Vers plus de vert à la Kulturfabrik

L’entrée de la Kulturfabrik – Photo © François Delotte

La friche culturelle luxembourgeoise s’est investie depuis une dizaine d’années dans une politique visant à réduire les impacts de ses activités sur l’environnement. Elle est établie à Esch-sur-Alzette – désignée pour être capitale européenne de la Culture en 2022 – et à proximité de la nouvelle université du Luxembourg. Le Centre culturel devrait s’appuyer sur ce contexte favorable pour poursuivre son évolution.

Métal et béton. Les restes d’une impressionnante usine sidérurgique et de ses hauts-fourneaux voisinent la Kulturfabrik. Ce Centre culturel pluridisciplinaire luxembourgeois s’inscrit dans un décor post-industriel à mille lieues des banques et du monde de la finance de la capitale. L’établissement d’Esch-sur-Alzette – principale ville du bassin minier des “Terres rouges” – est devenu un acteur emblématique du pays en matière de création artistique contemporaine. En phase avec les enjeux de son époque, il affiche également une politique volontariste concernant le développement durable.

Installée dans d’anciens abattoirs fermés à la fin des années 70’, la Kulturfabrik est en prise directe avec le passé ouvrier du territoire. Territoire qui, après la déprise des dernières décennies, connaît aujourd’hui un formidable renouveau grâce à la création de la nouvelle université de Belval et ses centres de recherche, toute proche. Esch-sur-Alzette sera également capitale européenne de la Culture en 2022. Et la “KuFa”, comme on l’appelle ici familièrement, pourrait aussi devenir un des lieux phare de cette année pas comme les autres pour la Ville.

Une rénovation “douce”

En attendant, le lieu s’appuie sur les acquis hérités d’une histoire riche. “C’est un endroit important pour le pays car les personnes qui ont œuvré pour le théâtre ou le cinéma au Luxembourg sont passées par là. C’est par exemple le cas des fondateurs de la société de production Samsa films, qui présente souvent des films à Cannes, ou de Frank Feitler, l’ancien directeur du Théâtre de Luxembourg”, indique René Penning, directeur administratif de la KuFa, présent dans ces murs depuis les origines. “Avant que Luxembourg soit désigné capitale européenne de la Culture, en 1995, la Kulturfabrik était le seul lieu alternatif du pays”, poursuit-il. Au début des années 80’, les 4 700 m2répartis sur trois bâtiments sont alors occupés par des squatteurs, artistes en tout genre : musiciens, plasticiens, acteurs, … Une scène punk hardcoreet blues s’épanouit dans le cadre de concerts organisés dans des conditions de sécurité bien loin des normes en vigueur. “Les groupes jouaient parfois dans les greniers devant 200 personnes, et ce sans sortie de secours”, se souvient René Penning. La friche culturelle, investie illégalement, fait inévitablement l’objet d’avis d’expulsion. “Tout cela n’était pas très bien vu par la commune. Les artistes ont lutté pour la conserver. Ils ont protesté dans la rue ou même occupé le Théâtre de la Ville.” Des mobilisations qui amènent aussi la KuFa à se structurer et à gagner en reconnaissance de la part des acteurs publics. En 1983, une asbl (association sans but lucratif) est créée, permettant notamment au collectif d’organiser officiellement des événements. Mais il faut attendre la première moitié des années 90’ pour rassembler les différentes parties prenantes du projet et le mener à une certaine institutionnalisation. La Kulturfabrik reçoit le soutien de la ministre de la Culture de l’époque, membre du parti conservateur, Erna Hennicot-Schoepges. De l’aveu même de René Penning, “c’est elle qui a dynamisé les choses et qui a mis les gens autour de la table”. Un accord est trouvé pour des travaux de rénovation qui ont lieu entre 1995 et 1998 sous la direction de l’architecte Jim Clemes. Le complexe, composé d’un grand bâtiment en “u” avec un îlot central, était alors en mauvais état. Le budget est limité et le maître d’œuvre opte pour une intervention douce et efficace, en prenant en charge le plus urgent : remplacement des toitures, isolation, … Cette rénovation “douce”, si elle ne correspond évidemment pas aux standards écologiques actuels, a l’avantage de préserver l’esprit des lieux en conservant des témoignages de l’ancienne destination de l’édifice (crochet pour suspendre les animaux, fours, …). Une économie de moyen qui valorise aussi des éléments architecturaux d’origine : jeux de colonnes métalliques ou en béton, carrelage, charpentes, vastes ouvertures, …

Un établissement polyvalent

Dès l’entrée, la Kulturfabrik s’affirme comme un lieu de vie ouvert sur la Ville. Le visiteur trouve une grande brasserie dans l’aile droite des anciens abattoirs. Une vaste pièce conviviale baignée de lumière est rythmée par une série de colonnes carrées et organisée autour d’un bar placé au centre. Derrière, dans le prolongement du restaurant, se trouvent les espaces dédiés à la diffusion de créations. Un ensemble d’abord composé d’une grande salle de spectacle créée par l’architecte dans un bâtiment qui comportait à l’origine au moins deux niveaux. L’un des planchers a été abattu pour pouvoir bénéficier d’une hauteur sous plafond suffisante. Le lieu peut accueillir jusqu’à 850 personnes debout et 270 en configuration assise. La scène propose une ouverture de plateau de 10 m (14 m de mur à mur) pour une profondeur de 6 m. La hauteur sous gril est de 4,80 m. Le tout a été peu remanié. La charpente en bois d’origine a été conservée. La toiture a tout de même été isolée, une mezzanine technique a été créée, les murs et le plafond ont été peints en noir. La salle reçoit tout type de propositions artistiques : théâtre, danse, stand-up et beaucoup de musique amplifiée. De l’aveu des professionnels qui animent la Kulturfabrik, l’acoustique est de qualité. “Le son est très doux, clair et propre” décrit Karim Saoudi, directeur technique. À côté, a été aménagée une petite salle pouvant accueillir des formes plus modestes (250 places debout, 100 assises). Celle-ci donne directement sur la grande salle par l’intermédiaire de doubles portes. Elle fait office de bar les soirs de concert, un imposant zinc ayant été installé dans le sens de la longueur. Derrière se trouvent les loges à la fois composées d’un important salon/salle à manger consacré à la détente et au catering et de pièces pour la préparation et au repos des artistes.

Dans le prolongement des espaces dédiés aux spectacles, un atelier destiné au travail des techniciens et un cinéma ont été créés. Ce dernier fait l’objet d’une programmation de type “art et essai”. “Nous avons un ciné-club. Tous les quinze jours, un film est projeté. Nous collaborons avec des ONG, l’université de Belval, … Nous sommes aussi une salle officielle du Festival du film italien de Villerupt (Meurthe-et-Moselle, France)”, détaille Karim Saoudi. Ce cinéma – qui comprend 70 places – peut également accueillir des conférences et être loué par des associations. En face, le bâtiment central est surtout dédié à des expositions d’art plastique. Un atelier de céramique y a aussi été aménagé. À l’étage, six studios de répétition rappellent le lien privilégié entretenu par la KuFa et la musique.

L’aile gauche de la Kulturfabrik abrite des salles pour le travail des compagnies en résidence. Surtout, au rez-de-chaussée, on croise un chaleureux bistrot appelé le Ratelach (“Le trou à rat”), animé par l’équipe de la KuFa. Ce dernier est équipé d’une petite scène, ce qui permet d’y organiser des concerts. L’avant du bâtiment, qui donne sur la rue, est occupé par les bureaux de l’administration.

 

La suite de cet article dans le N°226 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro