La part des anges

L’Ombre de la Vapeur, Fondation d’entreprise Martell – Photo © Adrien M & Claire B

Cognac, fin des années 20’, la tour Gâtebourse, inspirée des lignes du Bauhaus, redessine singulièrement le paysage. Là où l’on embouteillait les cognacs Martell, une fondation vient de naître au nom de l’illustre maison tricentenaire. La tour fait peau neuve et dans son ventre de baleine (880 mau rez-de-chaussée) s’est échouée la dernière fantaisie d’Adrien Mondot et Claire Bardainne : L’Ombre de la vapeur.  Ils ont sculpté une œuvre monumentale interactive et immersive bercée aux mélodies arrangées d’Olivier Mellano en exaltant un natif tenace (baudoinia compniacensisou torula), petit champignon noir nourri aux vapeurs d’alcool, la fameuse part des anges. Splendeur.

Animismes

Le récit a de quoi alimenter les théories sur l’animisme. Tout y est hasard bienheureux. À commencer par la création même de la fondation. Résumons-nous. Martell, la plus vieille maison de cognac, fête ses 300 ans et ne sait que faire d’une tour style Bauhaus construite dans les années 20’ dans le quartier de Gâtebourse, ici-même où Jean Martell avait fondé, en 1715, sa maison de négoce en eaux-de-vie. César Giron, petit-fils de Paul Ricard et PDG de la filiale Martell, Mumm, Perrier-Jouët, rencontre Nathalie Viot par le biais de Colette Barbier, directrice de la fondation Ricard. Viot codirige l’agence Less is more et a fait ses armes comme conseillère pour l’art contemporain à la Ville de Paris où elle s’est occupée du programme “Art dans l’espace public”. L’idée d’une fondation est esquissée, définie et retenue. On lui confie le navire. Alors que le chantier intérieur débute et que la boutique ouvre tout juste ses portes, elle songe à magnifier le lieu. “Dès 2016, je propose de m’introduire dans le bâtiment encore en friche. La boutique Martell étant ouverte, le passage en bois de chêne posé, la rénovation des espaces extérieurs et le jardin commençant à grandir, j’appelle Vincent Lamouroux et lui demande de faire quelque chose. Il créePar nature, un paysage minéral et végétal majestueusement sculpté à la chaux blanche recouvrant tout l’espace du rez-de-chaussée.” L’histoire commence comme cela. Elle se poursuit par la rencontre avec l’esthétique de Claire B et Adrien M à Lyon, au musée des Confluences, dans le cadre d’un programme proposé par les Nuits sonores. Viot est séduite par La Neige n’a pas de sens petit, livre monographique qui offre une série de dessins en réalité augmentée. Elle trouve les artistes géniaux. Elle les invite à une visite des chais et L’Ombre de la vapeur mûrit dans leurs esprits. “Ils sont venus en janvier, il faisait froid et il pleuvait, dans un bâtiment en chantier. Je le précise car je suis admirative de ce qu’ils ont pu imaginer dans ce contexte. Ils ont fait le circuit de visite et sont revenus avec cette idée, travailler sur le champignon. Ils sont animistes donc, avec la part des anges, tout était là…

 

La suite de cet article dans le N°222 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro