Grand Théâtre de Genève : Un travail d’orfèvre

Il aura fallu trois ans au Grand Théâtre de Genève pour rouvrir ses portes. Trois années de travaux durant lesquelles l’art lyrique s’était transporté place des Nations, à deux pas du siège européen de l’ONU, dans une construction boisée éphémère venue tout droit de Paris. Le théâtre éphémère s’était glissé entre la double colonnade de la Galerie d’Orléans au Palais Royal pour accueillir, le temps d’une rénovation, les spectacles de la Comédie-Française (voir AS 181). Dessiné par Jacques-Élysée Goss et ouvert en 1879, le Grand Théâtre de la Place de Neuve n’avait pas subi de transformations depuis un dramatique incendie survenu en 1951. Le voici flambant neuf. Entretien avec François Dulon, architecte.

Façade – Photo © Fabien Bergerat

Évolutions

C’est pendant la préparation d’un effet pyrotechnique prévu dans le dernier acte de La Walkyrie que le feu avait ravagé l’édifice. C’était en 1951. Seuls les foyers, la bibliothèque et les façades avaient pu être préservés. En 1962, la nouvelle salle renaissait dans un style très différent du bâtiment d’origine. Tout avait été recouvert et le plafond de la salle en palissandre se voyait coiffé d’une sublime voie lactée dessinée par Jacek Stryjenski. Le soir du 12 février 2019, le Grand Théâtre retrouvait l’esprit XIXdans ses foyers, accueillait de nouveaux espaces de répétition et conjurait le sort avec la première de Das Rheingold de Wagner où une scène comportait un clin d’œil à l’incendie de 1951. Trois objectifs ont présidé au déroulement de cette rénovation : la création de nouveaux espaces, la restauration du patrimoine et la mise aux normes de sécurité. Mené par la Ville de Genève, plus précisément le Département des constructions et de l’aménagement présidé par Rémi Pagani, le chantier de rénovation a été effectué par les architectes François Dulon (Bureau March) et Danilo Ceccarini (Linea) et suivi par la société Béric (direction). L’exemplarité du chantier tient dans l’intervention d’un nombre conséquent d’artisans d’art : brodeurs, stucateurs, doreurs, peintres, sculpteurs, … “Le chantier a été subdivisé en sept parties d’ouvrage et en huit chantiers simultanés.”

Extensions

La création d’espaces supplémentaires s’est imposée au moment du programme en raison de l’augmentation croissante des collaborateurs du Grand Théâtre. L’agrandissement a eu lieu en sous-sol, par excavation sur les côtés du bâtiment et principalement sous le boulevard du Théâtre, en prolongement des deux niveaux inférieurs déjà̀ existants. Un bar public et une nouvelle cafétéria permettent au personnel et aux artistes de se restaurer. L’extension souterraine comprend trois salles de répétition. L’aménagement sous toiture d’une salle de réunion permet une réorganisation des bureaux et des salles de maquillage, costumes et répétitions pour les chœurs. Le Théâtre aura ainsi gagné 800 men sous-sol et 200 msous toiture. “Il a fallu réfléchir à augmenter les surfaces dans un bâtiment existant. Nous avons créé des espaces supplémentaires sous le boulevard du Théâtre, avons étendu le bâtiment sur les parties latérales au niveau du sous-sol. L’enjeu était de créer de la lumière, d’où l’existence de ces dalles de verre qui nous ont permis d’intégrer la lumière naturelle. Elles sont positionnées le long des circulations, de l’entrée des artistes à la cafétéria du personnel.” Les salles de répétition sont ponctuées de lumière en sous-sol. L’effet est saisissant et amusant, on voit les pieds des passants valser au-dessus de nos têtes. “Les biais sont le résultat d’un besoin acoustique qui nécessitait que les surfaces ne soient pas parallèles afin d’éviter la rétractation des fréquences. Eckhard Kahle a établi des principes de construction pour apporter un maximum d’efficacité en termes acoustique. Dans ces salles tout est suspendu, les différentes couches permettent d’absorber et de restituer. Des panneaux absorbants mobiles permettent de faire fluctuer l’arrivée des sons, les plafonds sont traités.” De l’autre côté, une nouvelle extension a été créée. Cela a permis de sortir les pompes à chaleur. “Elles ne pouvaient pas trouver place dans le bâtiment. Rue François Diday, des plates-formes élévatrices servent à porter les camions sur scène ou à se mettre à niveau des ridelles. Elles peuvent monter simultanément ou de façon dissociée. Le but étant de faciliter l’acheminement des décors sur cette scène qui est une des plus grandes d’Europe.” Au-dessus du plafond de la salle, une nouvelle extension a été créée, une salle de réunion destinée au conseil de fondation. Celle-ci peut accueillir jusqu’à cinquante personnes. “Nous avons détruit les parties latérales de la toiture, installé des poutres triangulées qui traversent le bâtiment et qui ont permis de suspendre les techniques, la salle et les gaines de ventilation. C’est le troisième élément d’ajout d’espace.”

 

La suite de cet article dans le N°227 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro