Namur, un Delta en majesté

Architecture et philosophie. La réhabilitation du Delta, Maison de la Culture de la Province de Namur, témoigne d’une évolution saisissante portée par la pensée du tiers-lieu. Sans trahir l’œuvre originelle de l’architecte Victor Bourgeois, la superficie est passée de 4 500 à 6 000 m2 en préservant une partie de la construction existante, en surélevant d’un niveau la façade en arc de cercle et en prolongeant le tout d’une somptueuse rotonde à l’avant. Ce nouveau lieu, pensé comme catalyseur d’énergies citoyennes, offre des espaces favorisant la rencontre entre les êtres. Entretien avec Philippe Samyn, architecte, et Pierre Jaubert de Beaujeu, scénographe et directeur de projet chez dUCKS scéno.

Grande salle – Photo © Patrice Morel

Programme impeccable

Tous deux sont unanimes sur la qualité du programme. Celui-ci a pour objet la conception (architecture, ingénierie), la rénovation, l’extension et l’équipement de la Maison de la Culture de la Province de Namur, ainsi que l’aménagement de ses abords. Être un point de convergence socioculturel et devenir un lieu majeur de la culture en Province de Namur et en Wallonie, tels sont les fers de lance de ce nouvel espace culturel, “lieu pluridisciplinaire, vitrine culturelle des arts vivants d’aujourd’hui, lieu de création et d’expérimentation, espace de vie et de curiosité, la nouvelle Maison de la Culture doit être conçue pour intégrer un programme souple en lien avec l’évolution culturelle et sociétale en permanente évolution. La priorité sera donnée à des espaces souples, modulaires, facilement convertibles, …”. Située au confluent de la Meuse et de la Sambre, à côté de la Halle al’Chair (halle aux viandes), bâtisse mosane de style Renaissance et patrimoine classé, l’implantation du lieu est stratégique. “La Province de Namur a édité un cahier des charges exemplaire. Cette complémentarité de différentes activités était réjouissante. Ce lieu est magique et a été malmené car bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment en forme de cylindre laissait devant lui un morceau de désert. Une fulgurance en arrivant sur le site, ce tambour, que j’ai implanté, m’est apparu immédiatement. Une espèce de pulsion de l’âme et de l’esprit. Quand cela vous arrive, il convient d’être prudent et circonspect. Dans ce genre de projet, je m’entoure de consultants et en particulier d’un historien, Philippe Bragard, qui m’a permis de découvrir qu’il y avait ici-même une tour au Moyen Âge. Cela m’a convaincu de son intégration dans le tissu urbain.” Le projet dessiné par Philippe Samyn s’articule autour de plusieurs lignes directrices, la qualité de l’architecture et son intégration dans l’environnement urbain, l’exploitation du paysage et l’aménagement des abords, la modularité, la mutualisation et la polyvalence des espaces, la performance énergétique et le développement durable, les normes de sécurité et l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Il ajoute un niveau supplémentaire à l’avant du bâtiment, une extension à l’arrière permettant la liaison du site avec la rue des Bouchers et la rue du Pont et un bâtiment cylindrique posé sur l’esplanade : le Tambour.

Circulations fluides et optimales

Trois niveaux d’exposition, trois salles de spectacle, trois studios d’enregistrement et de répétition, deux résidences d’artistes, trois salles d’animation, de formation et d’ateliers, deux niveaux de bureaux ouverts, un point culture, une terrasse panoramique, un restaurant et des commerces. Le Delta est conçu comme lieu de vie. L’accueil se fait par un grand hall lumineux, les espaces s’écrivent et se distribuent sur plusieurs niveaux grâce à un escalier de forme hélicoïdale. D’un côté le Tambour, salle suspendue dans un cylindre en bloc de béton ; de l’autre une grande salle totalement transformable autour de laquelle s’orchestrent des espaces aux niveaux supérieurs et inférieurs. Au-dessus, une immense terrasse panoramique qui comprend un espace d’exposition. En dessous, les studios d’enregistrement et salles de réunion et répétition. Dans le prolongement vertical du hall, un point culture, des salles d’exposition dont l’une, extension du bâtiment existant, a été joliment nommée “Septième ciel”. La logistique a été pensée pour des circulations optimisées. L’usager étant placé au centre du projet, il est acteur de ce lieu de vie. Le lieu n’est plus réduit à un lieu de diffusion. Les abords du site s’attachent au flux des piétons. Des espaces d’animation sur gradins relient le bâti aux berges de la Sambre et aux voies vertes du chemin de Halage. La liaison avec l’esplanade s’établit par un ascenseur public. Un second ascenseur et un escalier prévoient l’accès au jardin-terrasse de l’extérieur. L’ensemble des schémas de circulation tient compte des usagers dans toutes leurs diversités (publics, artistes, personnels). Le bâtiment est entièrement accessible pour les PMR. Depuis le quai de déchargement jusqu’aux différentes salles, le cheminement des équipements et matériels est défini par des axes simples. Deux monte-charges sont liés par une circulation directe au niveau bas. Les liaisons techniques sont prévues à tous les niveaux. Les zones de réserve sont localisées afin de faciliter la circulation technique (au niveau du plateau grande salle et au premier niveau muséal). Cette dorsale traverse tout le bâtiment et relie toutes les salles, leurs foyers et les différentes liaisons verticales – artistiques, techniques et publiques – depuis la zone logistique d’une part et le hall d’accueil. “La logistique a été assez simple. Des grands axes en sous-sol permettent de relier tout le bâtiment. Il restait à trouver les circulations verticales qui nous permettraient de desservir tous les espaces dont les espaces d’exposition. C’est un gros travail dans un bâtiment existant. Tout mettre à niveau a été un peu dingue car tout était à des niveaux différents”, raconte Pierre Jaubert de Beaujeu. Seul petit bémol à ces circulations, la liaison entre le grand escalier monumental et la salle tambour. Philippe Samyn avoue avoir à corriger cet espace qu’il désigne comme un couloir technique. “Là j’ai fait une erreur. Vous imaginez ces réglementations innombrables qui s’empilent les unes sur les autres. Négocier avec la position des portes coupe-feu de manière à ne pas encloisonner les espaces… Nous sommes en train de corriger cet espace, en laissant les portes ouvertes, en habillant un des deux murs de miroirs et en imaginant l’autre comme une gigantesque colonne Morris, en tapissant le mur d’affiches.”

 

La suite de cet article dans le N°229 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro