Yann Frisch et son camion chapiteau

Yann Frisch est magicien. Champion du monde de close-up, formé au Lido – l’École de Cirque de Toulouse – maître d’œuvre d’un spectacle fracassant Le Syndrome de Cassandre, il crédite les illusions et remue les mythes et rites ancestraux à force de magie. Tout chez lui est prétexte à monographier le genre humain et ses croyances. La magie est son arme suprême. Le Syndrome de Cassandre est né d’une improvisation. Nez de clown, bouteille d’eau à la main, il déboule dans une salle et annonce un incendie. Le public est hilare. Personne ne croit un mot de ce qu’il dit. Le spectacle est né. Viendra ensuite Le Paradoxe de Georges, ode à la magie de cartes, hommage aux spectateurs et construction d’un camion chapiteau.

La camion chapiteau aux Nuits de Fourvière, 2018 – Photo © Sidonie Pigeon

Un laboratoire pour la magie

La démarche de Yann Frisch est unique. Fabriquer une salle de spectacle rompue aux exigences de la magie. Comme toujours, la nécessité est née de l’expérience. Frisch fait ses premiers pas dans le grand monde du cirque. Un lieu où la familiarité et le mode de vie collectif occupent le centre. Il aime l’itinérance et son public. Deux motivations suffisantes pour construire son outil. Force du constat de la quantité d’heures nécessaires aux différentes mises des spectacles (parfois jusqu’à six heures) et des spécificités techniques liées à la magie (dont vous ne saurez rien), un cahier des charges est établi. Pour diverses raisons, l’idée du chapiteau est évacuée au profit de la frontalité et de la mobilité du camion. Une boîte noire avec une scène de 8 m d’ouverture, 5 m de profondeur et 6 m sous perche, une remorque de semi, une journée de montage et le tour est joué. Le camion chapiteau s’élabore sur la base d’un cahier des charges précis incorporant la possibilité des vols humains et l’ensemble des effets possibles et rêvés. La pente est étudiée pour la visibilité et le gradin peut accueillir jusqu’à 89 spectateurs. C’est la première salle de spectacle construite pour l’exercice de cet art singulier qu’est la magie. Ce camion a été pensé comme laboratoire et comme éventuel lieu d’accueil et d’émulation. Il a été imaginé et rêvé avec une programmation parallèle d’artistes, d’alchimistes, de musiciens, d’historiens invités pour livrer leur point de vue sur la magie. Pour accueillir le public, un demi chapiteau accueille un petit bar.

Construction

En septembre 2016, Yann Frisch, Sidonie Pigeon (sa collaboratrice et productrice) et Étienne Charles (son directeur technique) décident de la construction, en parallèle à la construction de la nouvelle création Le Paradoxe de Georges. Impossible selon Sidonie Pigeon de distinguer la construction de la création. Le camion est pensé comme scénographie du spectacle. Une fois la décision prise, il faut trouver 500 000 € à toute vitesse. Aux coproducteurs s’ajoute une campagne de crowdfunding, grâce à la plate-forme Kiss Kiss Bank Bank. Une équipe de constructeurs est rassemblée. Matthieu Bony, un des constructeurs de Royal de Luxe, Silvain Ohl qui a travaillé avec Johan Le Guillerm et Éric Noël. Tous trois se connaissent de réputation, s’estiment mais n’ont jamais travaillé ensemble. Les trois avaient un pied dans l’Usine, Centre national des arts de la rue à Toulouse. Ils provoquent la rencontre avec Mathieu Maisonneuve qui accepte d’accueillir la construction du camion. S’enchaînent les résidences techniques, les études de faisabilité, et du 23 octobre 2017 au 15 mars 2018 la construction mobilise une vingtaine de personnes. Parallèlement à la construction du camion, dans un campement attenant, Yann Frisch répète Le Paradoxe de Georges. “Il fallait que tout soit prêt au même moment, le spectacle est sorti en temps et en heure mais les répétitions n’ont pas pu avoir lieu dans le camion comme prévu. Elles se sont déroulées dans les algécos”, insiste Sidonie Pigeon qui salue la richesse de l’aventure humaine. Cela a commencé par l’achat d’une remorque de semi d’occasion qui a nécessité un temps conséquent de remise en état. À partir de cette base, la structure métal a été édifiée et les panneaux ignifuges se sont ajoutés sur le tard.

 

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