L’Atabal : De l’aisance et du panache

Atabal, c’est le nom donné au petit tambour utilisé dans la musique folklorique basque. Atabal, c’est aussi cette bâtisse de béton et de verre qui court le long de la voie ferrée biarrote, à quelques pas de la gare. C’est Maïté Rumeau, une architecte formée aux Beaux-Arts qui l’a dessiné. C’était en 2005 avant que le skatepark ne vienne parfaire le paysage. Rumeau, toujours aux commandes de ce projet de revitalisation du secteur. Dans cette zone marécageuse du quartier d’Iraty à l’entrée de la ville, un lieu de rassemblement pour la musique et les cultures urbaines était un acte fondateur. Conversation avec Maïté Rumeau.

Le parvis et la façade principale – Photo © Patrice Morel

Aux portes de Biarritz

C’était un projet institutionnel avec un programme déterminé. Il était important que le bâtiment longe la voie ferrée. L’Atabal était une sorte d’épine dorsale, sa présence créait une linéarité affirmée avec un jeu de volume pour donner du mouvement à un secteur quelque peu déclassé. C’était le premier projet de revitalisation du secteur. Il fallait que ce soit quelque chose de remarquable. Le maire de l’époque, Didier Borotra, souhaitait renforcer les arrivées dans la ville avec un bâtiment institutionnel marquant. Il m’a semblé important de renforcer ce boulevard circulatoire. Lorsqu’on arrive avec des vitesses plus douces, cela permet de voir le bâtiment évoluer dans son mouvement.” Pour Maïté Rumeau, l’institution doit avoir une rigueur, proposer des espaces forcément clairs, de la hauteur, du volume, de l’aisance et du panache. Ce n’est pas parce qu’un bâtiment est compétitif au niveau de son coût qu’on doit réduire les hauteurs et se résoudre à quelque chose d’étriqué. L’Atabal est haut et lumineux, il a été pensé avec classe, pensé pour résister au temps avec des matériaux solides. Un rectangle de béton, une baie vitrée inondant l’édifice de lumière, un patio central, une grande salle pouvant accueillir jusqu’à 700 personnes, un club (plutôt un bar faisant office de club) tenant 120 âmes, une petite salle d’exposition, trois studios et une cabine.

Le luxe, c’est l’espace

Je souhaitais que l’arrivée devant le bâtiment soit transparente. Dès l’entrée, on voit en transparence jusqu’au bout, avec ce lieu privilégié qu’est le patio. La salle de concert est sur la gauche, tout comme le bar. Partout, il y a de la lumière et de l’autonomie. Le bar est un lieu de rassemblement et de courtoisie. Les gens entrent et sortent. Un balcon surplombe l’ensemble, ce qui permet de voir et de surveiller, les équipes ne sont pas nombreuses et le balcon offre une vision panoramique.” Le luxe, c’est l’espace. Partout, la hauteur et la lumière priment. Les circulations sont bien pensées, les accès tout autant. Les matériaux, ce sont essentiellement du verre et du béton brut. Certaines parties sont peintes. Maïté Rumeau avait imaginé que certaines parois pouvaient être investies pour créer un graffiti évolutif, comme un espace d’art brut sur les murs de l’Atabal. Elle souhaitait créer des panneaux comme des toiles vierges à investir. La peur institutionnelle de la démesure l’a poussée à abandonner cette idée. Une petite boîte faite de verre suspendue accueille, comme un enfant avec une lanterne à la main. Et puis des brise-soleil en grandes lames de bois comme les trames de chemin de fer. Un bois imputrescible pour orner la façade. Elle avait annoncé qu’il deviendrait gris pour se fondre dans le gris du béton, que la douceur de la matière naturelle du bois se mêlerait au granité du béton gris. Le gris soleil s’étend sur le récent bâtiment du skatepark qu’elle a dessiné également. Cela crée une continuité directionnelle et visuelle. Le jeu des toitures, les différents volumes, la boîte de verre suspendue, … Les lieux d’enseignement sont recouverts de bois, comme tout ce qui est lié à la musique. Cela permet de créer le rythme dans la hauteur et la composition. “Pour moi, qui vient des Beaux-Arts, il est essentiel de composer l’espace, la graduation et l’esthétique sont fondamentales. Le travail de composition est central.” Son passage à l’architecture, elle l’amorce en travaillant pour des architectes sur des études de couleur. “Je me suis mise à travailler pour les architectes, sur des immeubles à construire et je suis progressivement passée aux rendus de concours. Finalement, j’ai décidé d’en faire mon métier. Avec une implication forte sur l’urbanisme. C’était des années où ces questions étaient centrales. J’ai pris des cours de vidéo et de cinéma. Recomposer les photos, faire de la vidéo, c’était important d’exprimer les variations et les évolutions dans le cadre de l’urbanisme.”

 

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