Le Couvent des Jacobins à Rennes : Une prouesse architecturale

Le Grand Auditorium, vue générale en salle – Photo © Patrice Morel

Imaginer un centre de congrès dans un couvent, cela pourrait paraître incongru. Comment, dans des espaces étroits qui caractérisent l’espace d’un couvent, peut-on implanter des auditoriums, des vastes espaces pour des expositions et diverses manifestations, organiser les flux les plus complexes ? C’est le défi qu’a relevé le Centre des congrès de Rennes Métropole dans le Couvent des Jacobins implanté en centre-ville, place Sainte-Anne, avec un exploit architectural et technique. Le lieu est régi par la SPL Destination Rennes et sert aussi à l’Orchestre symphonique de Bretagne. Le couvent restructuré est restitué à l’espace public, un ouvrage important est rapporté en sous-sol et un nouveau volume construit.

Historique et contemporain

L’histoire du Couvent des Jacobins est directement liée à celle de la Bretagne. La première pierre du Couvent des Jacobins est posée en 1367 par Jean le Vaillant, seul Duc de Bretagne. C’est le lieu de la signature du traité qui met fin à la guerre entre la Bretagne et la France en 1491 ainsi que des fiançailles d’Anne de Bretagne avec le Roi Charles VIII.

La décision de construire un Centre de congrès à Rennes a été prise en 2007 et c’est en 2009 que le Couvent des Jacobins, classé monument historique en 1991, a été choisi pour son aménagement. Au terme d’un concours international, en 2010, Jean Guervilly a été retenu pour la maîtrise d’œuvre – associé à David Cras et François Mauffret – ainsi qu’à Alain-Charles Perrot, architecte en chef des Monuments Historiques. La scénographie est confiée à Architecture & Technique. De novembre 2011 à juin 2013, une campagne de fouille a été menée par l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) avant le démarrage d’un chantier avec de lourds travaux en 2013.

Le programme était ambitieux. 15 000 mavec des exigences techniques et acoustiques importantes, notamment par l’Orchestre régional de Bretagne qui donnera des concerts dans l’Auditorium. 4 000 m2d’exposition, 25 salles de commissions de 40 à 400 places, une grande terrasse avec une vue panoramique, le jardin du Cloître, des auditoriums de 1 000 et 400 places, et une salle de 500 places à plat ont été aménagés. La réflexion sur les flux était primordiale puisque toutes ces salles doivent pouvoir fonctionner ensemble ou de manière autonome. Le Centre a été inauguré le 10 janvier 2018.

L’architecture en lévitation

C’était une prouesse architecturale et logistique du chantier que de creuser à plus de 17 m pour installer de nouveaux volumes sous le monument historique et de mener ce chantier dans un secteur urbain très contraint.

Puisqu’il n’était pas possible de trouver les surfaces nécessaires dans le Couvent, il a fallu creuser sous le monument historique et c’est là toute l’originalité du projet d’avoir réussi à reposer le monument historique sur une structure provisoire, avant de le déposer sur ses appuis définitifs et de créer de nouveaux volumes. La volonté architecturale était de trouver un dialogue naturel entre la partie historique et la partie contemporaine par la fluidité des enchaînements d’espaces.

Pour créer l’extension nécessaire, le Couvent a été posé sur 143 micropieux de 14 m de hauteur et 18 pieux en périphérie. Après le retrait des fondations provisoires, 9 poutres reconstituées, soudées, mesurant jusqu’à 36 m et destinées à constituer le plafond du Grand Auditorium, ont été installées. Sous l’assiette d’une partie de l’église, de la tour-clocher et des chapelles adjacentes, une salle de 500 places est aménagée. Les sols ont retrouvé leur niveau d’origine. Le jardin du Cloître, recréé, est devenu un espace public. Un nouveau bâtiment en bardage aluminium intègre le Couvent pour répondre à l’ensemble du programme demandé. Ainsi, entre le volume enchâssé et le volume émergent, l’ensemble des surfaces attendues a été retrouvé.

Enchaînements d’espaces fluides

L’entrée s’effectue par la place Sainte-Anne. L’accueil est aménagé à l’intérieur du clocher, une boîte dans la boîte. Une deuxième entrée sur la rue de l’Échange est possible selon les affluences publiques. Une tour signal en tôle d’aluminium perforée, de 25 m de haut et de 60 m2, éclairée la nuit, est constituée de 39 000 LEDs, formant un écran invisible lorsqu’elle est éteinte de 7 m de haut sur 3 m de large. La luminance est réglée par des gradateurs et capteurs qui mesurent l’intensité de la luminosité ambiante.

Un atrium crée la liaison entre l’ancienne et la nouvelle construction. Bien ventilé, l’atrium ne souffre pas d’effet de surchauffe. Il trouve sa continuité vers la halle 0 de 753 m2, grande salle d’exposition, et un accès direct vers l’ancien réfectoire de 200 m2qui sert pour des expositions comme pour des dîners ou cocktails. Une fois ouverte sur l’atrium, cette salle devient une continuité des espaces d’exposition et en relation avec la galerie sud du Cloître, seul espace autour du Cloître où il est possible d’installer des stands d’exposition. Ainsi, sur le même plateau, existent des univers et des échelles différents où les manifestations peuvent prendre place. Un grand office pour le traiteur est situé derrière la halle avec un accès immédiat sur l’aire de livraison. On retrouve à l’étage le même grand office desservi par un monte-charge dans l’angle de l’ancien bâtiment.

Au R+1, la halle 1 est de 720 mavec une vue sur le vide de l’atrium. Totalement vitrée, des lamelles en façade permettent mécaniquement le contrôle de l’ensoleillement de la salle. Au R+2, les salles ouvrent sur une belle terrasse avec une vue sur la ville.

Les salles de commission, un enchaînement de petites salles, sont réparties sur trois niveaux et entourent le jardin du Cloître, accessible par les déambulations.

 

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