Vitry : le spectacle a sa Ressourcerie

Stockage du matériel – Photo © Paul Dedieu

Matériel son et lumière, éléments de décor : La Ressourcerie du spectacle de Vitry favorise le réemploi et la réutilisation. Les éléments récupérés et remis en état de marche sont loués à de petites compagnies ou associations à des tarifs “solidaires”. Une boucle vertueuse.

C’est une opération à haut-parleur ouvert”, lance Bobby avec malice. Sur la table devant lui, une enceinte attend patiemment qu’on lui remplace les composants qui la rendront de nouveau apte à cracher du son. Bobby, technicien, est un peu le toubib de La Ressourcerie du spectacle. Cette association, domiciliée à Vitry-sur-Seine, récupère du matériel lumière et son, mais aussi des éléments de décor, dans le but de favoriser leur réutilisation ou leur réemploi. Un projet co-fondé en 2014 par trois techniciens – Jenni Disanto, Vincent Bodin et Bobby – mais qui est le fruit de longues années d’expérience. “Je suis dans la musique depuis toujours”, raconte Bobby, qui est aussi batteur. Depuis une quinzaine d’années, le musicien, formé à l’électronique, bricole. “Au départ, c’était vraiment du système D car nous n’avions pas beaucoup d’argent. C’était moins cher de réparer. Et puis nous voyions aussi tout ce matériel qui dormait dans les théâtres ou dans les boîtes d’audiovisuel où l’on pouvait travailler comme intermittents. Les structures préfèrent souvent racheter un lot complet que de remettre en état certains éléments. Puis petit à petit se sont greffés là-dessus les principes de l’économie sociale et solidaire”, témoigne Bobby.

D’un côté, il y a ce matériel inutilisé par certaines structures. De l’autre, il y a des petites compagnies de théâtre et de danse ainsi que des associations qui ont des besoins en matière de son, lumière ou décor, mais qui n’ont pas les moyens de recourir à des prestataires privés pour les couvrir”, complète Paul Dedieu, chargé de communication pour La Ressourcerie du spectacle. L’idée est donc de proposer des solutions abordables à ces acteurs culturels tout en s’inscrivant dans les principes de l’économie circulaire.

L’économie circulaire

Une initiative née à Villejuif.  De 2014 à 2017, La Ressourcerie y est installée, dans un lieu culturel alternatif appelé Le Chêne, avant que ce dernier ne soit contraint de fermer ses portes, devant les injonctions de la municipalité. “Nous nous sommes retrouvés à la rue avec une centaine de tonnes de matériaux. Nous avons fini par atterrir à Vitry, dans un squat nommé Pylos”, relate Paul Dedieu. L’association continue ses recherches et tombe sur un bâtiment désaffecté de 2 300 m2, dans une zone industrielle de la Ville.Les locaux – qui accueillaient autrefois une entreprise de fabrication de portes – comprennent de vastes espaces et un grand extérieur de 1 800 m2, idéal pour La Ressourcerie. Mais il y a un hic : le tout appartient à un bailleur social qui compte détruire l’édifice, dans 2 à 4 ans. Le quartier est, en effet, concerné par une vaste opération d’aménagement devant être réalisée dans le cadre du Grand Paris. Le propriétaire propose un bail précaire à l’association. Cette dernière accepte. Des conditions qui ne la découragent pas pour autant. “Nous voulons montrer ce que nous sommes capables de faire afin de gagner la confiance durable des acteurs publics qui nous soutiennent”, défend Paul Dedieu.

Le Crapo – c’est désormais le nom du lieu – devient un lieu collectif. “Nous avons choisi de mutualiser les locaux en regroupant dans un projet global une vingtaine de structures ayant un lien avec l’économie circulaire ou avec la culture”, détaille Paul Dedieu. On trouve donc au Crapo– outre La Ressourcerie – une association de soudeurs appelée le Fer à coudre, un tourneur, une autre ressourcerie dédiée au secteur du cinéma, ou encore des artistes plasticiens. Un mélange d’artistique, d’écologie et de récup’ qui peut donner lieu à des collaborations, dont l’illustration la plus évidente réside dans les grandes sculptures métalliques trônant devant le Crapo, près du jardin partagé entretenu collectivement par les résidents.

Les activités de La Ressourcerie du spectacle sont elles-mêmes au carrefour des arts vivants, de l’événementiel, du développement durable et de l’économie sociale et solidaire. Dans le sous-sol du bâtiment, des projecteurs, des amplificateurs et autres enceintes sont stockés, dans l’attente d’être testés ou réparés. Du matériel cédé par des associations ou petites compagnies de théâtre. “Notre plus gros donateur à ce jour est l’Agence culturelle de la Région Grand-Est qui nous a donné des enceintes, des câbles et des projecteurs”, indique Paul Dedieu. Souvent, les éléments récupérés fonctionnent encore. Mais, parfois, ils sont défectueux. C’est alors dans l’atelier de Bobby que les choses se passent.Pinces et autres tournevis accrochés au mur, tiroirs remplis de composants : l’endroit, situé au rez-de-chaussée du Crapo, est impeccablement rangé. “Dans un premier temps, j’effectue des essais pour voir si les appareils fonctionnent. Si ce n’est pas le cas, je peux réparer l’objet en question ou bien parvenir à composer une enceinte opérationnelle en récupérant des éléments sur deux enceintes défectueuses”, explique Bobby. S’il n’y a rien à faire, le technicien peut conserver des pièces pour des “opérations” ultérieures. “Si d’aventure il y a des objets que nous ne pouvons pas réutiliser, nous les confions à l’organisme de collecte et de recyclage dédié, comme Recylum pour les ampoules et lampes. Notre volonté est vraiment d’être un atelier qui tend vers le zéro déchet”, complète Paul Dedieu. Une fois en état de marche, le matériel peut être loué ou vendu à un prix attractif à des acteurs culturels dans le besoin. “Nos tarifs sont indexés sur une grille ‘économie sociale et solidaire’. Nous sommes 30 % moins cher que les entreprises traditionnelles de location de matériel. Ensuite, les associations bénéficient de 10 % de réduction supplémentaires auxquels peuvent s’ajouter 15 % de remise si la structure est adhérente à La Ressourcerie. On peut encore descendre dans les tarifs si l’association a vraiment peu de moyens ou si nous estimons que l’impact social de l’événement est élevé”, détaille Paul Dedieu.

Nous n’effectuons pas de prospection. Les gens viennent directement vers nous par le bouche-à-oreille. D’ailleurs, si nous pratiquions la prospection, nous n’aurions plus de place disponible pour stocker le matériel”, témoigne Bobby. Il faut dire que La Ressourcerie commence à être correctement équipée. PC, découpes, et même PAR à LEDs composent notamment son parc lumière. Côté son, elle possède plusieurs consoles numériques et des enceintes en colonne. “Nous avons ce qu’il faut pour organiser un événement de 1 500 personnes”, affirme Bobby.

 

La suite de cet article dans le N°222 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro