A14-01Née à Paris dans une famille française, les activités professionnelles d’un père architecte entraînent la très jeune enfant dans l’hémisphère Sud. Plus précisément à Sydney, où Pia de Compiègne vit plusieurs années en s’éveillant à la culture locale et à l’enseignement australien, sanctionnée en 2003 par l’obtention du diplôme HSC, équivalent de notre bac national. Intéressée par les pratiques artistiques, notamment le design et les arts visuels, elle ne trouve pas dans les cursus locaux une réponse adaptée à ses aspirations. Retour en France, où, après l’École préparatoire des Ateliers de Sèvres, elle opte d’abord pour l’École nationale des beaux-arts de Paris, puis pour le département de scénographie de l’ENSAD. Ce dernier en fonction des possibilités d’ouvertures pluridisciplinaires offertes, dont elle obtient le diplôme national en 2010 avec un projet “Jardin Scénique”. Au cours de ces différentes formations, Pia s’éveille au théâtre dont elle était jusqu’alors éloignée, en particulier grâce à ses différents enseignants et diverses rencontres qui lui permettent des contacts avec le milieu professionnel. Ainsi, elle intègre en 2008 pour trois mois à New-York, l’Ontological-Hysteric Theater, créé par le metteur en scène, scénographe et théoricien novateur Richard Foreman, où, auprès de jeunes compagnies, elle participe aux montages techniques de spectacles. À partir de 2011, avec un désir d’éclectisme de création qui ne se dément pas, son parcours professionnel prend différentes formes. Réalisations de maquettes pour le théâtre et l’opéra, assistanat auprès de Élise Capdenat pour le Ring Saga d’Antoine Gindt ou de Adeline Caron pour l’exposition Les Arcs-en-ciel du noir à la Maison Victor Hugo, graphisme, encadrement de projets pédagogiques d’exposition dans le cadre du Festival d’Automne, puis intégration à l’Agence Scène pour une collaboration régulière sur les projets de muséographie.

A14-02Autant de pistes d’une orientation qui se veut totalement ouverte, sous différents aspects, aux applications de la scénographie. En demeurant toutefois fidèle à son origine : le théâtre. En duo avec Élise Capdenat pour la scénographie et les costumes de Deux Labiche de moins, mise en scène de Nicolas Bouchaud (2012), puis pour la scénographie du Projet Luciole, mise en scène de Nicolas Truong, créée dans le cadre du Festival d’Avignon 2013. Pour l’observateur extérieur, cette création semble révélatrice des relations spatiales scéniques entretenues par Pia de Compiègne. Issu d’un montage de textes de divers auteurs (de Agamben à Badiou, Deleuze ou Orwell) en prenant des allures de conte philosophique, la relation littéraire est entretenue par la présence de livres sur une balancelle, dont les feuillets s’envolent comme les pensées en trouvant une dimension métaphorique adaptée. À son stade d’expérience, cette jeune femme laisse judicieusement la porte ouverte à des fluctuations de sa pratique de scénographe. Pourtant, elle s’attache à des lignes directrices qui devraient contribuer à forger son avenir artistique. “Je me considère passeur d’un auteur et d’un metteur en scène. Si l’élaboration d’un espace peut naître d’une relation avec un texte, elle ne peut se concrétiser qu’à travers les échanges avec les personnes qui travaillent sur un projet. À partir de cela, en excluant les effets décoratifs, je procède par une élimination de mon organisation du plateau pour arriver à l’essentiel : trouver un dispositif dont la force sera à même de provoquer l’imaginaire du spectateur.” Des préceptes, qu’elle continuera d’appliquer dans des créations pluridisciplinaires, liées à différentes formes d’expression, auxquelles Pia de Compiègne reste très attachée, sans frontière. Comme ce fut le cas l’an passé, notamment au théâtre pour La Brume du soir avec Pierre-Yves Chapalain, ou dans l’exposition Sade. Attaquer le Soleil au Musée d’Orsay. Actuellement, elle prépare avec son ancienne condisciple de l’ENSAD, Anne-Sophie Turion (voir AS n°192), une déambulation dans différents quartiers parisiens. “Étant donné une façade”, fruit d’une longue recherche pour créer des rencontres avec les habitants à travers l’interphone de leur immeuble. Un parcours, avec un audioguide, naturellement à suivre.

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