Construis-moi un opéra en bois

Vue d’ensemble sur l’espace scénique – Photo © Patrice Morel

La scène se passe en Avignon en juillet 2016. À la demande de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon, désireuse de rafraîchir son Opéra historique, l’agence avignonnaise DE-SO, architectes urbanistes, a planché sur l’idée d’un opéra démontable en bois. Architecture éphémère, l’Opéra Confluence (c’est ainsi qu’il est désormais nommé) épate par son efficacité. En une petite année, le parking faisant face à la gare TGV d’Avignon a vu naître une enveloppe démontable pensée pour accueillir 950 spectateurs. Budget réduit et temps record, l’équipe d’architectes retenue en septembre 2016 a livré un bâtiment en novembre 2017. Rencontre avec Sandrine Charvet, architecte.

Chantier éclair

En à peine plus d’un an, l’agence a dû réaliser les études, lancer les consultations ERP, obtenir les permis de construire et livrer le bâtiment. L’idée a été empruntée à Liège où les travaux de restauration avaient nécessité l’installation d’un chapiteau planté sur le site de Bavière, venu lui-même d’Italie au moment où La Fenice se refaisait une beauté. Il y avait aussi le théâtre éphémère de la Comédie-Française… Bref, les exemples ne manquaient pas où les opéras ne pouvaient supporter une, deux ou trois saisons de fermeture pour rafraîchir leurs vieilles carcasses. En Avignon, la férocité du mistral pouvant souffler jusqu’à 130 km/h a immédiatement clos la possibilité d’implanter un chapiteau, la législation française n’autorisant la tenue de spectacle sous tente au-delà de 90 km/h. Le risque élevé de vents violents a d’emblée exclu la toile. “Le mistral a été une contrainte forte. Outre la question de la résistance s’ajoutait également celle du bruit généré par le vent. Au regard des contraintes techniques, la Communauté d’agglomération a décidé de lancer un appel d’offres avec pour objectif la construction d’un bâtiment dont la spécificité était d’être entièrement démontable.” Construire un bâtiment entièrement démontable en “dur” capable d’intégrer des équipements scéniques arrivés de Liège. À défaut de pouvoir acheter l’ensemble, des containers contenant fauteuils, gril, cadre de scène ont été inventoriés à Liège pour être acheminés en Avignon. À partir du gabarit minimum donné par ces éléments (emprise de la tribune, hauteur du gril, dégagements, accès, …) et au regard du budget (1,8 M €), l’équipe d’architectes a fait le choix radical de tout miser sur la salle. “Lorsque nous avons eu connaissance du budget, qui est celui d’un hangar, nous avons décidé de destiner l’ensemble du budget sur la salle. Cela a été notre principe de base. Nous l’avons validé avec les services de l’Opéra et le maître d’ouvrage. Nous avions prévu un foyer dans notre programme, celui-ci est sorti du projet au profit d’une optimisation de la salle. Les locaux d’accueil des artistes (loges, accès) se sont transformés en un ensemble de bungalows modulaires (de type Algeco) de même que le foyer d’accueil des artistes s’est lui aussi mué en bungalows sous canopée.”

 

La suite de cet article dans le N°226 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro