Le Théâtre de Tarare : À la conquête des territoires

Cette réhabilitation participe au développement du territoire. Confortée par la première saison et une fréquentation toujours en hausse, la Ville de Tarare souhaite transformer l’essai et élargir son panel. Consciente des enjeux, la direction du Théâtre cible le jeune public dans des opérations séduction où les participants sont invités à découvrir le Théâtre dans l’ombre des coulisses entièrement rénovées.

Grande salle – Photo © Patrice Morel

Bref historique

Tarare, étape emblématique de la route N7, située entre Lyon et Roanne, compte plus de 10 000 habitants. La ville des tisserands, des tanneurs et des cordonniers a connu un essor industriel sans précédent dans la seconde moitié du XVIIIsiècle grâce à son industrie textile. Réputée pour sa mousseline, ses rideaux et ses toiles en tergal de très bonne facture, la région a fini par subir de plein fouet la production à bas coût en provenance de l’étranger.

Quentin Thévenon, directeur de cabinet et en charge de la communication, retrace fidèlement l’histoire du Théâtre de Tarare. La première construction remonte à 1862, époque où fut construite une salle privée appelée Salle Denave sur le site du bâtiment actuel. Louée par la mairie à partir de 1896, elle est achetée par la municipalité en 1921 et modernisée entre cette date et 1932. La salle est fermée pour vétusté en 1948 et complètement rénovée entre 1950 et 1954.

À la conquête des territoires

Élu en 2014, Bruno Peylachon, maire de Tarare, pleinement convaincu par le fait que le développement du territoire passe par l’accès à la culture, conforte cet objectif en déployant une politique tarifaire attractive auprès du plus grand nombre.

Un projet ambitieux qui s’est inscrit dans la continuité. Tarare est une ville industrielle qui, au fil du temps, s’est paupérisée. Les élus se sont attachés successivement à transformer l’image de la commune et tenter de redynamiser leur cœur de ville. L’édifice, qui présentait des signes de fatigue évidents, a dû être fermé en 2011 pour des raisons de sécurité. Il ne répondait plus en termes normatifs et réglementaires à ce qu’on peut attendre aujourd’hui d’un ERP qui, de plus, doit satisfaire aux nouvelles exigences en termes d’accessibilité du public. La commande ne portait pas seulement sur la réhabilitation d’un lieu emblématique chargé d’histoire et de souvenirs communs mais sur le fait d’arriver à retranscrire l’esprit et l’âme gravés dans l’inconscient collectif des Tarariens.

La journée portes ouvertes a totalement surpris les acteurs du projet. Pas moins de 2 500 visiteurs se sont empressés pour venir découvrir les nouveaux équipements. Tous saluent le travail scénographique et architectural, le confort des assises, la visibilité quelle que soit la place de référence. Tous confèrent à cette salle l’excellence du rendu acoustique.

Curage et purge globale

L’opération de requalification s’apparente plus à une reconstruction au point que le curage en profondeur laissa apparaître l’enrochement naturel au milieu des quatre murs restants. La parcelle très contrainte présente un dénivelé de plus de 6 m entre l’entrée des décors, rue Radisson, et l’entrée du Caveau, place G.-A. Simonet. Sandrine Roche, de l’atelier d’architecture Archidev, rappelle dans les grandes lignes la teneur du projet : “Le programme prévoyait la requalification du bâtiment existant en le dotant d’un outil scénographique moderne, entièrement redessiné et redimensionné dans l’enveloppe construite existante, avec l’ajout d’extensions latérales dans lesquelles sont créées des liaisons verticales et les locaux d’accueil des artistes et techniciens. Le programme prévoyait la rénovation des deux salles préexistantes”.

Le calendrier s’est déroulé avec une première phase de concours diffusée en 2011, remportée en 2012. Des sondages furent réalisés dans cet intervalle. Le projet, resté en l’état, a été relancé début 2016 avec comme objectif une livraison définitive en octobre 2018. Les infiltrations d’eau en toiture ont fini par avoir raison du plafond de salle qui datait des années 50’ et qui aurait dû être conservé. Le coût de l’opération basé sur un partenariat entre la Ville et l’Agglomération représente 4,5 M€ (HT coûts travaux) soit environ 2 500 €/m2.

Parti pris architectural

L’établissement, avant les années 50’, était un cinématographe parlant converti à l’occasion en salle des fêtes. Le Caveau, qui n’était qu’une cave à vin, deviendra par la suite une salle associative réputée pour ses bals du dimanche après-midi.

Les deux salles n’étaient pas communicantes. Les sorties indépendantes du Théâtre débouchaient sur des escaliers extérieurs.

La première vague de travaux entre 1950 et 1954 comportait l’ajout d’une première épaisseur extérieure venant masquer les alcôves et les balustres années 50’. Le bloc scène et son cadre de petites dimensions desservaient un plateau étriqué sans loges. La serrurerie presque inexistante permettait la mise en œuvre de quelques équipes à mains complétées par des perroquets et des lisses parcellaires.

Le parti pris architectural visait cette fois à redonner au bâti l’allure et le charme des années 50’ en lui apportant une touche de modernité et, dans la mesure du possible, arriver à dégager ou à créer des volumes destinés aux nouveaux équipements.

L’ancienne construction privée de fondation était posée à même l’enrochement. Les parois d’origine n’étant pas suffisamment résistantes, une structure béton autoportée en tabouret a dû être réalisée au-dessus de la grande salle au niveau des combles. Les piliers ancrés sur la roche supportent la dalle destinée aux équipements de chauffage et de traitement de l’air. La situation s’est reportée de manière identique au niveau du Caveau. La paroi du fond de salle a dû être déportée en salle afin de dégager les emplacements destinés aux locaux techniques (TGBT, CTA, stockage).

L’ossature et le plancher séparatif existantentre les deux anciennes salles ne permettaient pas d’atteindre les attendus en termes d’isolement. La double dalle posée sur ressorts antivibratiles valide un des critères déterminant du programme, à savoir l’usage simultané des deux salles sans la moindre contamination.

Le plateau de scène de la grande salle est posé sur le haut de la butte à même l’enrochement. La construction en espaliers dévale la pente naturelle jusqu’au Caveau. Sur la coupe transversale, on remarque très nettement les trémies latérales. Ces élévations empiètent sur un domaine public rendu disponible par un déclassement de la parcelle. Ces deux épaulements de 2 m de largeur englobent la totalité des servitudes. Côté jardin, l’escalier en colimaçon relie sur trois niveaux les galeries dans lesquelles viennent s’intégrer des dégagements, des locaux techniques son et lumière, des locaux de stockage, le bureau des régisseurs et le foyer des techniciens.

L’extension côté cour intègre sur le même principe les dégagements de secours protégés permettant l’évacuation des deux salles, l’ascenseur qui dessert l’ensemble des niveaux, les circulations verticales permettant la distribution des différentes galeries regroupant les loges individuelles et collectives. Le public accède à l’Atrium par le grand escalier et son vestibule. Cette salle des pas perdus intègre un comptoir billetterie et un bar. L’escalier intérieur hélicoïdal redirige le public en direction du foyer haut. Ce dernier est desservi par ses deux sas d’accès au parterre et une porte dérobée permettant un retour en loges.

 

La suite de cet article dans le N°227 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro