A16-01Côtoyant très jeune avec ses parents diverses créations du spectacle vivant, cette adolescente brestoise manifeste très tôt un attrait pour ces espaces de représentation, dans leur globalité et leurs formes d’expression. Après l’obtention d’un Bac scientifique (avec mention) assorti d’une option en Arts plastiques, Camille Ansquer intègre, à partir de l’année 2000, l’École supérieure d’architecture de Bretagne à Rennes (ENSAB). Durant son cursus, elle fait des recherches à travers divers ateliers ou mémoires accompagnant sa formation, notamment sur l’interaction entre le corps et l’espace dans l’architecture, particulièrement au travers de la danse contemporaine, ou encore en interrogeant, lors d’interventions artistiques, le futur des espaces urbains de la cité portuaire du Finistère. Elle fait aussi un passage d’un an à l’École d’architecture d’Ascoli Piceno, pour une formation Erasmus avec un workshop italo-américain. Mais à travers ces ouvertures et expériences généralistes, la finalité essentielle de Camille reste l’univers scénique. C’est pourquoi, en 2005, encore étudiante à l’École de Rennes, elle intègre, en parallèle, le département scénographie de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes. Au sein de cette structure, elle aborde, entre cours théoriques et techniques ou ateliers, les aspects pluridisciplinaires de la scénographie, en particulier dans le domaine du cinéma, tout en poursuivant ses recherches de l’espace à travers un mémoire sur La Trilogie du Corps de la chorégraphe Sasha Waltz. Durant ses études, elle obtient le DPEA de Scénographie en 2007. Retour à Rennes la même année pour décrocher le diplôme d’architecte DPLG. On pourrait alors penser que cette qualification oriente Camille Ansquer vers la conception architecturale ou la réhabilitation de bâtiments à vocation artistique et culturelle. Il n’en est rien. Scénographe elle est et le restera. Dans cette voie, après quelques assistanats ou coréalisations, elle devient, en 2008, assistante de Régis Vasseur, directeur technique de l’Opéra de Nantes-Angers pour les adaptations scénographiques des spectacles accueillis. Depuis, alors que très souvent l’insertion professionnelle est aléatoire, cette jeune créatrice connaît, à partir de 2009, une continuité régulière dans l’exercice de sa pratique, parfois accompagnée de créations de costumes auprès de différents metteurs en scène allant de Guillaume Caubel à Philippe Calvario ou Daniel Mesguich. Une situation qui n’est pas le fruit du hasard, mais liée à ses qualités artistiques. Parmi ses récentes créations, un spectacle semble représentatif de ses orientations conceptuelles et plastiques. En janvier 2015, Camille conçoit la scénographie d’une adaptation d’un roman de jeunesse de Flaubert, Mémoires d’un fou, interprétée par William Mesguich, dans une mise en scène de Sterenn Guirriec. Agé de dix-sept ans, le futur auteur de L’Éducation sentimentale et de Madame Bovary, associe une part autobiographique à une méditation désenchantée sur la folie face à la normalité ambiante, liée à la passion éprouvée pour une femme dont il partage aussi les goûts littéraires. La scénographie, adaptée aux projections de l’imaginaire avec légèreté, associe le théâtre à la littérature, avec des matériaux signifiants et des projections vidéo, réunis dans une dimension plus picturale qu’architecturale. Car c’est bien ce qui caractérise aujourd’hui la pratique de Camille Ansquer, dont la formation d’architecte, certes nourricière, n’impose pas un type de décor spécifique. Sa conception “est davantage à l’écoute d’une œuvre et d’une équipe artistique en s’adaptant à une temporalité choisie et cherchant toujours à jouer avec la souplesse de l’espace”. Des caractéristiques que l’on retrouve dans ses spectacles “jeune public” notamment pour un Pinocchio (2014) pour lequel elle réalise marionnettes, mise en jeu et animations. Elle possède aussi d’autres cordes à son arc en collaborant à diverses productions cinématographiques, tout en pratiquant la danse contemporaine pour ressentir à travers son corps des relations à l’espace qui lui seront utiles dans ses créations scénographiques. Mais, jeune trentenaire, elle reste surtout animée par un désir de recherches et d’ouvertures, dont ses projets en cours devraient encore attester de la qualité de ses options.

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Mémoires d’un fou sera représenté à l’automne 2015 au Théâtre de Poche à Paris

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