Couturiers de la danse au CNCS : Philippe Noisette marie danse et haute couture

Il est critique et spécialiste de danse contemporaine. Il est drôle, précis et inspiré. Il est accompagné du scénographe Marco Mencacci, du graphiste Philippe Dubessay pour la signalétique et les cartels, et de Valérie Bodier pour la lumière. Philippe Noisette, commissaire d’exposition, redonne vie aux histoires d’amour entre couturiers et chorégraphes en cent-trente pièces et en quatre temps : Formes, Seconde Peau, Pas si classique, Matières. D’un couple à l’autre, Maurice Béjart et Gianni Versace, Régine Chopinot et Jean-Paul Gaultier, Léon Bakst et les Ballets russes, William Forsythe et Issey Miyake, … d’une vitrine à l’autre, il réenchante les conversations entre imaginaires.

Hiatus

Costume de Sylvie Skinazi pour Hiatus, chorégraphie de Lionel Hoche. Les Ballets de Monte-Carlo, 1993 – Photo © CNCS/Florent Giffard

Décors de papier

C’est un grand bal orné de papier d’une poésie folle qui donne le “la” de cette exposition. Un costume d’Hervé L. Leroux, bodies en tulle chair et élastique noir, jupes amples avec traine en taffetas noir gansé blanc, fait face à une marinière tutu signée Jean-Paul Gaultier, body en coton rayé bleu/blanc, jupe plissée à bretelles en flanelle grise, tutu en tulle rose, shorty en coton rose. Le ton est donné et la traversée d’un XXe siècle où danse et couture se développent au grand galop, où les corps de femmes sculptés au fil de leur conquête de liberté s’affichent dans des espaces transfigurés par le papier. Sur chacun des cartels, les silhouettes dessinées. “On a voulu que chaque silhouette soit redessinée pour l’occasion. On trouvait que c’était une jolie façon de présenter les pièces. Un autre parti pris a été celui de ne pas utiliser de vidéos, à l’exception d’une seule afin de ne pas cannibaliser l’attention. Nous avons ponctué l’exposition de citations de couturiers.” Tels sont les mots de Philippe Noisette in situ. L’ensemble a belle allure, dessin au trait fin sur fond gris anthracite, détail des pièces, citations ponctuant le parcours, un principe simple et élégant.

Formes

Formes changeantes, multiples, les premières vitrines donnent dans le spectaculaire à travers une pièce quasi allégorique : le tutu. Avec Shape (programme Dutch Doubles) grâce au prêt du Dutch National Ballet, on découvre les tutus carrés. “Ce sont des tutus réalisés par Victor & Rolf. Ils font une mode très spectaculaire, ont proposé des costumes avec plusieurs cols, ont beaucoup travaillé avec Bob Wilson. Le tutu est l’accessoire classique par excellence de la danse sauf qu’ici le tutu devient carré.” Ces tutus, jupons en tulle blanc de forme carrée avec bustiers en lycra blanc, voisinent avec des costumes ; l’un en tulle bouillonné chair formant des boules, l’autre en tulle bouillonné orange de forme oblongue. “Ces costumes sont signés Walter Van Beirendonck, il fait partie des Six d’Anvers avec Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee, ces couturiers qui ont émergé en Belgique dans les années 80’. Ce sont des costumes un peu compliqués à danser. J’aime bien l’idée d’une forme organique qui aurait un peu muté. La chorégraphie c’était Marie-Agnès Gillot.” Il y a aussi Carbon Life et les costumes de Gareth Pugh prêtés par le Royal Ballet de Londres. “Lorsque j’ai commencé à travailler sur le catalogue et reçu le petit croquis de Carbon Life, j’ai pensé au ballet triadique, œuvre fondamentale du Bauhaus pour la danse moderne. Pour la petite histoire, il y a des chaussons de danse dans le costume, de vrais chaussons, ils ont travaillé en studio pour qu’il n’y ait pas de blessures.” Comment aborder les formes sans associer Jean-Paul Gaultier qui les apprivoise, les réinvente, les détourne depuis ses débuts. Les costumes d’À la Rochelle il n’y a pas que des pucelles révèlent la collaboration entre Régine Chopinot et Jean-Paul Gaultier que l’on retrouvera par ailleurs dans d’autres salles. Des costumes de rat, dragon, tigre, sanglier, loup, bodies et combinaisons-pantalons en sergé matelassé beige gansé noir, fausse fourrure, film métalloplastique argent, cotte de mailles et tulle noir stretch, coiffures-masques en plastique imprimé peint gris et noir.

 

La suite de cet article dans le N°230 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro