulions donner un sens à ce que nous allions faire et surtout ne pas se retrouver à bosser dans une grande société ou dans une usine”. Après avoir occupé un premier site, la bande investit les murs d’anciens ateliers de production de films, à partir de 1979. Les sept bâtiments de cet ensemble de 18 000 m2 sont alors désaffectés. “La Ufa était la plus importante compagnie de cinéma allemande avant et pendant la Seconde Guerre mondiale” raconte Sigrid Niemer. “Mais le site a été désaffecté à la fin des années 70’. Ce dernier était dédié au développement des bobines, au montage ou encore à la diffusion des films.” Rapidement, quelques deux cents personnes gravitent autour de l’endroit, au départ squatté. “En Allemagne, après la Seconde Guerre, le pays et la société devaient être reconstruits. Les pouvoirs publics ont alors pris en charge beaucoup de choses : l’éducation, les pratiques sportives ou encore la culture. Nous, nous souhaitions prendre nos distances avec les structures officielles” déclare Sigrid. “Nous voulions mettre en place notre propre organisation, faire les choses nous-mêmes, dans la mesure du possible : nourriture, habits, création artistique, … Cette démarche était alors très nouvelle en Allemagne” témoigne la “frichiste” historique. La Ville de Berlin, propriétaire du terrain, accepte de louer le lieu à la communauté au début des années 80’. Très vite, le projet s’organise autour de trois lignes directrices. Le social est représenté par la présence d’un actif centre socioculturel (ou “centre de voisinage”) et l’école, qui accueille actuellement environ cinquante enfants. Un axe centré sur le développement durable s’exprime notamment au travers d’un travail effectué sur les énergies (éoliennes, panneaux photovoltaïques, centrale de cogénération) et l’architecture (isolation, toiture végétalisée). Enfin, l’art et la culture sont représentés par la dispense de cours de danse, de musique, et surtout par les activités des trois théâtres de la “Fabrik”.

 

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Revue AS – N°238 Août 2021

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