Comédies musicales : Les costumes font leur show

Une comédie musicale c’est le cinéma qui raconte la danse et toute la richesse qu’il peut lui apporter.” Blanca Li, célèbre chorégraphe espagnole, résume, en cette phrase, l’esprit de cette nouvelle proposition séjournant au Centre national du costume de scène. Celle-ci nous transporte à travers le monde féérique des comédies musicales. Écrite en shows mythiques et déclinée en vitrines, l’exposition Les costumes font leur show rend un hommage vibrant à l’esprit de Broadway sur plus d’un demi-siècle. D’Anything goes à 42nd Street, de Cabaret à Singin’ in the Rain, les habits des plus célèbres pièces s’affichent en version backstage. Secrets de scénographie et de mise en scène sont autant de reflets de la vie en coulisses de ces pièces cultes.

The Sound of Music, Salle 11 – Photo © Jean-Marc Teissonnier

Welcome to Broadway

Comme toujours au CNCS, contraint par son architecture, le parcours se dessine en vitrines. Chaque vitrine affiche une comédie musicale. À l’intérieur, se dévoilent les décors de musicals populaires montés sur châssis bois. Sur le côté, les portfolios des costumiers contiennent les maquettes des costumes. Atmosphère joviale et lumineuse, l’univers de Broadway est parfaitement recréé, à commencer par un accueil fléché à l’ampoule en haut de l’escalier monumental. Le ton est donné. À l’extrémité de chaque couloir, des scènes reconstituées et des extraits de spectacles : Grease, Notre-Dame de Paris,Les Misérables, … et la totalité d’un théâtre au cadre de scène lumineux pour révéler le célèbre numéro de claquette de 42nd Street dans la dernière salle, espace transformable où les scénographes ont coutume de finir avec éclat. Ce qui impressionne dans ce parcours, c’est la durée de vie de chacun des spectacles, des mois, des années à l’affiche pour certains. Des récits portés et chantés dans des temps de vie rude, tel Anything goes en 1932 (histoire d’amour entre Reno Sweeney, chanteuse barmaid, et Billy Crocker rencontré sur un bateau transatlantique) qui, en pleine Grande Dépression, a réussi à apporter du baume au cœur aux Américains. Les titres sont devenus des standards. Les pièces (près de 100 costumes) proviennent majoritairement du Théâtre du Châtelet où la programmation de l’ancien directeur Jean-Luc Choplin, nouveau président du CNCS, a remis au goût du jour des œuvres mythiques et méconnues en France. Défilé d’étoffes chatoyantes et étincelantes, les costumes empruntent au music-hall et au cabaret les chapeaux, éventails, paillettes, plumes et strass. Et il s’agit d’être subtil dans la conception, car au-delà d’être signifiants, les costumes doivent permettre aux corps de s’exprimer librement, et les créateurs doivent veiller à ne pas entraver danse et numéros de claquettes. Le nombre conséquent de représentations induit également une dimension particulière à la gestion des costumes. Nombre d’entre eux sont refaits si les changements de distribution le nécessitent ou repris à force d’usure.

Une entrée animale

Commençons par une entrée féline dans ce fabuleux univers avec des costumes au style incomparable sortis tout droit de Cats, cette comédie musicale emblématique datant de 1981. La particularité de ces costumes vient du fait qu’ils ne peuvent être dissociés du maquillage et de la chorégraphie. Parmi eux, le costume de Old Gumbie Cat composé d’un grand manteau en lainage et tricot marron, noir et beige avec montage de baleine afin de créer du volume, d’un chapeau assorti avec oreilles de chat et de chaussons en tricot retient l’attention. Cette entrée enchante. Elle conditionne le regard pour la suite de l’exposition. Dans Cats, les costumes tiennent une place essentielle, comme toujours dans les fééries animales, car ils permettent la personnification et l’identification. Ils deviennent partie intégrante du décor. Cette spécificité se retrouve dans le costume du loup d’Into the Woods aux longs poils marron et aux griffes impressionnantes. Le masque aux yeux noirs profonds serti de strass accentue le côté effrayant du personnage. Cats a été joué à Broadway pendant dix-huit ans sans interruption. Les costumes de John Napier ne peuvent être dissociés des maquillages de Candace Carell et du travail chorégraphique de Gillian Lynne. Les attitudes des chats, sublimés par des académiques moulants peints à la main, dessinent leur caractère.

Made in France

En 1980, Les Misérables permet à la France de s’ériger dans le monde des comédies musicales avec des costumes provenant du XIXesiècle. Nous voici dans le siècle des Romantiques avec la sublime robe de mariée de Cosetteen satin et tulle, dont la taille est marquée par une ceinture en soie avec nœud. L’uniforme de Javert nous inscrit dans un décor napoléonien. Et le célèbre costume de Gavroche, casquette en toile de coton teint gris, marque durablement les esprits. Le voyage dans le siècle des Lumières se poursuit avec les costumes de Notre-Dame de Paris. Ceux-ci sont moins nobles car cousus en patchwork ou nervurés de façon rapiécée comme pour le costume d’Esmeralda ou celui de Quasimodo. Ils ne reflètent pas la mode d’une seule et unique époque. Ils sont intemporels. Vient alors une des dernières productions du Théâtre du Châtelet, Les Parapluies de Cherbourg d’après le film de 1964, une ultime apparition sur scène de Michel Legrand. Et Madame Emery, incarnée par Nathalie Dessay, avec une robe rouge simple mais efficace. Les costumes de Vanessa Seward sont inspirés des années 50’ sans être totalement anachroniques avec l’époque actuelle. Ils s’inspirent aussi des décors conçus par Sempé dont on retrouve le trait dans certaines pièces, comme dans le trench du personnage de Geneviève qu’elle a souligné de noir.

 

La suite de cet article dans le N°225 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro