Vingt ans de Fête des Lumières : Et demain ?

Cela fait vingt ans que la Fête des Lumières de Lyon existe sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, à savoir un festival sur quatre soirées. Les Lyonnais habitués, devenus experts en mapping, nous diront : toujours la même chose. À en croire les organisateurs, nous sommes face à un événement ambitieux, proposant des œuvres inédites et innovantes. Dans tous les cas, cette édition est la dernière de Jean-François Zurawik en tant que coordinateur général de la Fête des Lumières. Retour sur l’édition 2019, les événements marquants depuis vingt ans et les nouveautés.

Lightning Cloud de Jérôme Donna, Théâtre des Célestins – Photo © Muriel Chaulet

L’édition 2019 : tour d’horizon

Près d’une quarantaine de propositions cette année pour un festival évoluant encore sous un périmètre restreint, sécurité attentats oblige. Le succès populaire n’en est pas moins au rendez-vous (1,8 millions de spectateurs en 2018 et 2019). Quel événement, en plein hiver dans l’espace public, peut se targuer d’avoir un tel rayonnement ?

La diversité des formes se confirme également. Car si le mapping vidéo est désormais traditionnel, il est côtoyé par des objets (Colosses, les pieds dans la Saône, de Louxor Spectacle), par des installations immersives mêlant feu, vidéo, projecteurs et déambulation (Regarde au Parc de la Tête d’Or par le Groupe F) ou encore par un retour aux sources : le lumignon.

Il y a en effet la tradition réinventée avec Une Rivière de lumières et ses 20 000 lumignons voguant sur la Saône. L’agence Poïesis s’est chargée de ce tour de force, d’autant plus poétique que l’espoir de le voir se réaliser était suspendu au bon vouloir des conditions climatiques du soir même. Le vent fut clément, voyons-y un présage.

Plus contemporain, il y a l’homme observant la machine, celle-là même qu’il nourrit de ses recherches –compulsives ? – sur le Net. The Great Indecision Council de Romain Tardy propose un espace circulaire et immersif. Il est matérialisé par des rubans LEDs sous forme de digits, permettant l’inscription en temps réel des mots et phrases les plus recherchés sur Google, ainsi que les titres des articles les plus consultés. L’ensemble est saisissant de par son effet miroir. Extraits choisis : “Taux d’intérêt”, “Réforme des retraites en 2020”, “Elle s’assoit sur le voleur en attendant la police”, …

Plus technique : la diffusion d’images sur l’arrière de la Basilique de Fourvière. Au point techniquement l’année passée, c’est cet hiver que nous avons pu y assister avec Les Cueilleurs de Nuages de CozTen. La projection s’effectue sur la rive gauche de la Saône pour éclairer le Palais de justice et la Basilique. Ce sont en tout 17 vidéoprojecteurs Christie 2K, lampe au Xénon, entre 30 et 45 000 lumens. Ceux qui éclairent la Basilique franchissent environ 600 m pour obtenir une image certes plus fade, mais de qualité tout à fait correcte. C’est le groupe VLS, spécialisé dans l’événementiel imposant, qui a réalisé cette installation vidéo.

Plus abstrait, avec le CODA du Collectif Scale. Dans la cour de l’Hôtel Dieu, sur une musique de Lucie Antunes, des bras articulés munis d’un ruban à LEDs effectuent une chorégraphie en rythme. La réalisation est extrêmement précise, le tout très esthétique.

Focus sur Genesis de Théoriz Studio

Le mapping fait désormais partie du paysage des festivals lumière. Si l’émerveillement a fait place à la lassitude chez le spectateur averti, la narration incluse dans ces œuvres possède un rôle prépondérant. Nous avons choisi Théoriz Studio, habitué à la Fête des Lumières et cette année en place sur la Cathédrale Saint-Jean, pour éclairer notre lanterne et savoir en quoi la technique de création d’images qu’ils utilisent peut faire avancer le propos.

Interview de Jonathan Richer, directeur créatif et technique de Théoriz Studio

Quelles sont les spécificités de Théoriz dans son organisation et dans ses modes de recherche ?

Jonathan Richer : Théoriz Studio possède une organisation, assez rare à notre connaissance, articulée autour de trois pôles. Le premier est le volet artistique qui, malheureusement, n’est pas ou peu rentable pour une entreprise, mais qui est très important pour nous car c’est notre ADN. Ainsi, nous diffusons nos œuvres dans des festivals d’art et des fêtes des lumières un peu partout dans le monde.

Le deuxième volet est notre activité de services qui touche une typologie de clients très large : musées, institutions, grands comptes, agences d’événementiel, …

Vient ensuite le pôle de R&D. En assemblant des technologies, il en résulte une nouvelle. Un nouvel outil de création – nous en sommes convaincus – amène de nouvelles esthétiques. Nous sommes actuellement dans une phase de mise sur le marché de la technologie Augmenta, développée depuis plusieurs années au sein de Théoriz, qui est une solution de tracking, sans capteur à porter, adaptée aux applications artistiques et événementielles.

Quels outils avez-vous utilisés pour créer les images de Genesis ?

J. R. : 98 % du show de Genesis ont été créés à l’aide d’un outil venant du monde du show vidéo, à savoir Unity 3D. Son moteur de rendu temps réel permet à peu près toutes les possibilités disponibles sur des logiciels de 3D conventionnels, mais nous permet surtout d’itérer beaucoup plus rapidement entre chaque rendu. De plusieurs minutes voire plusieurs heures pour les logiciels de 3D classiques, on passe à quelques secondes d’attente voire du temps réel pour découvrir le résultat d’une scène grâce à Unity. Ça, c’est très précieux ! Nous avons aussi utilisé des procédés génératifs et des outils de gestion de particules.

 

La suite de cet article dans le N°229 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro