Scénographies patrimoniales – Trois en un : la Nef, le Carré et le Grand Auditorium

Espace orchestral – Photo © Patrice Morel

C’est le lieu de tous les paris. Un programme sans concession relevé par une équipe de maîtrise d’œuvre qui a su lier charme et modernité. Jean-Paul Lamoureux, acousticien de tous les possibles, a su transposer la réverbération naturelle d’une ancienne chapelle à celle d’un lieu d’exposition et de séminaires. Il parachève cette performance avec la construction de la nouvelle extension et de son auditorium érigé au-dessus de la deuxième ligne du métro à plus de 18 m sous terre.

Préambule

La maîtrise industrielle a dû faire face à des préconisations antagonistes dont les arbitrages ont, par certains égards, permis d’établir des compromis sans pour autant altérer les performances. D’un point de vue constructif, on trouve cette jolie Nef où se conjuguent toutes les contraintes liées à la réhabilitation d’un monument historique. L’espace se présente à la manière d’une boîte à chaussures posée sur la tranche. Doté d’une volumétrie au-delà des espérances, l’outil se destinait principalement à recevoir des conférences ou des expositions temporaires. L’exigence en termes de réverbération imposait un temps compris de 0,9 s à 1 s.

Le Carré s’intercale en sous-sol entre le jardin du Cloître en RDC et la dalle refermant les espaces techniques du niveau R-3. Ses caractéristiques dimensionnelles et sa géométrique en font a priori l’espace le plus difficile à maîtriser sur le plan acoustique.

L’Auditorium arrive aux limites de l’enfouissement autorisé par le règlement de sécurité incendie, soit – 18 m. L’altimétrie et la jauge se heurtent aux préconisations acoustiques (conque, plenum, dalles sur ressorts, …) et à la détermination des éléments scénographiques indispensables (passerelles, dessous, gril de scène, …). La présence de l’Orchestre de Bretagne s’est rapidement imposée aux préconisations initiales du programme. La nouvelle projection tenait dans le fait d’arriver à produire, dans un volume inférieur à 6 000 m3, un rendu orchestral avec un temps de réverbération d’au moins 1,6 s. Les réservations nécessaires à la construction du plenum de soufflage ne devaient engager en aucune mesure la réduction de la jauge ou de la volumétrie. La MŒ connaissait les difficultés inhérentes dans la mise en œuvre d’une conque acoustique démontable et surtout les difficultés d’en assurer le stockage. L’arbitrage aura conduit finalement à opter pour la construction d’une conque acoustique fixe équipée de volets de variabilité acoustique. Cet ensemble figé ne réglait en rien les contraintes scénographiques comme la suppression de la passerelle de face et l’absence de coulisses du côté cour.

La Nef

– Acoustique d’ensemble

Le volume de grande hauteur surprend par sa précision. L’écoute prend appui sur un temps de réverbération bien maîtrisé sans produire la moindre réflexion parasite. Le plateau de scène de dimension réduite limite la taille des formations pouvant être accueillies. Le rideau de fond de scène amortit parfaitement les ondes arrières dues au système de diffusion sonore.

Le risque de contamination par la dalle était pratiquement inexistant. L’enjeu tenait surtout la détermination du nouveau complexe de toiture. Sans que rien ne puisse paraître en termes de rendus, la complexe de toiture intègre un système viscoélastique performant permettant d’éviter toute contamination même en cas de fortes précipitations.

Le traitement absorbant en paroi est pratiquement invisible à l’œil nu. Plusieurs couches d’enduits poreux recouvrent sans distinction les revêtements absorbants et les zones non traitées. On a une continuité de matériaux sans avoir de continuité en termes de propriétés acoustiques. La diffusion est obtenue par la juxtaposition successive de surfaces absorbantes et réfléchissantes. Cette alternance de traitement recouvre le mur du lointain et, de manière plus aléatoire, les parois latérales jusqu’en parties hautes. La paroi de fond de salle reçoit un traitement en laine minérale refermée par un plaquage bois micro-perforé. Les parois latérales traitées en trompe-l’œil conviennent parfaitement aux projections vidéo.

Dispositif scénique

Les préconisations liées aux contraintes de réhabilitation imposaient la mise en œuvre d’équipements démontables, reconfigurables, livrés sans gril ni passerelle. Les sous-ensembles motorisés, comprenant les palans de levage et leurs chariots de translation, circulent sur deux rails longitudinaux fixés par des étriers à la charpente historique. Des cales de rupture ont été insérées dans la course du coulissement qui totalise près de 50 m. Ces arrêts délimitent en quelque sorte la zone réservée à la scène de celle réservée à la salle. Le montage de structures peut être organisé en ponts ou en truss, la seconde configuration étant plus impactante d’un point de vue esthétique. La scène forme un ensemble motorisé sur une table élévatrice mue par des vérins de poussée Spiralift. La hauteur est réglable par pas de 20 cm jusqu’à 1 m. Les réserves aménagées en périphérie du plancher sont destinées à la mise en place des garde-corps réglementaires.

– Diffusion sonore

Le programme prévoyait un kit de base à la fois compact et discret composé de 2 grappes de 6 enceintes et de 4 renforts de graves. Le nouveau système Meyer Sound LINA, tout juste paru au catalogue, a pu être proposé en remplacement des modèles initialement prévus Meyer Sound MINA et M1D-Sub. Le système Meyer Sound CAL 96 en place au Grand Auditorium pouvant s’avérer insuffisant en termes de pression serait remplacé ponctuellement par le système de diffusion de la Nef. Dans cette expectative, un avenant a dû être acté afin d’élargir la couverture du système. En termes d’utilisation, il devenait indispensable d’adjoindre 4 enceintes Meyer Sound LINA supplémentaires au kit de base. Pour la même raison, les renforts de graves initialement prévus au marché d’équipement se sont vus supplantés par des modèles plus puissants de type Meyer Sound 750-LFC. Tous les produits proposés devaient impérativement être pilotés à partir des réseaux audionumériques DANTE présents dans l’ensemble des salles de diffusion.

 

La suite de cet article dans le N°225 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro