Nono, Théâtre des Calanques

Le Théâtre Nono combine architecture durable et modularité. Inauguré il y a un peu plus de deux ans à l’Est de Marseille, ce bâtiment en bois s’intègre parfaitement dans son environnement immédiat entre ville et nature.

Un carré de bois déposé entre le massif des Calanques et la ville. C’est ainsi qu’apparaît le Théâtre Nono depuis les collines qui l’environnent. Cette salle de spectacle construite en 2017 abrite une compagnie qui navigue depuis les années 90’ entre écritures textuelles, musicales et scénographiques contemporaines. À la barre, la metteuse en scène Marion Coutris et le scénographe Serge Noyelle. “Nous essayons de produire une forme de questionnement sur le vivant et nos modes de relation au réel”, résume Marion Coutris. Quoi de plus logique alors pour ce collectif que d’habiter son art dans un bâtiment conçu selon les principes de l’architecture écologique ?

Vue extérieure du Théâtre Nono depuis le parvis – Photo DR

Un cadre verdoyant

Après avoir évolué en région parisienne et réalisé des créations hybrides dans lesquelles le spectateur est souvent partie prenante, Nono pose ses valises dans la cité phocéenne en 2008. “Nous avons été accueillis par la Direction des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Ville de Marseille qui souhaitaient qu’une compagnie internationale puisse s’implanter dans la capitale régionale”, commente Marion Coutris. “Nous nous étions dotés d’un chapiteau de bois démontable en forme de baraque de 20 m x 40 m semblable à celui des Ateliers Berthier et dans un état d’esprit très forain.” La compagnie est invitée à monter sa tente géante dans un terrain appartenant à la Ville de Marseille à l’Est de la commune, un secteur composé majoritairement de maisons avec des jardins et de petits immeubles. En face du Théâtre se trouve un centre équestre où les enfants apprennent à monter à cheval et le cadre verdoyant ferait presque oublier au visiteur qu’il se trouve dans la seconde ville de France. La nature est d’ailleurs toute proche. “Le Parc national des Calanques commence au bout de l’allée et nous sommes à proximité immédiate de ce que les Marseillais appellent la campagne Pastré”, indique Marion Coutris. Plutôt que d’une campagne au sens rural du terme, il s’agit en réalité d’un immense parc public, ancienne propriété de Lily Pastré, protectrice des arts et cofondatrice du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence en 1948.

Mais le tableau était au départ un peu moins séduisant. “Avant que nous arrivions, le terrain était une décharge verte dans laquelle étaient déposés des déchets végétaux. Ceux-ci ont été retirés en 2007 et nous avons fait couler une dalle de béton pour poser notre chapiteau”, raconte la codirectrice. C’est dans ces conditions que, pendant plusieurs années, le Théâtre travaille sur ses créations tout en proposant une programmation pluridisciplinaire (musique, danse, théâtre, …) à son public. Jusqu’à éprouver les limites de cette formule. La structure envisage d’abord de réhabiliter son chapiteau en lui adjoignant un système de chauffage performant, avant de se diriger vers un projet plus pérenne. “Nous nous sommes rendus compte que d’un point de vue écologique il valait mieux faire du neuf. Mais à condition de pouvoir conserver le côté modulable de l’espace pour pouvoir faire ce que nous voulions.”

Intégration paysagère

C’est son frère, l’architecte Ronan Coutris, qui est chargé de dessiner les plans de l’équipement. Celui-ci a déjà travaillé sur les scénographies de créations de la Compagnie. Il est aussi sensibilisé depuis le plus jeune âge à l’usage du bois dans la construction, son père (et celui de Marion Coutris, donc) étant lui-même architecte. Il a par ailleurs réalisé son diplôme sous la direction de Roland Schweitzer, spécialiste mondialement reconnu de l’architecture bois. Outre son lien avec la maîtrise d’ouvrage, Ronan Coutris indique qu’il a été choisi pour mener le projet, car “(son) engagement dans la construction écologique et (son) expérience dans la réalisation d’édifices à ossature bois étaient un atout dans la mesure où, très tôt, la volonté d’une approche de développement durable et de qualité environnementale avait été évoquée par le maître d’ouvrage”. Le coût total de l’opération s’élève à environ 3 M€ TTC si l’on prend en compte “les équipements techniques, le mobilier, les honoraires de maîtrise d’œuvre, le contrôleur technique, la SPS (Sécurité protection de la santé), les études de sols”, énumère l’architecte. Un budget supporté par la Ville de Marseille, le Département des Bouches-du-Rhône, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et les fonds propres du Théâtre. La surface totale du bâtiment est de 1 000 m2. Mais l’ensemble, relativement discret, s’immisce bien dans le paysage si singulier du quartier. “Nous avons limité les parties imperméabilisées au strict minimum. Cette imperméabilisation concerne essentiellement les abords immédiats du Théâtre pour permettre les circulations de pompiers, les évacuations des personnes et les accès depuis les places de parking pour personnes à mobilité réduite. Pour le reste du site, assez bucolique et situé près du Parc national des Calanques, nous avons privilégié, dès que cela était possible, le stabilisé ou la terre compactée y compris pour la zone de parking”, détaille Ronan Coutris. Par ailleurs, les matériaux utilisés pour la réalisation de l’édifice contribuent eux aussi à sa bonne intégration dans le cadre arboré qui l’environne. “Exceptées la dalle maçonnée en béton, les menuiseries alu et la couverture métallique, ce projet est 100 % bois ! De la structure à la ‘peau’ du bâtiment”, détaille Ronan Coutris. La structure porteuse est en lamellé-collé composé d’épicéa originaire d’Europe centrale. L’ossature secondaire est en épicéa autoclavé et le bardage est composé de lames de mélèze. Des éléments montés dans le cadre d’une mise en œuvre à faible nuisance. “C’est satisfaisant de voir un chantier aussi propre sans coulure de béton. Pour moi, cela s’inscrit dans la démarche durable qui était souhaitée. Nous sommes plus précis dans les assemblages et la qualité lorsque nous utilisons du bois”, témoigne Lionel Formentelli, architecte chargé du suivi des travaux.

 

La suite de cet article dans le N°228 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro