La Maison de thé de Lao She : La roue de l’Histoire

Le décor de la roue – Photo © Christophe Raynaud de Lage

Le Festival d’Avignon a invité pour la première fois dans la programmation IN une pièce chinoise, La Maison de thé. Le spectacle répond à la thématique du Festival d’Avignon, “Odyssée”, par le voyage en bateau de six tonnes de métal pendant quarante jours afin de construire une scénographie monumentale sur la scène de l’Opéra Confluence en Avignon. Un décor rappelant les constructivistes russes ou les scénographies de Michel Launay dans les mises en scène de Victor Garcia. Ici, la mise en scène de Meng Jinghui et la scénographie de Wu Zhang bouleversent la vision traditionnelle du théâtre chinois.

La Maison de thé de Lao She est une œuvre majeure du théâtre contemporain chinois publiée en 1956. Lao She est considéré comme l’auteur du “petit peuple de Pékin” avec un langage populaire. Il a été l’une des premières victimes de la Révolution culturelle et meurt en 1966, officiellement une noyade suicidaire. La pièce raconte l’histoire de la maison de thé Yutai à travers trois grandes périodes de l’histoire de la Chine et trois générations : 1898 sous la Chine Impériale après l’échec de la Réforme des Cent Jours, puis sous la République vingt ans plus tard où la guerre civile éclate et enfin, en 1945, après la Seconde Guerre mondiale et la fin de l’Occupation japonaise. En Chine, les maisons de thé sont des lieux traditionnels et socialement importants, espace de rassemblement et d’échange où on retrouve un condensé de la société chinoise. La première mise en scène de cette pièce, la référence devenue mythique, est celle du maître Jiao Juyin en 1958. À chacune de ses représentations en Chine, les théâtres affichent complets.

Le metteur en scène Meng Jinghui, fondateur du Meng Theatre Studio et directeur du Théâtre du Nid d’abeille à Pékin ainsi que de plusieurs festivals en Chine, s’est donc attaqué à un monument du théâtre chinois. Avec son dramaturge allemand Sebastian Kaiser, il présente une relecture et une adaptation, empruntant des références à Dostoïevski ou à Brecht et avec la participation du groupe rock et électro Nova Heart. Des scènes d’improvisation ponctuent la pièce, créant un théâtre dans le théâtre. Le travail sur la pièce a démarré en février 2018 pour une première à Pékin le 18 octobre 2018. “Quinze jours avant la première, j’ai décidé d’enlever une heure, passant de quatre heures à trois heures de présentation”, explique Meng Jinghui. En Avignon, la pièce durait trois heures sans entracte. Les soixante personnages de différentes classes sociales sont représentés ici par dix-neuf comédiens avec une énergie hors du commun. “La ligne rouge est le personnage principal, son destin et sa douleur. Les comédiens ont aussi eu la liberté de proposer leur propre texte à travers des improvisations. Ils pouvaient raconter leur propre vie.”

Pour le scénographe Wu Zhang, La Maison de thé est le meilleur texte dramatique depuis que le théâtre contemporain a été introduit en 1907 en Chine, via le Japon. Il n’y avait jusqu’alors que du théâtre parlé. Enseignant à l’École de théâtre de Pékin, il fait travailler chaque année ses étudiants sur cette pièce. “Donc, avant même de commencer à travailler sur la création, j’avais plein d’idées.”

 

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