L’écoresponsabilité du Cabaret Vert

Le Cabaret Vert de Charleville-Mézières est devenu progressivement l’un des principaux festivals de musiques actuelles estivaux français. Une notoriété que l’événement a bâtie sur sa programmation, mais aussi sur la volonté de penser toute son organisation au prisme du développement durable. Ce dernier est devenu une marque de qualité et un outil de fidélisation d’un public pour qui l’écoresponsabilité est désormais un impératif. Reportage lors de la 15édition du Festival, en août dernier.

La 15e édition du Cabaret Vert a accueilli 102 000 personnes – Photo © François Delotte

Ça fait cinq ans que je viens au Cabaret Vert et c’est toujours avec le même plaisir”, témoigne Donatien. Le Rémois de vingt-six ans se rend ici pour l’ambiance festive et, bien sûr, la musique. À l’affiche cette année le groupe britannique Foals, la rockeuse rimbaldienne Patti Smith – ravie de jouer dans la ville de son poète préféré – ou encore la chanteuse belge Angèle. Mais si Donatien est aussi fidèle au Festival de Charleville-Mézières, c’est aussi pour son identité écolo : “C’est un argument qui m’encourage à revenir”, assure le jeune homme qui indique également que ces quatre jours de concerts permettent de “voir Charleville d’une autre façon”. Car la capitale des Ardennes françaises a longtemps été, dans l’esprit de beaucoup, associée à un bassin industriel en déshérence. Mais les choses commencent à bouger depuis quelques années, en partie grâce au Cabaret, une manifestation qui a accueilli, du 22 au 25 août derniers, 102 000 personnes sur 30 ha situés en bordure de la Meuse. “Lorsque nous avons lancé ce projet il y a quinze ans, nous étions une bande de jeunes qui souhaitait faire quelque chose pour mettre en avant le territoire ardennais”, se souvient Yves Schneider, actuel président du Cabaret Vert. “C’est dans cette volonté que le développement durable est devenu un des fondements du Festival”, poursuit-il. Tout en affirmant que cet aspect permet effectivement de “fidéliser des festivaliers”.

Charte d’engagements

C’est ainsi que le Cabaret Vert se proclame aujourd’hui “indépendant et durable depuis 2005”. Une devise que la manifestation honore concrètement dans une démarche d’amélioration continue. Le Festival a dévoilé à l’occasion de son édition 2019 une nouvelle charte d’engagements qui doit courir jusqu’à 2025. “Ce document validé en conseil d’administration est partagé par nos 160 chefs de pôles auprès de leurs équipes. Il est composé de douze thèmes qui ont été définis avec nos bénévoles et nos prestataires”, indique Jean Perrissin, responsable du programme de développement durable du Cabaret Vert. Parmi ces grands axes figure l’alimentation en électricité du Festival : “Notre ambition est d’atteindre les 50 % d’énergies renouvelables d’ici 2025”. Depuis cette année, le Festival a souscrit un contrat d’approvisionnement avec le fournisseur d’électricité d’origine renouvelable Enercoop, pour l’ensemble de ses compteurs provisoires (stands, buvettes, …). Cela représente environ 40 % de ses consommations. Le bâtiment qui abrite les bureaux de l’organisation est équipé de panneaux solaires qui produisent du courant utilisé en autoconsommation. Les entrepôts flambant neufs du Festival sont également couverts de cellules photovoltaïques, soit une puissance de 36 kWh réinjectée dans le réseau. Mais les scènes, qui demandent de fortes puissances électriques, sont toujours alimentées par des groupes électrogènes. Les festivaliers peuvent quand à eux recharger leurs téléphones portables avec des bornes dotées de panneaux solaires. Autre poste fondamental : la restauration des festivaliers, des bénévoles, des techniciens et des équipes de tournée. En cohérence avec ses intentions de départ visant à valoriser la Région, les denrées locales sont privilégiées. “Notre charte de restauration durable prévoit que90 % des ingrédients viennent de fournisseurs locaux. Si on ne peut pas trouver le produit localement, nous imposons d’utiliser un produit bio à la place”, précise Jean Perrissin. Les bières, par exemple, doivent venir d’un rayon de 200 km autour de Charleville. On dégustera donc ici (avec modération) des boissons ardennaises et belges comme la Chouffe ou la Chimay (et une grande diversité de bières artisanales) plutôt que des marques industrielles. Plus étonnant, on trouve au Cabaret Vert un petit marché avec des producteurs locaux. Frédéric Lorriette, patron de la charcuterie Haybes Salaisons, une des plus anciennes des Ardennes, tient à être présent. On trouve exposés dans son camion/étal le typique boudin blanc à l’oignon, le fameux jambon sec des Ardennes ou encore de belles terrines. “Nos produits se vendent très bien. C’est voulu pour l’image de marque du Département et de ses spécialités”, soutient le charcutier. On touche là à ce qui fait la force du Cabaret : une véritable capacité à agréger des habitants autour d’une initiative dont les acteurs sont conscients qu’elle est bénéfique pour l’image de la Région et son économie. Pour 2025, le Festival se fixe l’objectif ambitieux du 100 % bio et local. Il travaille aussi avec les restaurateurs pour que ceux-ci proposent moins de viande. Des actions pour lutter contre le gaspillage sont également mises en œuvre. Ainsi, le Festival indique avoir distribué 1 460 plateaux repas aux Restos du Cœur en 2018. Les détenteurs d’un stand doivent obligatoirement servir leurs clients dans de la vaisselle compostable (plus de 200 000 produits sont servis durant le Festival).

Des déchets bien triés

Une vaisselle que l’on retrouve dans les poubelles du Cabaret et qui finira donc en précieux amendement pour des maraîchers ou des agriculteurs du coin. Plus de cinq tonnes de biodéchets auraient été valorisées durant l’édition 2018. Mais, parmi les déchets du Festival, on trouve aussi des milliers de gobelets non recyclables. L’organisation a en effet fait le choix de ne pas recourir à des verres réutilisables et consignés. Une décision qui interpelle de la part d’un événement qui se présente comme étant à la pointe de l’écoresponsabilité. “Les gobelets consignés sont en moyenne utilisés onze fois par une personne. Il faudrait quatorze utilisations pour que ça devienne intéressant”, justifie Jean Perrissin. “Par ailleurs il nous faudrait stocker et laver ces gobelets. On fait souvent le focus sur ce sujet alors que ces verres en plastique ne représentent que 2 % de nos déchets, hors toilettes sèches.” Pour gérer ses déchets, le Cabaret s’est doté de son propre centre de tri, aménagé à droite de la grande scène. Les verres jetables y sont orientés vers une structure de recyclage spécialisée. Des bénévoles s’affairent sur des tables créées spécifiquement pour les précieuses ordures du Cabaret. “On trie tout : le verre, le papier, les bouchons en plastique et ce qui doit aller à l’enfouissement”, explique la responsable bénévole du tri, Marie-Odile Harter, gants à la main. Une gestion efficace et rationalisée qui permet d’atteindre de bons résultats malgré, parfois, le manque de bénévoles disponibles sur ce poste. “75 % des déchets sont recyclés”, annonce avec fierté Jean Perrissin. Les 120 poubelles de tri, fabriquées par des entreprises locales, sont agrémentées de consignes très lisibles (une des trois poubelles est exclusivement réservée aux gobelets en plastique). vingt-quatre d’entre elles ont été conçues avec des meubles récupérés et transformés par des personnes en contrat d’insertion travaillant dans une ressourcerie.

 

La suite de cet article dans le N°227 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro