Marine Brosse : La scénographie du détail

Marine Brosse a su très tôt qu’elle voulait faire de la scénographie puisqu’elle avait abordé un enseignement sur le théâtre et la scénographie dans son lycée d’art en Bretagne. Elle commença par un BTS Design d’espace à Olivier de Serres, où la formation très structurée l’a aidée dans l’organisation de son travail, puis elle a passé le concours de l’ENSATT. Assistante accessoiriste d’Emmanuelle Roy, le souci du détail et l’approche très précise des décors réalistes vont au début beaucoup l’intéresser.

L’enseignement de l’ENSATT dans sa diversité lui a permis d’avoir des approches différentes de la scénographie et du théâtre. Celles de Gwenaël Morin et Séverine Chavrier l’ont marquée dans leur capacité à être en interaction et en dialogue. Dans son mémoire sur les décors de fêtes de famille, elle analysa l’émotion que peuvent dégager certaines couleurs et accessoires des fêtes familières sur un plateau, une préoccupation qui va la poursuivre dans ses créations.

Éducation sentimentale – Photo © Vinciane Lebrun

Après trois années à l’ENSATT, elle s’est interrogée sur son envie de faire du théâtre : “Je ne savais pas ce qu’il était juste de dire et de montrer et l’intérêt de monter telle ou telle pièce par rapport à la société d’aujourd’hui”. Proche de la culture allemande, Marine Brosse décida alors de partir un semestre à l’Institut d’études théâtrales appliquées (Institut für Angewandte Theaterwissenschaft) dirigé à l’époque par Heiner Goebbels à Giessen. Ce séjour aiguisa son sens critique, lui donna une ouverture sur des politiques engagées et des approches philosophiques. Elle apprécia la liberté d’approche des esthétiques. Elle a beaucoup appris sur la pédagogie qu’elle a voulue continuer à son retour, notamment dans la sensibilisation du théâtre et du plateau auprès d’enfants lors d’ateliers de théâtre.

En Allemagne, elle rencontra Marion Siefert et participa à la création de Le Grand Sommeil présenté au Théâtre de la Commune et en tournée en France. “Un travail sur le détail et l’équilibre des déplacements où l’espace est habillé par des gestes. S’intéresser aux sensations et au rapport de la comédienne à l’espace vis-à-vis du public fait partie de la scénographie même s’il n’y a pas d’objets ou d’éléments matériellement dessinés.” Elle continue à travailler dans une approche de l’espace kinesthésique avec des solos de femmes, un format qui l’intéresse dans la liberté de parole qu’il permet.

Elle collabore avec la compagnie de L’Éventuel hérisson bleu sur le spectacle Éducation sentimentale à Valenciennes où elle a retrouvé son goût pour le travail sur l’objet, le réalisme détourné et le détail. Le principe de la scénographie était un plateau nu avec un musicien, une narratrice et un personnage extérieur. Derrière eux, un studio de cinéma reproduisait une loge d’un théâtre où le tournage avait lieu. Puis le rideau tombait et on découvrait la supercherie. “C’était un projet collectif où les comédiens se sont appropriés les différentes propositions. Être en interaction avec les comédiens, la mise en scène, la lumière, le costume, le son, cela s’approche de ma vision du travail du scénographe.”

Katharina B – Photo © Rose-Marie Loisy

Elle démarre actuellement une création sur la justice et le territoire avec Le Joli collectif, Pouvoir / Ou pas initiée par Vincent Collet au Théâtre de Poche en Bretagne. Une partie sera présentée en août sous forme d’installation vidéo au Festival Bonus à Hédé-Bazouges. “J’aime cette recherche des formes de théâtre non codées et pas encore définies.”

En dehors du théâtre, Marine Brosse propose des scénographies à l’usage des festivaliers, théâtre et musique, avec le Collectif Tempête. “Ce sont des espaces vivants et il faut proposer des éléments pratiques tout en gardant une marge artistique, ce qui me permet de prendre du recul sur le théâtre.”

Sa vision de la scénographie tourne autour de l’objet et du détail, souligner mais ne pas en dire trop, mettre en valeur sans perturber, donner une sensation, une atmosphère, une couleur, assumer l’espace dans lequel on se retrouve, montrer que ce n’est pas la réalité, ne pas mentir au spectateur ou mentir avec de l’humour. “La scénographie est un compagnon de jeu, une expression artistique plutôt d’un point de vue plastique au service d’un propos. Elle n’a pas vocation à impressionner.”

Partie de Bretagne, basée à Marseille, Marine Brosse s’installe dans une nouvelle dynamique culturelle. “Ce qui m’intéresse c’est la liberté de la parole au théâtre qu’on n’a pas dans la vie de tous les jours et qu’il faut utiliser à bon escient.”