Requiem de Mozart à Aix : Une acoustique vivante

Requiem – Photo © Pascal Victor / ArtComPress)

Le Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence est un de ces lieux magnifiques qui donne un charme si particulier à ce festival de musique classique d’exception. Pour la première fois en ces lieux, les passionnés de Mozart que sont Raphaël Pichon et Romeo Castellucci y créent un Requiem de Mozart qui prend ici des allures d’hymne à la vie universel. Entre leur désir d’entendre résonner cette œuvre dans une acoustique d’église et la nécessité évidente de palier au problème d’intelligibilité liée à une mise en scène audacieuse où le chœur se fait ballet, l’ingénieur du son Rémy Bréan propose ici une solution très convaincante qui s’appuie sur une diffusion sonore immersive à la fois discrète et transparente.

L’audace comme crédo

Ce qui n’était au début du Festival en 1948 qu’une petite estrade au milieu d’une cour parsemée de chaises est devenu le Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, avec son gradin métallique de 1 800 places et sa scène agrémentée d’un cadre, d’un abat-son et d’un équipement scénique très complet permettant d’accueillir des productions d’envergure.

Pour Pierre Audi, son nouveau directeur, l’opéra ne doit pas être “un rituel figé, mais un art dynamique, surprenant, qui nous engage, nous fait réfléchir et nous émeut”.

Il s’inscrit dans l’esprit de ce Festival qui s’est toujours voulu audacieux et a constamment cherché à emmener l’opéra au-delà de son cadre figé en invitant de nombreux metteurs en scène à tenter de nouvelles expériences tels que Simon McBurney, Georges Lavaudant ou Pina Bausch par exemple.

Il va de soit qu’avec le metteur en scène italien Romeo Castellucci on devait s’attendre à être surpris avec ce Requiem qui marque par son originalité, en témoigne ce début très moderne où pendant qu’une vieille femme meurt dans sa chambre, comme happée par ses meubles, la télé continue à débiter sa logorrhée sans fond, un chœur de femmes s’élève en un chant divin et fragile tout autour de nous. Le chef de l’ensemble musical Pygmalion a choisi de briser les habitudes en faisant chanter les premières notes dans l’allée gothique, ce grand hall de pierre au plafond bas et vouté, situé sous le gradin. La réverbération y est magnifique.

Il utilise ainsi d’entrée de jeu les possibilités acoustiques propres à un lieu, sa signature acoustique, pour créer une émotion particulière. Dans le prolongement de cette idée, il est intéressant de s’imaginer alors toutes les possibilités que peuvent offrir les technologies actuelles en matière de sonorisation pour maîtriser l’acoustique d’une salle et la remodeler. Loin d’être un simple gadget, cela constitue un véritable élément de dramaturgie.

Une acoustique augmentée

Sans nous attarder sur la magnifique mise en scène de l’artiste italien qui n’hésite pas à bousculer les codes, nous nous intéresserons ici au rôle de la sonorisation qui doit palier au manque d’intelligibilité dû au déplacement du chœur qui chante en exécutant cette chorégraphie de groupe, cette transe irrésistible, évoluant dans un décor fermé propice aux ondes stationnaires et pas idéal pour projeter la voix dans l’enceinte assez peu résonnante qu’est la Cour de l’Archevêché. Et tout cela en s’affranchissant des nuisances sonores dues aux déplacements des danseurs et en respectant l’équilibre acoustique avec l’orchestre situé dans la fosse.

Rompu à ce genre de défi, l’ingénieur du son Rémy Bréan semble avoir trouvé la solution qu’il cherchait depuis très longtemps en associant un multiprocesseur SARA II de chez Astro Spatial Audio, outil de plus en plus répandu témoin d’une évolution spectaculaire de la spatialisation du son en 3D, à un réseau de 70 enceintes colonnes et points sources Fohhn qui associent des qualités sonores à une discrétion visuelle doublée d’une facilité de mise en œuvre bien étudiée et réadaptée parfois par les équipes du Festival très impliquées dans le projet.

Rémy Bréan : La scénographie de Romeo Castellucci s’est avérée en effet un réel défi sur le plan acoustique. Car, dans le souci de s’immerger au mieux dans le contexte sonore d’origine du Requiem (lieu de culte), les paramètres acoustiques du site ont dû être modifiés afin d’en augmenter le taux de réverbération. De plus, les solistes et le chœur chantent parfois dos au public et en fond de scène. Enfin, le chœur est mobile et danse de temps en temps durant les passages chantés, ce qui génère des nuisances sonores émanant du plancher et des trois murs.

Notre objectif premier a été de proposer aux spectateurs et aux artistes un ressenti sonore dénué de toutes distorsions pouvant être générées par les équipements électroniques et de se rapprocher de celui attendu d’une salle naturellement réverbérante.

De plus, et en complément du traitement acoustique “augmenté” de la salle, nous avons pris le parti d’exploiter le dispositif électroacoustique déployé pour y diffuser les sources vocales et instrumentales en mode immersif (spatialisation 3D) plutôt que de se contenir dans un plan de propagation frontal traditionnel.

Quelles étaient les contraintes inhérentes à ce site ?

R. B. : Plusieurs éléments étaient à prendre en compte pour déterminer les équipements électroacoustiques nécessaires :

– La taille de salle est non négligeable et possède une forte ouverture de mur à mur ;

– L’environnement d’écoute est à ciel ouvert sur l’ensemble du gradin et du balcon ;

– L’esthétique du site est à respecter car classé monument historique ;

– La présence d’un balcon relativement profond sur le fond de salle constituant, de fait, un confinement du public placé en-dessous ;

– Les points d’accroche imposés et à partager avec les équipements d’éclairage scénique.

De plus c’était la première foisque la direction technique du Festival, Philippe Delcroix et Josep Maria Folch, se donnait les moyens d’utiliser un principe d’immersion sonore dans le Théâtre de l’Archevêché. Et j’ai voulu que ce processus se construise avec ses équipes, à qui on a transmis l’exploitation du système.

J’ai alors choisi le système de spatialisation 3D SARA II pour les critères suivants :

– Compatibilité avec n’importe quelle marque de haut-parleur ;

– Protocole Dante ;

– Algorithme immersion 3D intégré ;

– Unité de réverbération multicanale intégrée ;

– Très faible latence de traitement et donc exploitable en live.

 

La suite de cet article dans le N°227 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro