Matériel : plus de mutualisation ?

Le Raviv (Réseau des arts vivants en Île-de-France) – Photo © Raviv

Se prêter du matériel et des accessoires : une pratique qui existe depuis toujours dans le monde du spectacle mais qui tend à se formaliser au travers d’initiatives portées par des professionnels de la culture ou les pouvoirs publics.

C’est un local d’environ 130 m2, situé dans un ancien haras de Chambly, à la limite de l’Oise et du Val-d’Oise. À l’intérieur, une vraie caverne d’Ali Baba dédiée aux techniques du spectacle : “Nous avons un gradin, des costumes, des éléments de structure, des projecteurs, ou encore du matériel son et vidéo”, énumère William Astre, metteur en scène de la compagnie de l’Astre et co-président du Raviv (Réseau des arts vivants en Île-de-France). L’association a eu l’idée il y a maintenant dix ans de créer un espace de mutualisation de matériel. “Dans un premier temps, il s’agissait d’un lieu de stockage loué par huit compagnies sans véritable mutualisation. Mais depuis un an et demi, le projet est autofinancé. Nous avons décidé de référencer le matériel utilisable pour que chacune des structures puisse emprunter ce dont elle peut avoir besoin.”

Les compagnies qui souhaitent utiliser un objet l’indiquent sur un tableau informatique qui répertorie toutes les pièces. Les objets qui ont le plus de valeur sont assurés (machine à fumée, vidéoprojecteur, …). Pour l’heure, le service est réservé à ses fondateurs auxquels appartient le matériel stocké et partagé. “Mais nous avons pour ambition de l’ouvrir à l’ensemble des adhérents du Raviv d’ici 2020”, assure William Astre. Problème ? Le local dont dispose le Raviv est actuellement complet. “L’une des pistes serait de louer d’autres locaux dans différents endroits de la Région afin d’être accessible par le plus grand nombre de compagnies possible.”

Mettre en commun

À l’origine du projet se trouve le coût important du foncier en Île-de-France et l’opportunité de mettre de l’espace en commun. L’intérêt qu’il suscite désormais renvoie à la fragilité économique de nombreuses associations et entreprises du spectacle. Ce type d’initiative, qui propose une approche plus structurée de l’ancestral prêt de matériel entre les membres d’un même réseau, existe dans la plupart des régions françaises. “Au travers de ces tentatives de mutualisation, qui ne concernent d’ailleurs pas seulement le matériel, je vois des enjeux de survie relativement immédiate des compagnies. Ces dernières se demandent comment mener leurs activités au mieux avec des ressources très limitées ? L’une des réponses consiste à aller chercher des ressources complémentaires dans son environnement propre”, analyse Philippe Henry, chercheur en socio-économie de la culture à l’Université Paris 8 et spécialiste de la coopération et de l’entrepreneuriat dans le domaine artistique. “Ces entreprises sont confrontées à des logiques de projets limités dans le temps. Leur capacité à imaginer leur avenir dans les trois à cinq ans est difficile”, poursuit-il. De fait, il s’agit souvent de proposer une offre alternative à la location privée “classique”, en se réclamant fréquemment des principes de l’économie sociale et solidaire : entraide, prise en compte de l’intérêt général et lucrativité limitée.

C’est le cas du Comptoir audio & visuel des Têtes de l’Art, association marseillaise qui fait se croiser culture, économie sociale et solidaire, éducation populaire. On retrouve dans ce fonds du matériel de captation vidéo, des éclairages adaptés au théâtre et aux concerts (panneaux LED, mandarine, barre de lumière automatisée) ou encore des amplis, micros ou enceintes. Les tarifs sont attractifs : “Nous proposons par exemple la location d’un système son complet pour une salle de 400 à 500 personnes comprenant table de mixage, amplis et enceintes pour 90 € la journée”, assure Adriano Calamia, responsable du Comptoir audio & visuel. La location de ce type de matériel chez un prestataire conventionnel revient en général à plusieurs centaines d’euros. Les Têtes de l’Art proposent donc ici une action de soutien aux associations, artistes ou acteurs de l’économie sociale et solidaire “qui ne souhaitent pas faire appel à une structure marchande ou qui n’ont pas les moyens de faire appel à elle”.Contrairement au Raviv, les éléments du parc n’appartiennent pas aux adhérents mais à l’association les Têtes de l’Art. Cette forme de mutualisation engage moins les structures dans une dynamique collective. Pour emprunter du matériel, il faut néanmoins s’acquitter d’une adhésion annuelle à l’association (15 € pour un individu, 50 € pour une structure). “Nous avons assez de moyens pour entretenir et renouveler le fonds qui appartient à l’association.Mais nous pouvons aussi recevoir des subventions”, explique Adriano Calamia.

 

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