Arts numériques : l’expertise Théoriz

Fondé en 2013 par David-Alexandre Chanel et Jonathan Richer, tous deux artistes numériques et ingénieurs, Théoriz est un studio de création art et technologie spécialisé dans la conception d’installations immersives et de spectacles audiovisuels innovants.

Théoriz est composé d’ingénieurs, d’artistes et de développeurs. Leurs créations surfent notamment sur le succès de la Fête des Lumières à Lyon, mais également à travers les festivals internationaux associés (Gent Light Festival, Jerusalem Light Festival, Dubaï Light Festival, Leipzig Light Festival, Staro Riga Light Festival, Chartres en lumières, Bright Brussels, …). Si on peut se demander où est passé l’esprit expérimental de la Fête des Lumières, on peut tout de même reconnaître la formidable expansion internationale du concept et la diffusion d’artistes à d’autres cultures.

Rôdés donc à l’exercice de la projection monumentale interactive, Théoriz a néanmoins d’autres cordes à son arc. Résident du Pôle Pixel à Villeurbanne, projet de Roger Planchon, vivier d’expérimentations en tous genres autour de l’image, le Studio possède un laboratoire de R&D intégré, lui permettant de fabriquer ses propres interfaces (AS 229) et partant de plier la technologie au contenu du projet artistique.

Crystallized

Crystallized – Photo © Théoriz Studio

Technologie/arts

À travers les projets du Studio, Théoriz trace une piste esthétique qui, si on y jette un œil furtif, pourrait se résumer à “encore du mapping !” mais qui, avec une focale plus serrée, mérite que l’on s’y arrête. Il n’est plus forcément question d’une projection sur un écran bâtiment mais bien d’un média permettant au spectateur de s’en saisir, de le tordre en une expérience participative et ludique. Le contenu narratif n’est pas celui imposé par l’artiste, l’expérience est fondée sur une partie de jeu vidéo dont les codes sont relativement universels, transfigurée à une échelle monumentale, dont l’utilisateur est au cœur de l’action… Foule en liesse, encouragements du joueur à la hauteur d’une compétition sportive, … Succès.

Fort de cette entrée en matière, le Studio explore d’autres typologies d’installations, d’autres lieux, d’autres formes, plonge ses spectateurs dans des installations souvent interactives mais dont le propos devient méditatif, interroge les interdépendances entre big data et humanité. Ce savoir-faire et cette maîtrise de bout en bout de la chaîne technologique permettent au Studio de réaliser des projets dans le cadre de commandes privées, autour d’objets ou d’expositions.

 

Interview de Jonathan Richer

Jonathan Richer : La société Théoriz a été créée en 2013, sur les bases de l’association Théoriz Crew, créée en 2011. Pendant deux ans, on a fait nos preuves et premiers faits d’armes, on s’est testé nous-mêmes, on a commencé les premières collaborations, pendant nos études, à travailler soirs et week-end.

Donc ta formation ?

J. R. : On est tous les deux (avec David) issus d’une école d’ingénieurs lyonnaise dénommée CPE Lyon (Chimie Physique Électronique), plus connue pour sa filière Chimie et qui a une filière Informatique et Télécom généraliste. Nous avons appris plein de trucs sur l’électronique, l’informatique, l’électrotechnique et les télécoms. Ce n’est pas non plus une école de code mais il y a des gros modules de codage. Après, David a eu une formation plus orientée télécom, moi j’ai bifurqué plutôt vers l’informatique généraliste avec une alternance en entreprise. J’y ai appris les différents langages de programmation, appris à raisonner différemment. À la fin de nos études – le lendemain même précisément – on a emménagé ici (Pôle Pixel, Lab Lab). C’était une période très intense, un démarrage sur les chapeaux de roues. Donc plutôt ingénieurs mais, de par nos curiosités personnelles (j’étais VJ, David musicien), par nos sensibilités et nos rencontres, nous nous sommes tournés vers les arts numériques. Par envie commune, à travers aussi l’avènement des logiciels vidéo devenant de plus en plus accessibles et ouverts, notamment Resolume ou Avenue 3. C’est un quasi cas d’école, les studios qui nous sont contemporains ont tous le même profil que nous : soit un backgroundtechnique/technologique, soit artistique. Mais le dénominateur commun c’est d’avoir été VJ à un moment donné ou d’avoir eu à bricoler ses propres interfaces. Il n’y avait pas comme aujourd’hui de formations aux arts numériques.

C’est aussi l’époque de l’avènement des installations interactives ?

J. R. : En 2011, quand on a réalisé Pacmanize me pour la Fête des Lumières, cela a probablement été le premier projet interactif, dans le sens où ce n’était pas juste “j’appuie sur un bouton” et il se passe quelque chose. Le spectateur interagissait en temps réel avec la projection. La Kinect venait aussi tout juste de sortir, le temps de la prise en main nous a permis cette prestation en décembre 2011. Donc notre premier fait d’armes c’était l’interactivité, le temps réel, et c’est ce qu’on développe quasiment exclusivement aujourd’hui.

Mais pas que ?

J. R. : Dans la création de contenu, soit tu es “à l’ancienne” c’est-à-dire que tu fais appel à des graphistes, tu travailles sur Photoshop, Première, … tu réalises ta vidéo et tu la joues, soit (ce qui a été notre parti pris) tu prends le biais du temps réel, de la génération de contenu. Nous travaillions avec openFrameworks et toutes ses librairies, il était relativement aisé de trouver des profils de codeurs mais pas de créatifs ayant ces compétences-là. Nous nous sommes associés aussi à des gens issus du monde du jeu vidéo, plus dans notre ADN. C’est devenu de plus en plus confortable, on trouve aujourd’hui des personnes sortant de l’école sensibilisées à être autant créatifs que développeurs.

Quel est le dénominateur commun de vos installations ?

J. R. : Théoriz s’organise autour de trois volets – et c’est un profil assez rare en France : artistique, services et R&D. Comme nous sommes constitués en SARL, nous devons conserver une part de rentabilité à travers notre département Services qui fait vivre le Studio. On essaie de garder un pied dans la culture au travers de notre pôle artistique, en produisant parfois des projets à perte, pour le plaisir. Le pôle R&D, subventionné en partie par l’État à travers le Crédit d’impôt recherche et innovation, en permanence en quête de nouvelles manières de faire, de nouvelles technologies, qui induisent évidemment de nouvelles esthétiques, alimente cycliquement le département artistique.

Pour ce qui est du dénominateur commun, du contenu donc, la plupart du temps nos projets sont ancrés dans les sciences au sens large. Crystallized est une allusion à la phase de cristallisation du Bismuth. Dans toutes nos œuvres on trouve une allusion à un élément terrestre ou une formule mathématique… Ensuite, sur l’esthétique, elle découle naturellement de l’emploi des nouvelles technologies, on essaie d’être en avance.

 

La suite de cet article dans le N°230 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro