Esprit d’ouverture, es-tu là ? : Retour sur les tables rondes des JTSE

Unique salon français consacré aux techniques et aux nouvelles technologies du spectacle, les JTSE sont chaque année un intéressant espace de discussion. Les conférences proposées donnent en effet une image assez fidèle des problématiques qui agitent notre secteur. Cette année, à la lumière d’une table ronde organisée par l’association Réditec (Réunion des directeurs techniques) et de deux jours de discussions animées par le SNELAC (Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels), un vent d’ouverture semble souffler sur le spectacle. Retour sur les remarquables travaux de Réditec et du SNELAC.

Table ronde SNELAC, JTSE 2019

Nos métiers demain… et après-demain

Le 14 octobre dernier, Réditec organisait au Théâtre national de Strasbourg ses 7e rencontres nationales. Artistes, techniciens, administrateurs, sociologues, universitaires, DRH, … s’étaient donnés rendez-vous pour débattre de l’avenir de la profession. Trois tables rondes et autant de sujets sur lesquels les directeurs techniques n’étaient pas particulièrement attendus : “La précarité sera-t-elle incontournable ?”, “La hiérarchie a-t-elle un avenir ?”, “Sommes-nous déjà en retard pour le futur ?”.

Quelques mois plus tard, à l’occasion des JTSE, Réditec tirait un bilan de ces travaux. Premier constat : ces sujets ont largement mobilisé la profession avec plus de 180 participants et des débats animés montrant la pertinence des thèmes abordés.

Chloé Langeard, maître de conférences en sociologie à l’Université d’Angers et chercheur au GRANEM (Groupe de recherche angevin en économie et management) modérait les échanges. Elle revenait sur l’angle d’attaque de chaque table ronde et soulignait la très grande diversité des approches. Les débats sur la précarité ont permis d’aborder l’intermittence comme un choix. “L’intermittence c’est la liberté”, affirmaient les employeurs confrontés à des problèmes de recrutement, de formation, de booking, de fidélisation des salariés, … “L’uberisation” des fonctions techniques relèverait parfois de cette même logique : une volonté affirmée de conserver son indépendance.

La seconde table ronde a permis de rappeler le retard de notre secteur d’activité dans le domaine du management. Les directeurs techniques affirmaient leur grande difficulté à se saisir d’outils managériaux pour lesquels ils n’ont pas été formés. Ils faisaient le constat d’une scission avec la culture des artistes. Ces derniers pensent “projet” alors que les directeurs techniques doivent penser “planning”, “normes”, “règles”, …

Le sujet de la dernière table ronde était sans doute le plus déstabilisant. À la question “Sommes-nous déjà en retard pour le futur ?”, les participants ont interrogé la réforme de la formation et faisaient état de leurs craintes : comment se préparer à l’évolution des métiers alors que plusieurs formations longues à la direction technique n’ont pas ouvert de session cette année ?

Ces débats ont-ils permis d’obtenir des réponses ? Les participants à ces 7e rencontres nationales Réditec ont-ils désormais un point de vue tranché sur la précarité, le management, les métiers à l’horizon 2050 ? Non, bien entendu, mais l’intérêt des débats était ailleurs. Jean-Jacques Monier, directeur technique du TNS, Joseph André, directeur technique de la Cité musicale de Metz, et Marc Jacquemond, directeur technique de l’Agence culturelle Grand Est, l’affirmaient tous les trois à l’occasion des JTSE : il est nécessaire de porter un nouveau regard sur la profession. Les métiers techniques doivent s’adapter et on ne s’adapte pas sans aide. À défaut de réponse, les rencontres Réditec ont souligné cette nécessité impérieuse.

