Karin Winkelsesser : Les liens entre l’AS, la DTHG et le BTR

Karin Winkelsesser – Photo © Max Zerrah

Karin Winkelsesser et moi, nous avons chacun voulu dernièrement transmettre nos rôles de rédactrice(eur) en chef à une nouvelle génération pour une harmonieuse continuation de nos deux revues.

Cet hommage est consacré à la liberté et l’imprévu rencontrés dans le quotidien au travail.

Introduction

Bien loin d’une quelconque idée de rencontre européenne, d’une manière informelle l’AS lança à l’adresse des rédacteurs en chef des pays voisins une invitation pour se retrouver à Paris, il y a 30 ans. L’Allemagne (BTR – Bühnentechnische Rundschau), la Belgique néerlandophone (Proscenium), la Grande-Bretagne (ABTT News) et les Pays-Bas (Zichtlijnen) furent présents. L’objet de cette table ronde fut de constater la représentativité dans chaque pays, les moyens et les contenus rédactionnels.

L’expérience fut plus que positive et il en découla des collaborations suives avec les rédactrices en chef, Karin Winkelsesser (BTR) et Rose Werckx (Proscenium).

Rencontre avec Karin Winkelsesser

Quel est l’historique de la DTHG ?

Karin Winkelsesser : La DTHG (Deutsche Theatertechnische Gesellschaft) est une association de professionnels du théâtre qui a été fondée en 1907, principalement par des directeurs techniques. C’est à cette époque-là que les théâtres ont été mécanisés essentiellement sur le plateau ; l’électricité, aussi, y a été introduite. Avec cet apport, les directeurs techniques –la technique même –ont eu une nouvelle plus grande signification. Le poste de directeur technique était devenu bien plus important et ceux-ci revendiquèrent à juste titre plus de pouvoir pour la gestion des ressources humaines, les compétences et la technicité à l’intérieur des théâtres. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’association prit une part très active dans la reconstruction de beaucoup de théâtres et opéras détruits lors des bombardements alliés. Sa reconnaissance en fut d’autant agrandie.

Quel est votre parcours au sein du BTR et de la DTHG ?

K. W. : Ayant une formation de traductrice, j’ai été engagée par l’agence d’architecture Gerling+ Arendt Planungsgesellschaftpour les accompagner dans la traduction d’un projet pour le concours d’architecture de l’Opéra de la Bastille. Suite à l’expérience parisienne, j’ai écrit de nombreux articles pour le BTR ; j’en suis devenue rédactrice en chef en 1998, il y a plus de vingt ans. C’est une revue professionnelle couvrant différents domaines tels que la construction et la technique théâtrales, la scénographie de décor et d’équipement. Elle passe également en revue les développements technologiques en machinerie, son et lumière ; elle traite les nouveaux projets de construction de théâtres en Allemagne et à l’international.

Concernant mon implication au sein de la DHTG, j’y ai été active pendant une longue période, ensuite je suis devenue présidente de l’association entre 2004 et 2008. J’ai toujours travaillé pour cette association, mais sous différentes casquettes comme l’OISTAT (Organisation internationale des scénographes, architectes et techniciens de théâtre) où je suis membre honoraire.

Quel est pour vous l’avenir de la DTHG ?

K. W. : Actuellement la DTHG se concentre sur les orientations des nouvelles technologies. Comment utiliser au mieux les futurs budgets consacrés à l’équipement dans le théâtre ? Est-ce celles-ci qui décideront de l’avenir de la scénographie classique ? C’est une lourde tâche car cela concerne également la postérité des équipes humaines et des équipements.

D’un autre côté, l’organisation s’occupe plus de la collaboration internationale en ce qui concerne la définition des professions pour faciliter par exemple les échanges à l’intérieur de l’Europe. D’autres tâches de la DTHG concernent l’uniformatisation des lois et règlements techniques.

L’avenir semble un peu plus difficile car il y a de moins en moins de gens qui sont intéressés par la vie associative au sein des organisations. Vous avez ce problème similaire en France depuis longtemps. En Allemagne, nous avons une tendance générale de plus travailler dans des réseaux professionnels qu’à l’intérieur d’une association sans but lucratif. Néanmoins, celle-ci va devoir gagner de nouveaux membres, surtout des jeunes.

Est-ce un problème récent bien défini ?

K. W. : Ce problème a toujours existé de manière endémique ; néanmoins la période après l’unification de l’Allemagne a engendré un nombre croissant de membres. Mais cela fait quelques années que la vie associative est délaissée. Je pense que c’est une tendance générale qui concerne également les partis politiques, … Mais avant, l’Allemagne a toujours été un pays avec des engagements volontaires, beaucoup d’associations. Ce phénomène est donc malgré tout nouveau.

Quel est pour vous l’avenir du BTR ?

K. W. : Le BTR est comme l’AS, un magazine qui s’occupe de certains champs professionnels définis pour un lectorat bien caractéristique. J’espère que celui-ci aura toujours un intérêt grandissant, tout en sachant que la publicité est indispensable à l’équilibre financier. Dans ce champ professionnel, je pense qu’il y a toujours un intérêt pour les entreprises d’y être présentées. C’est pour cela que le BTR –contrairement à d’autres magazines du même genre –va encore rester longtemps comme un périodique de presse papier car il y a beaucoup d’images, de plans, … Cela n’aurait pas de sens de le publier électroniquement, selon moi. Il y a d’autres magazines dans notre maison d’édition, Der Theaterverlag – Friedrich Berlin,qui ne seront sans doute plus imprimés dans l’avenir.

Et pour conclure…

K. W. : C’est très intéressant de continuer nos échanges avec l’AS. Nous nous connaissons depuis trente ans et c’est une histoire très amicale qui s’est construite au fil des années entre nous.

Quand j’ai rencontré Michel Gladyrewsky pour la première fois, je n’occupais aucune fonction au sein du BTR, c’est venu progressivement plus tard. À une époque récente, nous avons même échangé, l’AS et le BTR, en les traduisant chacun. Je souhaiterais également qu’il y ait plus de rencontres avec les autres revues européennes car cela a toujours été un plaisir pour moi de collaborer avec l’AS.

J’espère que cela va continuer avec la nouvelle génération…