L’Espace André Malraux à Chambéry : Pour une nouvelle scène

Continuité scène/salle – Photo © Patrice Morel

Le projet rassemble les marqueurs d’une réhabilitation réaliste. Les interventions sont précises, parfaitement ciblées. Le résultat tient sans nul doute à la combinaison de deux facteurs : la hauteur de vue d’une équipe d’œuvre et le suivi indéfectible d’une maîtrise d’usage. Cette conception partagée produit des solutions innovantes portées principalement en direction de l’outil de travail, un tout au service du spectacle et finalement au service du public.

Visite commentée par Philippe Lacroix (directeur technique).Propos recueillis auprès de Xavier Fabre (architecte), Thierry Guignard (scénographe) et Federico Cruz Barney (acousticien)

Présentation

On retrouve ici toutes les caractéristiques de l’espace scénique isolable doté d’un mur de cadre dit en chapeau de gendarme. L’idée originale tient à l’emplacement de la paroi pare-flamme, siège de la séparation physique entre le bloc salle et le bloc scène.

Dans cette configuration, la paroi avant de la fosse d’orchestre et le mur du cadre englobent l’ensemble du dispositif scénique, donnant cette forme si particulière au mur du cadre qui vient épouser, en quelque sorte, la courbe du proscenium. Toute l’astuce tient ensuite à venir combler le vide à l’arrière du chapeau de gendarme situé juste au-dessus du proscenium.

Ces espaces scéniques étaient desservis traditionnellement par deux grils uniques indépendants dont le pouliage rendait parfois les conditions d’accès périlleuses. Le réalignement des deux anciens grils, la motorisation de la machinerie, la transformation des passerelles de salle et l’installation de l’abat-son du proscenium représentent à eux-seuls les marqueurs principaux de la réhabilitation de l’espace principal. La nouvelle configuration entraîne une légère diminution de l’altimétrie.

Certaines reprises au niveau du gros œuvre ont eu une portée non négligeable avec, entres autres, le repositionnement des deux piliers de soutènement du bloc arrière-scène. Distants de 4,30 m, ces derniers traversaient l’ensemble des niveaux avec une emprise importante au niveau de l’ancienne salle de répétition. Selon Xavier Fabre (Agence Fabre & Speller) : “L’idée revenait à créer en quelque sorte une fenêtre dans un barreau de fer. L’enveloppe de travaux prévoyait en ce sens le repositionnement des deux piliers à environ 10,50 m à ce même niveau. La préconisation libère le nouveau Studio qui dorénavant dispose d’une ouverture parfaitement exploitable”.

L’opération, accompagnée d’une nouvelle note de calcul, comprenait : la création de deux nouvelles poutres aux niveaux inférieur et supérieur du volume concerné, la reprise des fondations avec l’incorporation de micropieux.

Globalement, l’assiette résultante en termes de charges d’exploitation comporte un bilan final allant vers l’allégement, résultat dû en partie à la suppression des équipes équilibrées et du stockage des pains de fontes.

Organisation des flux

Le plateau a conservé ses accès, à savoir deux à l’avant et deux à l’arrière. Si on ajoute l’accès décor en fond de scène, la distribution favorise le jeu avec des échanges cour/jardin effectués sans être à vue.

L’ascenseur monte-charge côté cour distribue :

– Le RDC avec les dessous et l’entrée des artistes ;

– Le niveau R+1 avec l’accès scène, l’accès décor et stockage livraison ;

– Le niveau R+2 avec le Studio ;

– Le niveau R+3 avec le foyer du personnel.

Les niveaux R+5 (2e service) et R+6 (gril) sont accessibles uniquement à partir des escaliers arrière-scène.

Attendus du marché de travaux

– Amélioration des performances acoustiques de la grande salle

La volumétrie ne posait pas de problème particulier, en revanche la réverbération présentait un déséquilibre tonal avec un surcroît d’énergie au niveau des basses fréquences. Le déséquilibre des timbres était très perceptible. Le parterre très ouvert couvrait des distances importantes, repoussant de fait les parois latérales. L’auditoire souffrait du manque d’intelligibilité au centre de la salle et les musiciens se plaignaient d’un manque de retour. La cage de scène en partie haute était le siège de réflexions parasites.

Plusieurs leviers pouvaient être mis en jeu avec, entre autres, l’implantation de nouveaux garde-corps et des deux parois latérales en proximité, marquant ainsi les dégagements au niveau des entrées du parterre bas. Ces surfaces apportent une quantité non négligeable de premières réflexions au centre de la salle, critère déterminant pour la voix parlée. L’installation du grand abat-son du proscenium réalise le couplage scène/salle qui faisait tant défaut à ce lieu de représentation. Des nouveaux réflecteurs ont été installés sous les passerelles et apportent de l’énergie supplémentaire au centre de la salle. Les anciens réflecteurs ont été repositionnés sur de nouveaux angles de dispersion. La moquette en salle a été supprimée. Le renouvellement des fauteuils a permis de choisir des assises équipées en sous-face de parement en bois avec des dossiers recouverts de mousse en partie seulement. Ces éléments contribuent à la diffusion en salle.

 

La suite de cet article dans le N°229 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro