Fête des Lumières 2018

Une petite place pour de grands rêves de Moetu Batlle et David Passegand – Photo © Muriel Chaulet

Dans un climat de tension, avec en toile de fond une menace terroriste toujours présente et une actualité très impactée par les conflits sociaux, la Fête des Lumières, qui avait lieu du 6 au 9 décembre, s’est cependant déroulée sans heurts pendant quatre soirées.

La morphologie usitée depuis 2016 pour cet événement hors norme a modifié profondément sa présentation et son déroulement. Le périmètre contraint rend le choix des lieux traités d’années en années très restreint et impose la recherche de formes toujours nouvelles. Installations lumineuses, projections vidéo, mapping architectural, son et lumière, déambulations, light-painting, détournement d’objets, la palette n’en finit pas de s’étoffer au fil du temps et permet d’offrir une programmation toujours diversifiée, à même de rassasier les amateurs de cet évènement très prisé. Une édition pleine de projets souvent originaux, mais dont les ambitions sont parfois plus enthousiasmantes que leurs réalisations… Quelques œuvres retenaient particulièrement l’attention, en voici un florilège.

Présages de M. -J. Gauthé et G. Périole

Le Parc de la Tête d’or propose une déambulation dans un univers féérique, pour évoquer la beauté d’une nature fragile et mystique. Un jardin parsemé de guirlandes et de globes lumineux est animé par la présence d’échassières et de marionnettistes manipulant de grands oiseaux, structures lumineuses gonflées à l’hélium. La projection d’une chorégraphie chamanique sur un brouillard d’eau pulvérisée, sur le lac, et d’oiseaux magiques sur une multitude de supports invisibles répartis au milieu des arbres. Le choix des matières, textures, formes, images, donne cohérence et harmonie à cette installation d’une finesse et d’une poésie rarement rencontrées pour la Fête des Lumières.

Tricolore de Ralf Lottig

Une performance lumineuse qui dépoussière complètement le genre du laser show. Un véritable ballet de multiples faisceaux laser, dont le trait lumineux parfait, si caractéristique, symbole par excellence de l’esthétique futuriste des années 80’ et intimement lié depuis à l’univers parfois criard de la discothèque, permet ici au contraire, dans un contraste saisissant, de construire dans l’espace des volumes et images d’une grande subtilité, en écho à l’architecture de la cour intérieur de l’Hôtel de Ville. Une vraie réussite !

Pigments de Lumière de Carole Purnelle et Nuno Maya

Un autre grand dépoussiérage ici encore, celui du genre vidéo mapping, puisqu’il s’agit de projeter des images réelles, et non pas du dessin ou de l’image de synthèse. Ce sont celles créées à partir de captures vidéo de pigments dilués, mélangés, triturés, et de végétaux, bien réels aussi (tiges, fleurs, pétales). Ces séquences sont mappées pour faire vibrer la façade de la Cathédrale Saint-Jean. La textures, les couleurs, le grain de ces images, leur délicatesse, rendent le spectacle hypnotisant, d’une abstraction si réelle.

Difficile aussi de passer à côté de Reflets de Damien Fontaine, projection vidéo sur 400 m de façade sur les quais de Saône, synchronisée avec les lumières de la Basilique de Fourvière, dans une énième tentative, plutôt réussie, d’animer l’ensemble de la Colline, se reflétant dans la rivière.

Ou encore des structures gonflables monumentales des Annoki, personnages inspirés par les Inuits, prenant pour l’occasion possession de la Place Bellecour (Une petite place pour de grands rêves de Moetu Batlle et David Passegand).

 

La suite de cet article dans le N°223 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro