La Quadriennale de Prague : Scénographie et architecture théâtrale

La Quadriennale de Prague a fêté ses cinquante ans. Cette manifestation internationale dédiée à la scénographie et à l’architecture théâtrale réunit tous les quatre ans professionnels et étudiants du monde entier. C’est l’occasion pour chaque pays de se représenter à travers sa vision de la scénographie. Cette année, du 6 au 16 juin, la France, absente depuis 2003, a présenté deux pavillons – Pays et Écoles – sous la direction artistique de Philippe Quesne, scénographe, metteur en scène et directeur du CDN Nanterre-Amandiers. Les thèmes de cette année étaient imagination pour la section “Écoles”, transformation pour la section “Pays et régions”, mémoire pour “Architecture théâtrale”.

Le Palais des expositions de Prague (Vystaviste Praha) – Photo © D. Kumermann

Une confusion terminologique

En 2011, le changement de l’intitulé avait fait débat quand le titre en anglais était devenu “Performance Design and Space”, enlevant le mot scénographie. En français, une traduction directe de l’anglais avait opté pour “Performance et design d’espace”, très éloigné de l’essence même de l’espace scénographique. Cette année, en tchèque, le terme scénographie est toujours présent : “Prazske Quadriennale scenografie”et en français, les traductions varient. Même si l’intitulé devient “La Quadriennale de scénographie et d’architecture théâtrale” sur certains sites, sur celui du ministère de la Culture, on peut encore lire “La Quadriennale de design et d’architecture théâtrale”. La question se pose : pourquoi devions-nous traduire de l’anglais et pas directement du tchèque ? La France est revenue à l’intitulé initial. Cette hésitation terminologique est représentative de certaine proposition des pavillons où, par moment, nous naviguons entre une mauvaise installation d’art contemporain et une absence de pensée scénographique.

Site et organisation

Retour sur le site historique, le Palais des expositions de Prague (Vystaviste Praha) qui, suite à un incendie en 2008, n’avait plus reçu la Quadriennale pendant deux sessions. En 2011, la Quadriennale s’est tenue dans le musée d’art moderne et en 2015 elle avait envahi les bâtiments du centre-ville.

Qu’est-ce qui est le plus important dans cette manifestation ? Nous voulons échanger ensemble et lorsque nous étions en centre-ville il n’y avait aucun espace de rencontre”, explique Marketa Fanova, la directrice artistique. “Nous sommes finalement satisfaits de revenir au Palais des expositions car le hall central permet les rencontres. L’axe de circulation et de la découverte des lieux démarre au début du grand parvis où de nombreuses performances ont lieu, traversant le hall, jusqu’aux fontaines de l’autre côté. Elle permet à la scénographie de se déployer au-delà des pavillons.”

Marketa Fanova, scénographe, est une habituée de ce lieu qu’elle fréquentait avec son père architecte depuis son enfance. Après trois ans aux États-Unis, elle aborde la direction artistique de la Quadriennale avec une ouverture de la scénographie vers différentes formes d’arts visuels.

Nous souhaitions que les pavillons soient le reflet d’un travail d’équipe et pas uniquement d’un artiste, tous les pays n’en ont pas tenu compte.” La règle était la même pour tous c’est-à-dire un carré de 5 m x 5 m. Les propositions très différentes ; chaque pays a envie de se représenter à travers sa propre scénographie.

Entre ludique, participatif et performance, les pavillons proposaient souvent des présentations à des heures précises. La scénographie ayant une relation avec le vivant, la démarche de convier le public à une performance à l’intérieur du pavillon était le choix de nombreux pays. Il fallait être présent à la bonne heure, le reste du temps, le pavillon pouvait être muet et l’invitation aux jeux de rôle avait ses limites.

L’écologie toujours présente

Le thème de l’écologie est très présent et la question des matériaux utilisés dans les décors, à commencer par le Québec qui présentait les œuvres de vingt scénographes aux différentes pratiques, les interrogeant sur leur vision artistique et la place de l’environnement dans leur travail. Le pavillon de Belgique Rien n’est fini tout commence interrogeait la pratique du scénographe à travers les matériaux utilisés. En référence à Andreï Tarkovski, une forêt calcinée, dont seuls les troncs étaient visibles, envahissait l’espace de l’exposition et une chambre noire à l’extérieur était entourée de débris calcinés. Le pavillon taïwanais avec Island Invisible s’articulait autour de la maquette d’un temple taoïste construit sur un monticule de rochers et de sable. Grâce à une application de réalité augmentée, les visiteurs pouvaient visualiser le temple submergé par les eaux, référence aux changements climatiques. L’installation de la Chine était une tour dont la structure était composée des restes des portes et fenêtres d’anciens décors agrémentés par trente téléphones mobiles représentant les œuvres des scénographes contemporains chinois. Le thème était le voyage en train de la délégation chinoise à Prague, il y a vingt-huit ans. La Suisse, avec Artiticial Arcadia : measured and adjustable landscapes, proposait un paysage scénographique performant. L’espace composé de profilés de construction préfigurait la réalisation de nouveaux édifices. Ils étaient couverts d’un tissu blanc, toit étoffe évoquant un paysage montagnard et un téléphérique en hauteur où le public pouvait s’asseoir et regarder sur un écran suspendu en temps réel, la numérisation intégrale de la scène, utilisée de manière métaphorique pour attirer les regards sur l’impact et les modifications que les personnes et l’infrastructure sont susceptibles d’occasionner dans des environnements naturels ; les profilés montaient et descendaient selon l’impact.

Une approche plus politique

À première vue, une lecture plus engagée des pavillons n’était pas très lisible. Si le hasard des tirages au sort avait positionné les États-Unis à côté du Mexique, ni l’un ni l’autre n’avait un quelconque discours politique ! Les USA proposaient une tour transparente où nous pouvions suivre les créations des scénographes sur des tablettes. Le pavillon mexicain était un cabinet de curiosité où le traitement des matériaux était en première ligne.

L’approche de Chypre était plus politique. Status Quo in Mirage était une boîte fermée avec une porte à peine visible pour y pénétrer et découvrir derrière une vitre des chaises vides de chaque côté d’une table en béton qui contenait une vague sans fin. “La vague, celle des immigrants, de la violence, des inondations ou des catastrophes naturelles, vague du terrorisme ou de la montée des extrêmes en Europe. Vague d’angoisse aussi…”, explique la curatrice Marina Malene.

L’Autriche posait la question de l’identité avec Made in Austria, Maide in Austria ? Qu’est-ce être Autrichien ? Chaque jour, une création d’un artiste autrichien était juxtaposée avec un artiste d’origine non autrichienne et les réactions étaient écrites en live. La Catalogne conviait le spectateur autour d’une table. À l’aide de casques et vidéos étaient relatés les six grands conflits sociaux de ces quinze dernières années en Catalogne, souvent répressifs, par la police. Le Brésil avec The body as Space, Territory and its Borders, dénonçait la situation des conflits à travers le corps comme l’espace de la résistance mais aussi de la transformation. Chaque jour, l’équipe présentait une performance avec une lente procession qui traversait les espaces de l’exposition.

Dans un esprit participatif et jeu de rôle, le pavillon tchèque, CAMPQ, conviait le public à un voyage sur une île où des extraterrestres avaient trouvé refuge.

 

La suite de cet article dans le N°226 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro