a14-01-adrienberthetAu regard de sa filiation et de son parcours, on peut penser que l’atavisme artistique légué par ses parents, Franck et Dominique, praticiens de la scène, est une évidence. Pourtant après des études classiques au collège, Léo Thévenon choisit d’intégrer la section ébénisterie du Lycée professionnel de l’École Boulle à Paris. Si ce choix peut s’apparenter à une forme d’indépendance et de rupture familiale liée à la jeunesse, il résulte davantage d’un goût pour l’artisanat “qui demande précision et rigueur en particulier pour le travail du bois, sans obligatoirement être considéré comme une œuvre d’art”. Pourtant, les résurgences de son jeune passé remontent à la surface, notamment à travers les souvenirs de tournées auxquelles il participe dès son plus jeune âge auprès de ses parents. C’est du côté du spectacle que se trouve sa voie. Il ne l’aborde pas à travers une formation institutionnelle, mais par un apprentissage sur le tas qui dispose d’autres valeurs académiques. À partir d’un stage en atelier de construction du Théâtre Marigny, il enchaîne avec ceux de la Comédie-Française, puis de l’Atelier et du Théâtre de la Madeleine, où il est “heureux d’avoir rencontré dans les équipes techniques des gens formidables”. Puis, entre comme constructeur aux ateliers Devineau Décors au Blanc-Mesnil. Mais, très vite, naît la frustration de ne devoir que “fabriquer sans jamais monter” et ne pas intégrer directement la réalisation d’une création sur le plateau. Un accès difficile à obtenir pour un jeune homme sans véritables références. Aussi, tout en assurant le quotidien à travers divers petits boulots et en multipliant ses recherches, un poste vacant providentiel offre à Léo la fonction de machiniste, dans plusieurs théâtres privés parisiens (La Madeleine, Athénée, …) et à l’Opéra de Versailles, qu’il pratique durant quelques années avec à son actif une quarantaine de spectacles. Il considère alors les étapes de sa vie professionnelle comme “une formation continue” pour s’ouvrir sur d’autres horizons. L’occasion se présente en 2007, lors de la rencontre avec Christophe Mallein, régisseur général “volant” du Festival d’Avignon, qui lui offre la possibilité de développer une spécificité technique et d’assurer progressivement des régies pour différentes représentations théâtrales. En appréhendant la connaissance et la pratique des nouvelles technologies. Dans la foulée, par l’intermédiaire de Sylvain Mazade, il intègre la compagnie du Théâtre de Neige, fondée par Alain Françon après son départ du Théâtre national de la Colline, pour devenir assistant de Joël Hourbeigt dans les créations lumière.

a14-02En parallèle, il collabore comme éclairagiste au sein de la compagnie fondée par Sara Llorca (comédienne) et Charles Vitez (architecte/scénographe) avec laquelle, sa troisième création, 4.48 Psychose de Sarah Kane (reprise à Paris fin novembre 2014), marque une étape importante dans sa pratique. De par la longue gestation nécessaire à ce spectacle, associant le jeu des comédiens à la danse et à la musique dans un climat poétique, en permettant des recherches affinées pour optimiser les formes d’expression de la lumière. Pas encore trentenaire, Léo Thévenon est encore dans une phase évolutive de ses aspirations et orientations professionnelles, bien que celles-ci privilégient la conception de l’éclairage, qu’il souhaite développer auprès de compagnies répondant à ses attentes artistiques. Mais il conçoit aussi son rôle “comme un artisan de la relation à construire entre les différents partenaires, avec un objectif très précis de la gestion humaine plus que technique, pour être garant auprès d’une équipe artistique. Tout en maintenant, malgré les difficultés économiques et la réduction des budgets imposant souvent une polyvalence, une disponibilité d’ouverture et une générosité sans lesquelles ce métier ne serait pas ce qu’il est”. Prochaine application aux côtés de Joël Hourbeigt, lors de la nouvelle création de Alain Françon, Toujours la tempête, dernier texte de Peter Handke, prévue au Théâtre de l’Odéon début mars 2015, et suivie d’une tournée en France.

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