La mutation s’impose et bouscule les directeurs techniques : l’utilisation massive de l’image, de la vidéo, du mapping, des réseaux, de l’intelligence artificielle chahute des directeurs techniques de plus en plus mobilisés sur les questions administratives et budgétaires. Jean-Jacques Monier précise : “Aujourd’hui, la solution en cas de problème vient souvent de l’informaticien. Pour réparer une console, il faut savoir programmer. Il faut travailler sur le code. Les directeurs techniques doivent s’ouvrir encore plus, être encore plus compétents et encore mieux formés. J’ai été formé sur le tas et je ne suis pas persuadé qu’on puisse encore le faire”.

Marc Jacquemond l’indique également : “On dit qu’on sait évoluer, mais c’est faux. On sait s’adapter face à une demande artistique mais on ne sait pas faire évoluer nos façons de travailler”. Face à ce constat, la solution viendra de la confrontation des points de vue et des regards extérieurs. Joseph André l’affirme : “On ne peut plus être dans l’entre-soi. On a besoin de s’ouvrir. Les sociologues permettent la confrontation des regards. Les techniciens connaissent peu les administratifs et inversement. On ne peut plus travailler en solo”.

Voilà sans doute la plus-value de cette journée d’échange Réditec : avoir mis en exergue la nécessité de s’ouvrir à d’autres regards et avoir prouvé par l’exemple la pertinence de la démarche. Pour s’en assurer, il suffit de télécharger la totalité des échanges disponibles sur le site de Réditec(1).

Le SNELAC et le spectacle

Alors que Réditec revenait sur sa rencontre nationale aux JTSE, le SNELAC organisait en parallèle une opération de présentation de ses activités. L’occasion d’exposer clairement les nombreux points de jonction entre la branche des espaces de loisirs et celle du spectacle vivant. Deux jours de tables rondes construites avec soin, dont l’introduction revient à Sophie Huberson, déléguée générale du Syndicat.

Le SNELAC rassemble plus de 500 sites de loisirs recevant du public dans un espace clos et aménagé : parcs d’attractions, parcs aquatiques, parcs animaliers, parcs à thèmes ou à vocation scientifique, sites culturels ou naturels. Des entreprises emblématiques comme Disneyland Paris, le Parc Astérix, la Tour Eiffel, le Futuroscope ou le Puy du Fou ainsi qu’une galaxie de TPE familiales réparties sur l’ensemble du territoire. Ce secteur n’a qu’une trentaine d’années d’existence et rassemble déjà plus de 42 000 salariés pour un chiffre d’affaires supérieur à 2,2 Mds €.

Le spectacle joue un rôle tout à fait particulier au sein de ce secteur. Il s’agit pour Sophie Huberson d’une activité stratégique essentielle. Les sites de loisirs sont visités en “tribu” et les attentes sont différentes selon les générations. Le spectacle est un élément fédérateur, un point de rendez-vous incontournable qui permet aux plus jeunes comme aux anciens de profiter d’un moment partagé. Par ailleurs, les investissements nécessaires à la création d’un nouveau spectacle sont très inférieurs aux coûts de développement et d’implantation d’une nouvelle attraction. Les spectacles participent ainsi à une évolution de l’offre régulière et, en conséquence, permettent la “revisite” primordiale pour les sites de loisirs. En effet, en dehors de quelques exceptions, le public de ces entreprises est local. Une clientèle de proximité qui voyagera moins de 2 h pour rejoindre sa destination. Il est ainsi absolument nécessaire de fidéliser les visiteurs et de leur donner des raisons de revenir régulièrement. Le spectacle joue ici un rôle stratégique. Vecteur d’originalité et d’émotions renouvelées, il s’agit d’un des piliers de l’économie des sites de loisirs.

La plupart des adhérents du SNELAC proposent des spectacles. De l’animation de file d’attente aux productions mises en scène et scénographiées, il s’agit d’une constante qui permet la thématisation d’un parcours jalonné d’attractions et d’animations.

Le spectacle joue ainsi un rôle central et les sites de loisirs revendiquent un savoir-faire en la matière. Les deux jours de tables rondes étaient là pour en donner la preuve.

 

La suite de cet article dans le N°229 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro