Le mapping vidéo : État des lieux autour du travail de Cosmo AV

Spectacles, événements, communication d’entreprises, parcs d’attractions, télévision, le mapping vidéo sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions est partout. À la croisée des chemins, c’est à la fois un nouveau média populaire et branché, un espace de recherche et de création artistique, un support de communication et de marketing publicitaire. Sa diffusion semble s’accroître sans cesse, tandis que les technologies se démocratisent et que les équipements deviennent de plus en plus accessibles.

Pierre-Yves Toulot est un acteur majeur de la discipline en France et a embarqué dans cette aventure dès les prémices. Cela en fait l’interlocuteur idéal pour une discussion à bâtons rompus sous forme d’état des lieux.

Puy du Fou, Tolède, 2019

Formé à l’ENSATT de la Rue Blanche, il s’oriente d’abord vers la conception lumière, pendant dix ans, pour le théâtre, la danse, le cinéma et l’éclairage architectural, tout en s’initiant progressivement à la vidéo. Il fonde Cosmo AV avec José Cristiani en 2003, une structure dédiée à cette nouvelle activité parallèle, d’abord pour le spectacle vivant, des comédies musicales à l’époque. L’activité s’intensifie rapidement et se diversifie : événements privés, petites entreprises, puis projections architecturales à partir de 2007, et enfin cérémonies, événements sportifs, télévision et muséographie depuis 2010. Les projets s’enchaînent et propulsent la société sur les plus gros événements, en France et à l’international, comme les cent-vingt ans de la Tour Eiffel en 2009, en collaboration avec Christophe Berthonneau du Groupe F. “On gérait la partie contenu vidéo, la création, la réalisation, et le design technique du dispositif. C’était une époque où les choses s’inventaient au fur et à mesure qu’on les faisait. Les vidéoprojecteurs n’étaient pas conçus pour ça ; projeter avec un angle de 60° vers le plafond, en mode portrait… Il n’y avait pas à l’époque de serveurs capable de gérer de la 3D et il a donc fallu travailler avec des développeurs pour l’intégrer dans des média serveurs. C’est pour ça qu’on est très impliqué dans la technologie. C’est aussi ma passion, cela m’a toujours intéressé de profiter des spectacles pour tester des nouvelles technologies, pour élargir la palette… De manière générale, sauf rares exceptions, on fait toujours les préconisations techniques. Comme un éclairagiste qui demande tel type de projecteur, installé à tel endroit, …

En 2017, il fonde la société Whatsit : “Je souhaitais faire profiter à d’autres studios et structures de tout ce qu’on a dû inventer pendant ces seize années au sein de Cosmo AV et proposer de manière indépendante toute l’expertise technique et technologique sur le vidéo mapping”.

Cette structure lui a permis de porter deux projets en particulier :

– Lumings, un outil d’implantation vidéo pour simuler de la manière la plus réaliste possible le rendu technique d’un mapping en vidéoprojection ;

– Showviz, une plate-forme de travail collaborative pour les créateurs de spectacles, qui permet de simuler sur une maquette virtuelle tous les corps de métier en même temps : scénographie, pyrotechnie, écran d’eau, chorégraphie, lumière, son, mapping vidéo.

Il vient enfin de créer il y a un mois la société Intensity, une plate-forme à destination des concepteurs lumière, dédiée à l’éclairage architectural, en exploitant de la lumière digitale “du vidéo mapping qui sert à éclairer, tout simplement. Ce sera la nouvelle source de lumière pour l’architecture. On souhaite développer un dispositif complètement pérenne et qui se manipule aussi simplement que l’éclairage architectural classique. La gestion de contenus et de scénarios permettra de concevoir l’éclairage à travers cette plate-forme. D’autres structures travaillent déjà sur les prochaines sources vidéo, avec des technologies laser, des têtes déportées, étanches, compactes, puissantes, qui pourront être aussi simples à installer que ce qu’on peut faire aujourd’hui en éclairage architectural, sur des mâts par exemple”.

On le met à toutes les sauces… Qu’est-ce que le mapping vidéo ?

Pierre-Yves Toulot : Scénographie d’images, images monumentales, architecturales, tout ça c’est du vidéo mapping. J’ai participé à des conférences sur le sujet avec d’autres, avec des visions un peu différentes, mais à la fin on se rejoint sur le fait qu’il y a des volumes et que c’est souvent en live, pour un public. C’est de l’image qui habille les volumes. Il y a un lien avec la scénographie, on parle beaucoup en ce moment de scénographie lumineuse ou de scénographie d’image. C’est peut-être même la meilleure définition : c’est une idée classique de scénographie et du trompe-l’œil, un de ses thèmes anciens. Je suis plutôt pour une vision très large, on peut aussi intégrer l’utilisation d’écrans LEDs, selon le dispositif qu’on exploite. On parle d’ailleurs de LED mapping, il y a donc bien un lien évident.

C’est un sujet qu’on va bientôt pouvoir mieux développer puisqu’on est en train de monter la fédération professionnelle de vidéo mapping. On vient d’organiser les premières réunions. L’idée est de réunir tous les studios, les Français au moins et les freelances, autour d’une fédération professionnelle qui permettra justement de mieux définir, pour expliquer ce qu’est le vidéo mapping à des producteurs, à des acteurs publics ou privés, et pour défendre un peu nos droits. Mais aussi avancer sur la pédagogie pour que des gens se forment au vidéo mapping ; il y a un manque énorme de gens compétents pour travailler plutôt sur la partie graphique mais aussi technique.

 

La suite de cet article dans le N°228 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro