Journées d’Informatique Théâtrale : Une première édition réussie

La première édition des JIT (Journées d’Informatique Théâtrale) a eu lieu à Grenoble du 12 au 14 février 2020. Associées à EXPERIMENTA, la Biennale Arts Sciences, les JIT ont été co-organisées par le Performance Lab(1), LittArts(2), l’INRIA (LJK)(3) et l’Hexagone(4) à Meylan.

JIT

Les JIT – Photo © Maella-Mickaelle Maréchal

Informatique théâtrale ?

Mais que cache la juxtaposition de ces deux mots, informatique et théâtre ?

En introduction à ces journées, Julie Valero (UGA) et Rémi Ronfard (INRIA), les organisateurs, ont donné quelques éléments de réponse à cette question.

L’informatique théâtrale n’existe pas en tant que discipline spécifique. Le terme “informatique théâtrale” permet de nommer un champ où se retrouvent ingénieurs, équipes artistiques et chercheurs universitaires autour de problématiques liées au théâtre.

L’informatique est un nom générique commun à plusieurs technologies numériques. Cela englobe toutes les techniques liées aux médias et à la scène. Les questions d’archivage sont également abordées.

Le théâtre est vu ici dans sa globalité, avec ses pratiques, ses schémas de production et ses réseaux de diffusion. Il ne s’agit pas de définir une esthétique particulière, qui serait centrée sur l’utilisation d’une technologie, mais bien de questionner les pratiques scénographiques et dramaturgiques actuelles.

Cet intitulé “JIT” est très inspiré des JIM, les Journées d’Informatique Musicale. Depuis dix-huit ans, les JIM réunissent chaque année des chercheurs et différents acteurs de la vie musicale utilisant l’informatique musicale. Myriam Desainte-Catherine (LaBRI)(5), présidente de l’AFIM (Association française d’informatique musicale) qui pilote les JIM, a participé à la table ronde qui a clôturé les JIT. Elle a ainsi pu retracer l’histoire de l’origine des JIM.

Aujourd’hui, on pratique le théâtre en utilisant l’informatique sur le plateau. La rencontre entre création théâtrale et informatique existe donc de fait. Pourtant, cette union n’avait jamais était formalisée. C’est chose faite avec les JIT. S’il fallait le démontrer, la diversité des intervenants invités et la qualité de leurs contributions en seraient la preuve. Un programme riche d’une vingtaine de présentations effectuées par une trentaine d’intervenants a ainsi été proposé au cours de ces premières JIT.

Enjeux d’une informatique théâtrale

Les premières interventions étaient centrées sur les enjeux d’une informatique théâtrale.

François Weber (ENSATT, École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) a exposé quelques pistes de recherche et développement. L’ENSATT est une école de théâtre unique car on y enseigne sous un même toit dix métiers du théâtre. L’informatique y est utilisée au quotidien. Comment ces outils peuvent servir le théâtre ? Quelles perspectives pour l’écriture dramaturgique, la scénographie ou la mise en scène ?

Ingénieurs et artistes font-ils bon ménage ? C’est la question que Nicolas Bertrand et Philippe Chaurand de la société Anomes ont posée. Ils sont tous deux ingénieurs et développent le logiciel Millumin, outil aujourd’hui incontournable pour la diffusion vidéo. Ils ont souvent été amenés à collaborer avec des artistes pour créer des dispositifs. Les outils ainsi développés sont le fruit d’un travail étroit avec les artistes. Ils proposent une réflexion sur l’articulation des échanges entre artistes et ingénieurs. Comment ces deux métiers peuvent se nourrir l’un de l’autre ?

Sébastien Riou, directeur technique, défend l’idée d’un Internet théâtral. Les techniques scéniques modernes utilisent un même protocole réseau : l’IP (Internet Protocole). Un théâtre ne peut pas faire l’économie d’un réseau scénique. Un pas resterait à franchir, la convergence des deux réseaux “bureaux” et “scène” dans un seul Internet local du théâtre (LAN) pouvant être interfacé avec l’extérieur (WAN). Le public pourrait-il devenir acteur du spectacle en intervenant sur la scénographie ?

Larsen vidéo, images vivantes

Dans le cadre d’une collaboration entre LittArts et l’Hexagone, Marie-Agnès Cathiard (UGA), Ève Gauthier (UGA), Patrick Pajon (UGA) et Lionel Palun (artiste en résidence à l’Hexagone) ont exposé un retour d’expérience. Le projet est centré sur la notion d’images vivantes. Les techniques de larsen vidéo sont pensées comme vecteurs de jeu. Les images générées en temps réel, comme la lumière ou le son, deviennent alors de vrais partenaires pour les interprètes. Ce travail encore en cours permet des échanges riches entre recherche et mise en scène. Les concepts mis en évidence autour de ces expériences sont nombreux.

Des scènes augmentées

Un module intitulé “Des scènes augmentées” a regroupé deux interventions.

Gillian Borrell (UGA), Julie Valero et Rémi Ronfard ont présenté une étude exploratoire sur l’utilisation de la réalité augmentée sur scène. À partir de dix spectacles qui cherchent à exploiter les technologies de suivi de mouvement, génération des images en temps réel, projection stéréoscopique et des applications sur smartphone, tablette et casque, ils mènent une discussion sur ce que signifie la réalité augmentée dans un contexte théâtral.

Olivier Borne (scénographe) a développé VrToolsAframe. C’est un plug-in pour le logiciel Blender qui permet la simplification de mise en réalité virtuelle de scénographies. Dans le processus de conception d’un spectacle, la réalisation de maquettes est une étape importante. Ces maquettes sont aujourd’hui soit construites soit modélisées en 3D. La réalité virtuelle permet de s’immerger dans un espace, à l’échelle 1. VrToolsAframe peut en quelques clics mettre en réalité virtuelle et partager n’importe quelle maquette scénographique réalisée en 3D.

Un retour d’expérience

Julie Valero a animé une rencontre avec Agnès de Cayeux (artiste, enseignante) et Thierry Coduys (ingénieur du son) autour de leur travail avec le metteur en scène Jean-François Peyret. Une répétition de la prochaine création de ce dernier, Petit Bréviaire tragique à l’attention des animaux humains du XXIe siècle, a été ouverte aux participants des JIT.

 

(1)   Projet Performance Lab, Université Grenoble-Alpes

(2)   UMR LittArts (Unité mixte de recherche en littérature et arts du spectacle), Université Grenoble-Alpes

(3)   INRIA (LJK), Institut national de recherche en informatique et en automatique (Laboratoire Jean Kuntzmann)

(4)   Hexagone, Scène Nationale arts sciences à Meylan

(5)   LaBRI (Laboratoire bordelais de recherche en informatique), Université de Bordeaux

 

La suite de cet article dans le N°230 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro