L’Arkéa Arena de Bordeaux : Un chantier optimal

Cette salle de spectacle revient de loin… Le site de Floirac, dans la proche banlieue bordelaise, où a été construite l’Arkéa Arena, fut dès 1994 envisagé comme site pouvant accueillir un lieu de spectacle. Après deux projets avortés de “salle-arènes”, une tentative de Zénith public et un premier projet d’Arena au financement incertain, c’est le 11 avril 2016 que la première pierre de ce qui s’appelle alors la Bordeaux Métropole Arena est posée.

Arkea

L’Arkéa Arena – Photo © SENSO

Historique du projet

En décembre 2013, l’appel d’offres lancé par la Métropole de Bordeaux est remporté par un groupement constitué de l’Agence Rudy Ricciotti, architecte, le groupe Lagardère Live Entertainment et Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest. Le consortium est chargé de la conception, de la réalisation et de la maintenance du projet. L’exploitation de l’Arena sera assurée durant vingt ans par Lagardère, qui récupérera donc l’ensemble des droits. Le coût de revient de cette opération se monte à 77 M€ dont la construction de la salle (58,1 M€), la réalisation d’un parking de cinq niveaux et d’un parking poids-lourd (14,9 M€), divers coûts comme la réalisation de voies nouvelles ou la cession gratuite de foncier (3,9 M€). La salle est inaugurée le 24 janvier 2018.

C’est l’une des salles de spectacle de cette capacité les moins chères de France. Pas de bardage métallique, d’aluminium ou d’acier importé mais du béton blanc coulé sur place par des entreprises nationales”, selon Rudy Ricciotti. Pourtant, le budget proposé par le consortium était le plus élevé des trois offres. Mais en donnant des garanties de financement en fonds propres, le dossier fut jugé fiable et rassurant. Bordeaux Métropole versera donc à SENSO (la société chargée de l’exploitation) 49,2 M€ HT ainsi que 7 M€ HT à l’expiration du contrat, au moment du transfert de la salle. “C’est la première fois qu’un exploitant est maître d’ouvrage. Nous avons un traité de concession avec la Métropole. Nous avons pris le risque budgétaire en cas de dérapage mais réalisé la salle comme nous le voulions ; et contrairement à une délégation de service public, nous ne verserons pas de redevance par la suite, explique Jérôme Langlet, président de Lagardère Live Entertainment.

Un galet en béton brut

L’impressionnant édifice monolithique, façonné par Ricciotti, est animé la nuit par un éclairage à LEDs transformant les fenêtres en éléments de bar graphs… Nous sommes bien dans un lieu essentiellement musical !

La forme de galet poli, minimaliste, a été un vrai défi technique à réaliser. Le béton a été en grande partie coulé sur place, un laboratoire a même été installé sur le chantier durant les travaux de terrassement pour pouvoir tester et choisir la qualité et la couleur du béton, ainsi que le mode de coulage. “Le coulage a été effectué quasiment à l’horizontal pour certaines pièces”, nous précise Jérôme “Gunth” Lacombe, le directeur technique de la structure.

Le chantier a duré dix-huit mois, ce qui est une prouesse pour des travaux de cette envergure. Nous avons pu recueillir des témoignages similaires de la part du directeur technique et du scénographe d’équipement, Jean-Pierre Mas : l’organisation du chantier a été exemplaire, la coordination entre les corps de métier très précise, sécurisée et sereine ; la livraison a ainsi pu avoir lieu dans les temps, grâce à des entreprises de talent dont 80 % sont basées en Nouvelle-Aquitaine.

Un parvis extérieur de 3 000 m2 ouvert sur la Garonne permet de juguler le public vers les nombreuses entrées qui desservent un hall de 2 200 m2. La surface totale de cet édifice bénéficiant du Label HQE(1)construction (HQE exploitation en cours) est de 17 000 m2.

Un consultant compétent et libre

Jérôme “Gunth” Lacombe est arrivé sur le projet six mois avant le début des travaux, en tant que consultant, à la fin de la phase APD(2), et a pu poser un regard libre et neuf sur le projet ; des ajustements étaient heureusement encore possibles, la maîtrise d’ouvrage travaillant main dans la main avec la maîtrise d’œuvre. Jérôme Lacombe a une longue expérience de régie générale et direction technique avec des tournées nationales et internationales, dans des salles à forte capacité d’accueil. Il connaît donc les impératifs opérationnels et a pu apporter son expertise quant à l’ergonomie générale de travail. Il assure désormais la co-direction de la salle avec David Moison, en traitant plus particulièrement le volet technique des accueils. Lagardère supportant un gros risque financier sur cette opération, “le jeu avec les constructeurs a été de trouver des niches d’économies potentielles pour réinjecter de l’argent là où le projet présentait des faiblesses, par exemple sur la qualité des loges artistes”, nous confie Jérôme. Il a même réussi à convier les ingénieurs et conducteurs de chantier à des visites lors du montage de spectacles, pour leur montrer les spécificités d’accroche, de branchements électriques, …

 

(1)   Label Haute Qualité Environnementale

(2)   Études d’avant-projet définitif

 

La suite de cet article dans le N°230 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro