La Filière, Centre de formation du nouveau siècle

Façade du bâtiment A, vue nocturne – Photo © Alain Smilo

Le CFPTS (Centre de formation professionnelle aux techniques du spectacle) s’est refait une beauté. Réunis désormais avec le CFASVA (Centre de formation des apprentis du spectacle vivant et de l’audiovisuel) sous le nom générique La Filière, Centre national de formation, le lieu fraîchement rénové par les architectes Petr Opelik et Éric Liégeois a été inauguré le 3 décembre 2018. À la maîtrise d’ouvrage, Patrick Ferrier et son équipe. Le programme de réhabilitation a été pensé à partir de 2009 pour une raison concrète et simple : le lieu n’était plus aux normes. Impossible de penser continuer à travailler dans ces conditions. Le résultat est impeccable. Visite.

L’esprit des lieux, un peu d’histoire

C’est une histoire récente. Le droit à la formation professionnelle, tout comme le droit à la sécurité sociale, figure pour la première fois dans le préambule de la Constitution de la nouvelle République, nous sommes en 1946. En 1949, est créée l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes). En 1959, la loi Debré sur la promotion sociale permet aux centres de formation de mettre en place des cours du soir. Conséquences des mouvements de grève de 1968, les accords de Grenelle prévoient une négociation sur la formation professionnelle qui aboutit à la création de l’ANI (accord national interprofessionnel) du 9 juillet 1970. La formation professionnelle fait son entrée dans le droit du travail. S’ensuivra la loi du 16 juillet 1971, dite loi Delors, portant sur l’organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de l’éducation permanente qui introduit une obligation de dépense de formation à la charge des entreprises. En 1981 est créé un ministère de la Formation, aujourd’hui intégré au ministère du Travail. Pourquoi ce bref historique ? Parce qu’il est essentiel de rappeler que la dernière moitié du siècle dernier aura été un combat sans relâche pour que les hommes puissent s’élever au-dessus d’eux-mêmes et se former tout au long de la vie. Parce que La Filière, centre de formation du siècle nouveau, est un outil incomparable pour affirmer la réussite de ce combat. “Dans le prolongement de la loi de 1971 ouvre, en 1974, le CFPTS. Les membres fondateurs sont les Théâtres nationaux, l’Opéra, le Théâtre national de Chaillot, La Comédie-Française, les théâtres privés parisiens, le ministère de la Culture, les fédérations liées à la CGT, … Le CFPTS est créé car il n’existe pas d’organisme de formation dans le secteur alors que des cotisations sociales sont versées. Il est mis en place comme ça et est resté en gestion paritaire, le CA est composé des syndicats d’employeurs et de salariés du spectacle vivant. Le président est Jean-Noël Hazemann et représente le syndicat des directeurs de théâtres privés.” Les bâtiments, au croisement de l’avenue Gallieni et de l’avenue de la République à Bagnolet, étaient des bâtiments industriels, anciennes usines selon Patrick Ferrier, directeur de La Filière. Puis, elles sont devenues le lieu de stockage des décors des théâtres privés parisiens. Elles appartenaient donc au fond de soutien du théâtre privé. Le CFPTS devient propriétaire des murs en 2002. “Les aménagements avaient été faits en interne, par les responsables du bâtiment (ajouts de cloisons, technique, …) mais les lieux n’étaient plus du tout conformes aux normes incendie. C’est ce qui a motivé notre décision de rénovation en 2009.” La rénovation du site, pensée par Patrick Ferrier accompagné d’Éric Liégeois et Petr Opelik, architectes DPLG, est allée bien au-delà de la sécurisation, de la modernisation des espaces de formation et du confort apporté aux stagiaires, apprentis, formateurs et salariés. Elle a été pensée pour favoriser la circulation et l’échange, augmenter les possibilités de propositions polyvalentes, rationaliser l’équilibre des diverses activités du centre. La Filière a été pensée comme un lieu ouvert sur la création dans le prolongement de l’activité de formation. Et il est vrai que l’arrivée dans cette cour centrale, pivot des espaces, où chacun se croise, reflète en tout point l’humeur et l’esprit de nos métiers.

 

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