Alexandre Lebrun : Enfant prodige lumière

Space Echo d’Étienne de Crécy. Création lumière d’Alexandre Lebrun – LightLab

Les accidents. Voilà comment naissent les belles rencontres. Assister de manière hasardeuse au concert d’Étienne de Crécy (Space Echo) à la Philharmonie de Paris, salle comble, et être saisie par l’époustouflante qualité de la création lumière. Entrée aux stroboscopes puis grande valse de panneaux LEDs savamment programmés pour un crescendo sensible et inspiré, sur une même ligne esthétique minimale. Chercher qui a conçu cette merveille et arriver jusqu’à Alexandre Lebrun et LightLab. Parcours inédit, garçon brillant, précis et humble. What else ?

Autodidacte

Maîtrise de science économique en poche, Alexandre Lebrun découvre la vie (sa vie) en commençant comme roadchez Magnum. Le hasard de la vie, un mélange de circonstances. “C’était un moment particulier de ma vie, l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie. J’ai découvert ici un milieu professionnel qui me convenait parfaitement. J’étais un jeune homme et je me suis senti à l’aise dans ce métier. Rapidement, j’ai eu accès à de grosses opérations, des voyages, … Puis j’ai travaillé sur de très gros plateaux de tous types télévision, shows, …  J’ai appris ce métier ainsi.” Autodidacte, travailleur forcené et exigeant, les compétences acquises l’amènent vite à se déplacer dans le monde entier. “À l’époque, lorsque j’ai commencé, il n’y avait pas autant de prestataires de services, il y en avait peu à l’étranger et même peu dans mon domaine en France. Nous allions vite à l’étranger pour des plateaux immenses. J’ai travaillé en l’an 2000 pour Jean-Michel Jarre dans Les Pyramides. Les choses changent. Aujourd’hui, partout dans le monde, il existe des prestataires de services capables de faire fonctionner des gros systèmes avec des équipes techniques compétentes, ce n’était pas le cas avant. En Chine, il existe désormais des universités de lighting designavec de gros moyens et de nombreux étudiants…”  À force de confiance, il développe un parallèle à son activité de technicien dans l’événementiel et s’ouvre à la danse, au théâtre, au concert. Touche à tout vif et intelligent, il est repéré par des directeurs de production. “En 2008, ça marchait bien pour moi, je travaillais avec des gens comme Enzo Enzo, Richard Bohringer et je faisais en parallèle de l’événementiel. J’étais à mi-parcours, je trouvais que j’étais limité sur le plan artistique, j’avais énormément de travail et je ne parvenais pas à travailler véritablement en équipe. C’est à ce moment qu’a germé l’idée de créer un studio lumière.” C’est l’acte de naissance de LightLab, studio lumière.

LightLab

Fruit de son travail et fusion de ses désirs, LightLab naît en 2008 avec pour ambition de créer un studio lumière au service du liveet de l’événementiel. “Cela n’existait pas en France. En dehors du domaine de l’architecture, que je ne connais pas du tout.” Sa volonté est alors, armé d’une solide expérience technique, d’orienter cette agence vers la créativité. Il crée des luminaires, imagine en fabriquer et les éditer, pense à mettre sur pieds une galerie totalement dédiée aux artistes lumière, prévoit de créer des installations artistiques autour de la lumière, se rêve entouré de gens talentueux et d’amis avec lesquels il voulait travailler depuis longtemps. “Créer LightLab m’a permis de développer énormément de choses, même si ce n’est pas réellement ce pourquoi je l’ai créée !”, sourit-il. Le succès à l’international, la rencontre avec le monde de la mode lui ouvre le regard sur l’aspect conceptuel et scénographique des projets, domaines qui l’intéressent aujourd’hui. LightLab ouvre une agence à Londres et Alexandre parfait son expérience aux côtés d’Hedi Slimane au moment même où il rejoint la maison Saint-Laurent. “Le vrai déclic, l’attention portée à la scénographie, intervient au moment de la rencontre avec Hedi Slimane. Le point de départ a été celui-ci. Il a souhaité travailler avec des gens en dehors du milieu de la mode. Il a constitué son équipe ainsi. À partir du deuxième défilé, son idée était qu’il fallait penser les défilés comme une œuvre, une installation à part entière.” Il médite sur la possibilité de transposer son désir de conception et rejoint le liveavec, comme toujours, un beau bagage et une belle idée. “La mode est structurée avec des maisons de production qui font la valeur ajoutée sur le designet la scénographie, nous intervenons ensuite. Il est difficile d’être présent au moment de la conception. Ce n’est pas le cas pour le liveoù la conception scénographique existe peu et est intrinsèquement liée à la lumière.” Il voit ici une possibilité d’expression et se fait remarquer pour sa création lumière du livepour The Blaze (duo français composé par Guillaume et Jonathan Alric) dont l’ascension est fulgurante. Un chemin qui le mènera à Étienne de Crécy.

 

La suite de cet article dans le N°225 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro